Polémique dans l'Oise après l'abattage d'un cerf dans un jardin privé par des chasseurs à courre

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Alors même que les manifestations contre la vénerie (la chasse à la courre) battent leur plein, des chasseurs suscitent l'indignation des voisins à Lacroix-Saint-Ouen (Oise). Un cerf aux abois a été poursuivi et abattu par les veneurs dans le jardin d'une propriété privée, où il avait trouvé refuge, au milieu des riverains outrés.

Ce samedi après-midi, aux alentours de 16 heures, les habitants de la petite commune de 4 300 habitants voient débarquer un cerf blessé, poursuivi par l’équipage « la Futaie des amis ». L'animal se réfugie dans le jardin d'une habitation, dont les propriétaires étaient absents. Les chasseurs, après avoir rappelé leurs chiens, tentent alors de déloger l'animal à coups de fouets, ce dernier s'étant blotti dans la voie de garage.

Coïncidence notable, qui aurait pu probablement être amusante dans d'autres circonstances : la scène a eu lieu dans une adresse… de la « rue des Veneurs ».

Un jeune cerf / Shutterstock

Les riverains se massent bientôt sur les trottoirs. Beaucoup protestent. Un périmètre de sécurité est installé par les gendarmes, pour laisser les chasseurs agir sans risquer de mettre en danger les passants… mais également pour éviter une éventuelle confrontation avec les anti-chasse.

Puis, l'un des chasseurs escalade le portail avec son fusil. Deux détonations se font entendre, l'animal est mis à mort. Enfin, la carcasse de 150 kg est traînée dans les sous-bois. Sur le trottoir voisin, une jeune femme témoin de la scène éclate en sanglots. Un autre riverain, lui, menace de porter plainte.


Légalité et « droit de suite »

« Les chasseurs font jouer leur droit de suite, au mépris de la propriété privé », tempête un sympathisant d’AVA (abolissons la vénerie aujourd’hui) dans les colonnes du journal local Le Courrier Picard.

Le droit de suite, c'est une exception légale qui concerne le gibier blessé mortellement. Par principe, nul n'a le droit de chasser un animal sur un terrain privé sans l'accord du propriétaire, où dans une zone dans laquelle il ne dispose pas du droit de chasse. Cependant, lorsque le gibier a été tiré et blessé dans des conditions légales, le chasseur a le droit de venir le poursuivre et l'achever, même dans un terrain où il n'aurait normalement pas le droit de chasser (la mise à mort n'étant alors pas considérée comme « fait de chasse » à proprement parler). Une condition : si le gibier est simplement blessé légèrement et que le propriétaire ne donne pas son accord, les chasseurs n'ont pas le droit de le poursuivre et peuvent écoper d'une amende de 1 500 euros.

Dans les faits, cette loi est censée éviter qu'un animal mortellement blessé ne se retrouve à agoniser sans que les chasseurs ne puissent rien faire… mais il existe aussi de nombreux cas d'abus, car il est parfois difficile de prouver les conditions de l'abattage, et le caractère mortel ou non de la blessure de l'animal. La question est délicate, car d'un autre côté les chasseurs sont aussi tenus légalement responsables des agissements du cerf chassé, qui devient leur propriété : dans le cas où l'animal occasionnerait des dégâts ou blesserait une personne, ce sont eux qui doivent en répondre, au regard de la loi.


« Un cerf aux abois est un animal dangereux »
, réplique ainsi de son côté Alain Drach, le maître d’équipage, au journal picard. « Si le cerf charge la voisine qui vient tous les jours ouvrir les volets, nous en sommes responsables. Il nous faut donc entrer pour le chasser ou pour le servir. » Comprenez : le tuer.

Contacté par Le Parisien, Alain Drach certifie que les propriétaires de la maison, absents, ont été joints par les gendarmes, et qu'ils ont donné leur accord après explication de la situation. Mais c'est un tout autre scénario que décrit une voisine au Courrier Picard, qui se trouvait sur place : au téléphone avec les propriétaires, elle assure « qu’ils ne souhaitaient pas que l’animal soit tué, et surtout pas dans leur jardin. »

Quoi qu'il en soit, d'après les militaires, les chasseurs étaient dans leur bon droit : « Les propriétaires doivent être contactés, ils l'ont été, mais ils ne décident pas. Les chasseurs qui sont responsables des agissements du cerf chassé doivent finir la chasse, » a déclaré la gendarmerie.

Mais de son côté, le maire (LR) de Lacroix-Saint-Ouen, Jean Desessart, s'étonne : « Un arrêté municipal interdit pourtant la chasse à courre sur le territoire de la commune. Je suis choqué. »

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