« J'ai d'abord cru qu'elle était blessée » : son drone filme par hasard une scène jamais captée dans toute l'Histoire

Au large de l'Australie, un pilote de drone a vu du sang autour d'une baleine à bosse et a cru à une attaque. Il filmait en réalité une naissance, une première mondiale.

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Il avait décollé son drone pour suivre la migration des baleines, comme des dizaines de fois avant. Ce mardi-là, au large de la côte est australienne, Alexander Forrest a vu une nappe rouge s'étaler sous une femelle isolée. Sa première pensée : un prédateur. Il filmait en réalité quelque chose que personne n'avait jamais réussi à capter depuis les airs.

Une baleine qui traînait derrière son groupe

La scène se déroule le mardi 28 juillet, au large de Kingscliff, sur la côte nord de Nouvelle-Galles du Sud. Comme chaque hiver austral, des milliers de baleines à bosse remontent le long du littoral australien vers les eaux chaudes du nord.

Alexander Forrest, pilote de drone bénévole pour l'ORRCA, l'organisation australienne de secours et de recherche sur les cétacés, repère une femelle qui se comporte bizarrement. Elle avance beaucoup plus lentement que les autres, près de la surface.

« Au début, j'ai pensé qu'elle se reposait simplement, parce que je n'avais jamais vu une baleine se déplacer aussi lentement et aussi longtemps », a-t-il raconté.

« J'ai cru qu'elle était blessée ou attaquée »

Puis le rouge apparaît dans l'eau. À plus de cent mètres au-dessus de l'océan, Forrest ne comprend pas ce qu'il voit.

« De toutes les couleurs de l'océan, le rouge est la plus difficile à voir à cause du comportement des ondes lumineuses », explique-t-il à Yahoo News Australia. Son premier réflexe est le pire : la femelle a été blessée, ou un prédateur est en train de s'en prendre à elle. Une hypothèse loin d'être absurde dans ces eaux, où les chasses de prédateurs marins peuvent être d'une brutalité rare.

Quelques secondes plus tard, un petit corps file vers la surface. « Puis le baleineau a foncé droit vers le haut, et j'ai été incroyablement soulagé », dit-il.

Il n'a pas coupé la caméra. Conscient de ce qu'il tenait, il a continué à filmer, à prendre des notes et à transmettre les informations à l'équipe scientifique de l'ORRCA. Il admet que ses images tremblent un peu plus que d'habitude.

« Je n'arrivais pas à croire ce que je voyais. À ce moment-là, je n'étais plus un vidéaste, j'étais juste un spectateur devant un moment incroyable de la nature. Mon adrénaline était au maximum et je ne savais pas quoi penser. »

Un bébé d'une tonne et demie qui doit apprendre à respirer

Le baleineau est né vers 13 heures. Son sexe n'a pas pu être déterminé, mais son gabarit, lui, est connu : environ 1,5 tonne. Un poids tout à fait normal pour un nouveau-né de cette espèce.

Dans les images, la mère reste d'abord immobile, puis se retourne pour retrouver son petit. Les deux ne sont restés séparés que quelques secondes. Elle le maintient ensuite à la surface, le posant tour à tour sur son rostre, son ventre, son dos.

Ce geste n'a rien d'un câlin. « Les baleines ne respirent pas inconsciemment comme nous, elles doivent y penser », précise Annie Post, responsable de la recherche à l'ORRCA. La mère aide littéralement son petit à prendre ses premières bouffées d'air.

Forrest est resté au-dessus du duo jusqu'au coucher du soleil. Des dizaines de mouettes ont tournoyé autour d'eux. Des requins ont aussi été repérés dans le secteur, probablement attirés par le placenta, sans représenter de véritable menace pour un baleineau.

Seulement quatre naissances filmées dans toute l'Histoire

C'est là que l'affaire devient importante pour les scientifiques. Voir naître une baleine à bosse est un événement d'une rareté extrême.

« Il existe trois autres observations publiées de naissances de baleines à bosse dans le monde, et un premier examen identifie celle-ci comme la toute première captée depuis les airs », indique Annie Post. Autrement dit, c'est la quatrième naissance filmée de l'histoire, et la première par drone.

Les images ont été tournées à plus de cent mètres de distance, conformément à la réglementation australienne sur la protection de la faune sauvage. Aucune approche, aucune perturbation.

Vanessa Pirotta, biologiste marine à l'université Macquarie, parle d'un « moment magique » et souligne un détail qui l'a frappée : « Le fait que le bébé sache exactement quoi faire, c'est-à-dire remonter à la surface, était un moment très spécial. » Elle a indiqué n'avoir jamais vu d'images de ce type.

Ce que cette naissance change pour la science

Au-delà du spectacle, l'observation pourrait forcer les chercheurs à revoir une idée bien installée. On a longtemps considéré que les baleines à bosse mettaient bas uniquement dans les eaux tropicales, au terme de leur migration.

Or ce baleineau est né bien plus au sud, au large de la Nouvelle-Galles du Sud, en pleine remontée. De quoi suggérer que la règle souffre plus d'exceptions qu'on ne le pensait.

L'ORRCA va maintenant analyser la séquence image par image pour en tirer une publication scientifique évaluée par des pairs. « C'est une contribution extraordinaire à notre compréhension de la reproduction et du comportement maternel des baleines à bosse », estime Annie Post.

Il aurait pu vendre ses images, il ne l'a pas fait

Une vidéo pareille vaut de l'or sur le marché des images animalières. Alexander Forrest a choisi de la rendre publique gratuitement, pour qu'elle serve à la recherche et à la protection de l'espèce.

« J'espère que ces images pourront enrichir le peu que l'on sait sur la mise bas chez les baleines à bosse », a-t-il confié à la chaîne ABC.

Pour rappel, les baleines à bosse comptent parmi les plus grands animaux de la planète : jusqu'à 17 mètres de long, 40 tonnes sur la balance, et une espérance de vie qui peut dépasser 80 ans. Le baleineau né ce mardi au large de Kingscliff a donc, si tout va bien, un très long chemin devant lui.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.