Le saviez-vous ? La Seconde Guerre Mondiale aurait pu avoir une tout autre fin... à cause d'une dispute conjugale ! Une histoire étonnante...

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Le MI5, le service de renseignements britannique, a rendu public, via les Archives nationales, certains dossiers classés secrets jusqu'à présent. Et on y apprend notamment que le Débarquement en Normandie aurait pu ne jamais se faire à cause… d’une dispute de couple !


Tout commence avec un homme, répondant au nom de « Garbo ». À l’état civil, c’était Juan Pujol Garcia. Mais auprès des Britanniques, il était connu sous le nom de « Garbo ». Et pour le régime nazi, il portait le sobriquet de « Arabel ». Car oui, Garbo était un double-espion durant la Seconde Guerre Mondiale. Et il a joué un rôle crucial dans la contre-information, permettant notamment le Débarquement des alliés en Normandie. Seulement voilà, cet événement de la libération aurait pu ne jamais voir le jour… à cause de sa femme.

 

Itinéraire d’un vrai espion pas comme les autres


Retour en arrière. Né à Barcelone en 1912, Juan Pujol Garcia obtient un diplôme en aviculture avant que n’éclate la guerre civile espagnole (1936-1939), durant laquelle il rejoint les rangs du général Franco. Oui, un franquiste catalan, c’est un véritable oxymore ! Mais cela illustre déjà la capacité de l’individu de se fondre dans n’importe quelle situation, tel un caméléon.

storiesofworld.com


Une fois la guerre terminée, il propose ses talents comme espion au service des Allemands, alors qu’il n’a aucune expérience dans ce domaine. À Madrid, il réussit à contacter l’amiral Canaris, chef des services secrets allemands, et lui explique qu’il se rendra bientôt à Londres comme correspondant de presse. Il leur fait même croire qu’il possède un réseau clandestin d’espions dans la capitale britannique.


Les services secrets allemands lui apprennent leurs méthodes d’espionnage, comme le chiffrage des messages et les secrets de l’encre invisible. Ils lui donnent 3 000 dollars pour voyager à Londres alors qu’en réalité, Juan Pujol Garcia ne parle pas du tout anglais... Ici, il fait déjà preuve d’une aptitude naturelle à la manipulation. Une situation périlleuse qui ne le fait pas sourciller, surtout que l'homme n'est pas seul dans sa vie. Il est marié à une femme nommée Araceli, et a un fils. Il les garde auprès de lui afin de rester "insoupçonnable".


Un double-agent ingénieux et crucial


Arrivé à Lisbonne pour prendre son bateau, il n’obtient pas de laissez-passer et reste bloqué au Portugal. Dès lors, il commença par donner une première fausse information aux Nazis concernant un mouvement de la flotte britannique. Alors qu’on lui demande de donner plus de précisions, il se sent coincé dans son faux rôle. Il va donc tout raconter à l’attaché naval de l’ambassade américaine, qui le confie au MI5.


Avec ce nouveau contact, « Arabel » peut enfin donner des renseignements vérifiables aux Allemands, afin de gagner pleinement leur confiance. Et pour les Britanniques, il prend le nom de « Garbo » et débarque clandestinement à Londres en 1942.

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Dans les documents rendus publics par le MI5, on y découvre surtout les notes de Tomas Harris, qui était l’agent chargé du suivi des missions de Garbo. Il y donne une description assez élogieuse du double-agent : « Il avait un style simple et vivant, une grande ingéniosité et un zèle fait de passion et d’idéalisme dans son travail. »


Pour rendre ses mensonges plus crédibles, « Garbo » se sert de diverses sources à sa disposition, comme « un guide touristique, une carte de l’Angleterre, des horaires périmés de train », note Tomas Harris.

 

La dispute conjugale qui aurait pu changer le cours de l’Histoire


Hélas, cette nouvelle vie londonienne ne plaît pas à Araceli, souhaitant retourner en Espagne. L’espion est tellement investi dans sa mission qu’il en délaisse sa vie conjugale. Dans un rapport intitulé « Le mal du pays de Madame G », Tomas Harris relate la mauvaise situation conjugale de Garbo : « Le couple et son fils étaient logés dans une maison du MI5 sous haute sécurité, où Araceli Gonzalez se sentait désespérément seule. Elle détestait le climat anglais. Elle était aussi dégoûtée par la nourriture britannique, se plaignant de 'trop de macaronis, trop de pommes de terre, pas assez de poisson ».

Il précise qu'elle n'a jamais réussi à apprendre l'anglais et que son mari ne voulait pas qu'elle rencontre d'autres Espagnols à Londres, car il avait très peur qu'elle parle de son travail et que cela remonte aux oreilles de l'Abwehr, les services secrets allemands. Tomas Harris écrit dans son rapport : « Son désir de rentrer dans son pays, en particulier de voir sa mère, l'a conduite à se comporter parfois de manière déséquilibrée. (...) Tandis que son état empirait, elle devenait plus désespérée et... menaçait de quitter son mari. C'est parce que cela ne produisait pas l'effet escompté qu'elle a décidé de menacer de révéler son travail pour être libre de rentrer ».

Le 21 juin 1943, elle le menace de le quitter et de se rendre à l’ambassade espagnole pour révéler son identité et ses activités au régime franquiste.

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Dans ses notes rendues publiques, Tomas Harris explique comment « Garbo » a réussi à monter un plan digne de sa réputation pour manipuler sa femme, lui faisant croire qu’il a été arrêté en raison de son comportement. Tomas Harris décrit Araceli comme « extrêmement émotive et névrotique ».


Un agent du MI5 découvre Araceli « assise dans sa cuisine, les robinets de gaz grand ouverts ». Il la conduit ensuite à un camp réservé aux interrogatoires pour rendre visite à son mari. Le croyant en grand danger, elle s’excuse alors et lui promet de ne « jamais faire quoi que ce soit qui puisse compromettre » ses activités. Elle signe même un document pour certifier qu’elle ne révélera jamais l’identité de son mari pour qu’il puisse être libéré.

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Tomas Harris explique alors que « l’ingéniosité extraordinaire avec laquelle Garbo a conçu et mené ce plan a peut-être sauvé une situation qui aurait pu autrement se révéler ingérable ». En effet, ayant pu garder sa couverture intacte et ayant rassuré sa femme, Juan Pujol Garcia peut continuer ses activités de double-espion.

 

Deux débarquements... en un


Cet épisode conjugal aurait pu être anecdotique si la suite des événements n'était pas rentrée dans l’Histoire. Garbo a été celui qui fut chargé de désinformer les Allemands sur le débarquement tant attendu des alliés en Normandie, le 6 juin 1944 à 6 heures du matin. Il confirmera cette information mais précisa aussi à son contact nazi que ce débarquement était une opération de diversion de grande ampleur, couvrant le véritable débarquement allié qui aurait lieu à Calais, dans le Détroit de Douvres.

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Sur cette information, prise en considération par Adolf Hitler en personne, ce dernier décida d’envoyer et de maintenir sept divisions de Panzers dans le Nord, persuadé que la vraie grande bataille s’y déroulerait. Alors même que l’armée américaine s’emparait déjà des plages normandes. Un tournant historique de la Seconde Guerre Mondiale qui n’aurait peut-être jamais eu lieu si Juan Pujol Garcia avait été compromis par sa femme, un an auparavant.

 

Décoré par les Britanniques et… les Nazis


On connaît la suite de l’Histoire, les Américains arrivent en héros et libèrent peu à peu la France. Entre-temps, Juan Pujol Garcia est honoré l’ordre de l’Empire britannique pour services rendus le 25 novembre 1944. Quelques mois plus tôt, le 29 juillet, il était décoré la Croix de Fer de seconde classe pour ses services à l’effort de guerre Allemand. Et oui, le régime nazi n’a jamais su qu’Arabel était un agent-double.

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Après la guerre, le MI5 prévoit d’utiliser Garbo en tant qu’espion contre l’URSS. Seulement voilà, le double-agent part en Angola et simule sa propre mort. Disparu des radars, il s’est en fait réfugié au Venezuela pour démarrer une nouvelle vie, tenant une librairie dans le plus grand anonymat. Il publia une autobiographie en 1985, racontant son incroyable histoire, avant de mourir en 1988.


Juan Pujol Garcia est considéré comme « le plus grand agent double de la Deuxième Guerre mondiale, et peut-être de tout le XXème siècle » estime Christopher Andrew, un historien britannique. Et pour finir la petite histoire conjugale, l'espion et sa femme se sont séparés juste après la fin de la guerre. Juan se remaria au Venezuela et eut trois autres enfants.


Comme quoi, parfois, l’Histoire tient vraiment à peu de chose, même bien loin des enjeux géopolitiques…


Fascinante cette histoire, n’est-ce pas ?
Source : BBC
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