Brésil : le président Michel Temer a décidé de retirer le statut de protection d'une zone de forêt tropicale de quatre millions d'hectares

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Au Brésil, quatre millions d'hectares de réserve naturelle pourront désormais être exploités par des entreprises minières. Michel Temer, président par intérim, a en effet décidé d'abroger le statut de réserve naturelle d'une zone située à cheval entre les États du Pará et de l'Amapá, qui avait été instituée vers la fin de la dictature militaire, en 1984. Objectif : attirer les investisseurs et faire un appel du pied en direction du secteur minier.

La Renca (Réserve National de Cuivre et Associés) protégeait jusqu'à présent une zone extrêmement riche en or et en métaux cuivrés de quatre millions d'hectares — l'équivalent de la taille de la Suisse — de toute forme d'exploitation. Et pour cause, de nombreuses réserves naturelles et populations autochtones se trouvent également sur ce territoire 

Depuis son arrivée au pouvoir, Michel Temer a enchaîné les décisions revenant sur un bon nombre de réformes progressistes, particulièrement au niveau du secteur social et de la préservation environnementale. Président par intérim du pays depuis la destitution de la présidente élue Dilma Roussef au terme d'une procédure d'impeachment controversée, qualifié par ses opposants de « coup d'état institutionnel», il est au cœur d'une vive contestation populaire, qui réclame à son tour sa destitution.  

En attendant les élections de 2018, ce conservateur est accusé par l'opposition de profiter de sa position pour servir les intérêts des grands lobbies de l'agro-business et des exploiteurs miniers, extrêmement influents.

 Michel Temer, président par intérim du Brésil / Shutterstock 

« Le développement des activités minières risque de se faire au prix d'un impact néfaste pour les zones protégées, en provoquant une explosion démographique, l'accroissement de la déforestation, la mise en danger des ressources hydriques, la perte importante de biodiversité, l'envenimement des conflits terriens, sans parler de la pression exercée sur les peuples indigènes et les populations locales », s'inquiète Maurício Voivodic, directeur exécutif de WWF Brésil.

De son côté, le gouvernement brésilien affirme que la nouvelle mesure, qui englobe plusieurs parcs et réserves protégées, ne met pas en danger les tribus autochtones ni les réserves naturelles, signalant que le décret « ne supprime pas dans les faits l’application de la loi spécifiquement conçue pour la protection de la flore native et des territoires indigènes ».

En réalité, la seule activité permise officiellement dans les zones protégées par la Renca est la prospection minière, dans une fraction classifiée et réglementée. Quoi qu'il advienne, les miniers devront donc être soumis aux lois qui protègent certaines espèces et certaines zones vitales pour les espèces natives et les habitants de la forêt. Mais selon les associations environnementales, les infractions à la loi sont monnaie courante, sans parler de certains flous juridiques et autres failles au niveau des plans de conservation. La perte du statut protégé menace donc de rendre la région encore plus vulnérable à des activités et a des intérêts contraires aux efforts de conservation environnementale.

La mine de Carajas, plus grande mine de minerai de fer du monde, dans l'État du Pará, au Brésil / Shutterstock

La plus grande peur des opposants au projet réside dans le fait que l'ouverture de la Renca finisse par générer une série de conflits entre les grandes entreprises minières, les défenseurs de l'environnement et les peuples autochtones qui risquent de voir leurs droits une nouvelle fois bafoués.

« Une hypothétique nouvelle ruée vers l'or pourrait se montrer extrêmement dommageable pour la région », indique Jaime Gesisky, de la WWF Brésil « et causer des dommages irréversibles à ces cultures et au patrimoine naturel brésilien ».

La décision du gouvernement de Brasilia d'abroger le statut de réserve naturelle de la Renca intervient alors même que la contestation grandit en France pour réclamer le refus d'un pharaonique projet minier en Guyane Française

Source : Le Monde
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