Leur tête les fait remonter : l'astuce des cachalots pour dormir sous l'eau

Le crâne d'un cachalot est rempli d'huile, de cire et d'air. Des chercheurs ont équipé 42 individus de balises pour comprendre comment ils arrivent quand même à faire la sieste sous l'eau.

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Un cachalot qui dort ne s'allonge pas. Il se met à la verticale, la tête vers le haut, et il reste suspendu entre deux eaux pendant dix à quinze minutes. Sauf que sa tête est bourrée de matières qui flottent. En théorie, il devrait remonter tout seul et se réveiller à la surface. Des chercheurs viennent de comprendre l'astuce.

Une tête qui fait bouée

Le crâne d'un cachalot représente à lui seul près d'un tiers de son corps. À l'intérieur, on trouve de l'huile, de la cire (le fameux spermaceti, qui a valu à l'espèce d'être massacrée pendant deux siècles) et de l'air. Trois matières qui ont toutes la même propriété : elles remontent.

D'où le problème que personne n'avait résolu jusqu'ici. Comment un animal aussi flottant fait-il pour rester tranquillement sous la surface le temps d'une sieste, sans dériver vers le haut comme un bouchon de liège ?

42 balises posées au large des Lofoten

Pour le savoir, une équipe de l'université de St Andrews, en Écosse, et de l'université de Neuchâtel, en Suisse, est allée aux îles Lofoten, dans le nord de la Norvège. Depuis de petites embarcations, les chercheurs ont collé des balises sur le dos de 42 cachalots à l'aide de perches et de ventouses.

Ces boîtiers enregistraient trois choses en même temps : la profondeur de l'animal, l'orientation de son corps (ce qui permet de savoir s'il se repose) et surtout le son. Une fois décrochées, les balises remontaient à la surface et l'équipe allait les récupérer.

On savait déjà que ces animaux se reposent de trois façons. Soit ils plongent tête la première avant que leur crâne trop flottant ne les redresse vers le haut. Soit ils coulent doucement, la queue en avant, jusqu'à huit mètres environ. Soit ils se reposent pendant la remontée d'une plongée profonde, au-delà de 200 mètres.

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Onze bulles dans un cas, trois dans l'autre

Ce que les micros ont capté, c'est un chapelet de bulles s'échappant de l'évent au moment précis où les cachalots basculaient en position de repos. Et la fréquence n'était pas la même selon la profondeur.

Les animaux qui somnolaient près de la surface lâchaient des bulles une dizaine de fois par sieste. Ceux qui se reposaient en remontant des profondeurs se contentaient de trois ou quatre lâchers. Une différence qui s'explique très bien une fois qu'on connaît la physique en jeu.

« Plonger profond demande beaucoup d'oxygène, mais la pression de l'eau comprime l'air contenu dans les poumons, ce qui rend les baleines moins flottantes », explique le professeur Patrick Miller, de l'université de St Andrews, coauteur de l'étude. À l'inverse, précise-t-il, près de la surface l'air se dilate dans les poumons et pousse doucement l'animal vers le haut. En expulsant un peu de cet air, le cachalot regagne l'équilibre.

Autrement dit, il fait exactement ce qu'un plongeur en combinaison fait avec son gilet stabilisateur. Sauf qu'il le fait en dormant.

Enfin, en dormant, c'est vite dit

Parce que c'est là que ça devient intéressant. Lâcher de l'air au bon moment suppose de percevoir qu'on est en train de remonter. Ce qui pose une question que les chercheurs laissent ouverte.

« Personne ne sait si les cachalots dorment comme nous, ou s'ils dorment comme les dauphins, en gardant une moitié du cerveau éveillée pendant que l'autre somnole », reconnaît Noémie Freymond, de l'université de Neuchâtel, qui a mené ces travaux dans le cadre de son mémoire de master. Elle poursuit aujourd'hui une thèse sur le sommeil des chimpanzés.

Sa conclusion tient en une phrase : à moitié réveillés ou complètement endormis, les cachalots ont trouvé une solution plutôt maligne pour faire leur sieste tranquille. L'étude est parue dans le Journal of Experimental Biology et a été relayée par Popular Science.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Manon, c'est notre journaliste couteau-suisse. Gémeaux oblige, elle s'intéresse à tout : de la psychologie humaine aux mystères de la lune, en passant par l'art d'optimiser son intérieur et de pimper son quotidien. Elle adore aussi voyager et découvrir de nouveaux endroits dès qu’elle en a l’occasion. Pour elle, chaque détail de la vie pratique mérite une enquête approfondie. Son secret pour rester inspirée ? Le cinéma et les séries, qu'elle dévore sans modération avant de transformer ses réflexions en articles (vraiment) utiles.