Montpellier : des propriétaires coupent l'eau et le chauffage d'une infirmière pour la déloger

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À Montarnaud, près de Montpellier (Hérault), des propriétaires, par peur d’être contaminés, ont coupé l’eau et le chauffage de la famille d’une infirmière pour la faire partir. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet.

Depuis le début du confinement, de nombreux infirmiers ont fait part de leur situation déplorable dans leurs résidences. À Montpelier, c’est Mélina Florès, une infirmière anesthésiste, qui travaille au service réanimation de l'hôpital La Peyronnie, au CHU de Montpellier, qui en fait les frais.

Au tout début des mesures de mise en quarantaine, elle avait décidé de réunir sa mère, atteinte d’une maladie pulmonaire, sa fille, sa petite fille ainsi que son compagnon dans une maison qu’elle occupe à Montarnaud. Pour ne pas prendre le risque de contaminer sa famille et pouvoir dormir à côté du CHU, elle s’était installée dans le petit studio de sa fille de 20 ans, à Montpellier.

Crédit image: DarkoStojanovic

Un petit aménagement qui n’était pas du goût des propriétaires de son logement. Ces derniers, un couple de 75 et 80 ans, ne veulent pas de tous ces gens dans l’appartement du bas. Ils commencèrent à mener la vie dure à Mélina et sa famille en montrant leur mécontentement. La Gazette de Montpellier indique qu’ils ont appelé Mélina pour se plaindre de cette situation en déclarant notamment « pour nous, ce sont des étrangers, on n'en veut pas chez nous ». Pire, ils ont lancé cette phrase glaçante : « On s’en fout que vous attrapiez le virus et que vous mourriez avec. Du moment que vous ne mourrez pas chez nous ».

La jeune infirmière âgée de 37 ans tente alors, tant bien que mal, de faire fi de leurs remarques. Mais les propriétaires sont allés plus loin en passant des paroles aux actes. Ils ont coupé l’eau chaude, puis le chauffage de l’appartement et l'antenne de la télévision. Ils sont également allés jusqu'à faire du bruit très tôt le matin en déplaçant leur meuble pour réveiller sa famille. Même des insultes leur ont été proférées.

Avec cette situation épouvantable, Mélina a fini par quitter son logement. Sa mère est rentrée dans sa résidence pour personnes âgées, dans laquelle elle ne peut pas sortir de sa chambre. Son compagnon est retourné vivre chez ses parents à Gignac et sa fille et sa petite fille logent dans le studio à Montpellier. Mélina, elle, a pu bénéficier d'un logement gratuit Airbnb, via le dispositif Open Homesmis en place dans le cadre des mesures de solidarité auprès des soignants, nous renseignent les sources de France Bleu.

Pour faire l’état des lieux, les propriétaires ont même exigé la présence des gendarmes et déclarent vouloir désinfecter la maison et que le montant de la facture serait retenu sur la caution de Mélina. Un comportement incompréhensible pour l’infirmière, sous le choc, d’autant qu’au début du confinement, elle avait proposé à ses propriétaires de faire leurs courses pour éviter qu’ils sortent de chez eux.

Le ministre du logement Julien Denormandie dénonce un acte abject et indique qu’une enquête a été ouverte par le procureur de Montpellier pour « établir si les conditions, dans lesquelles cette personne amenée à quitter son domicile, était susceptible de recevoir une ou plusieurs qualifications pénales ». Mélina Florès, qui a déposé la plainte, a été entendue pendant près de cinq heures par les gendarmes.

Source : France Bleu
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