Donia Souad Amamra (co-fondatrice de Meet my Mama) : « le premier pas, c'est de... réussir à se lancer »

Rencontre aujourd'hui avec les trois fondateurs de la start-up « Meet my mama », ce traiteur pas comme les autres qui a pour ambition de faire voyager nos papilles. 

On poursuit notre découverte des start-up en devenir, en donnant aujourd'hui la parole aux créateurs de « Meet my mama ».

Fondée en 2017, cette entreprise innovante entend faire découvrir les recettes originales de femmes originaires des quatre coins du monde, offrant ainsi aux gourmets des expériences culinaires inédites et placées sous le signe de la découverte. Un concept né de l'esprit d'un trio pour le moins créatif, composé de Donia Souad Amamra (26 ans), Loubna Ksibi (27 ans) et Youssef Oudahman, (31 ans).

Rencontre avec ces trois entrepreneur·e·s dynamiques et passionné·e·s qui, malgré les récents coups durs liés à la crise sanitaire, n'ont pas perdu leur appétit au sens propre du terme, comme au figuré.

Crédit photo : Meet my Mama

Bonjour à tous les trois et merci d'avoir accepté cet entretien. Ma première question, pas très originale, portera sur vos expériences passées : quels furent vos parcours respectifs avant de tenter l'aventure de l'entrepreunariat ?

On a eu tous les 3 des parcours différents !

Donia : j’ai étudié à Sciences Po, notamment les affaires publiques en Master et, au cours de mon cursus, j’ai connu plusieurs expériences de bénévolat en France et à l’étranger.

Après le Master, j’ai été consultante chez Tenzing (Cabinet de conseil en stratégie opérationnelle, ndlr). J’y suis restée 2 ans et pendant ces deux années, on développait « Mama cook'in » en parallèle avec Loubna, que j’avais rencontrée en stage chez PwC. C’était le début de l’aventure !

Mais c’est quand on a rencontré Youssef en 2016 que je me suis consacrée entièrement à la création de notre projet.

Loubna : pour ma part, je me suis d’abord lancée en médecine, puis j’ai bifurqué vers une école de commerce, l'Institut Mines-Télécom Business School (IMT-BS).

J’étais persuadée que le numérique et l’innovation pouvaient résoudre des problèmes de société. J’ai continué de me spécialiser dans cette voie en Master à l’Université Paris Dauphine, période durant laquelle j’ai réalisé une alternance chez IBM en intelligence artificielle.

J’ai lancé Meet My Mama en parallèle avec Donia, et je me suis consacrée à temps plein à ce projet dès la fin de mes études.

Youssef : de mon côté, j’ai mené des études de marketing international. À l'époque, j’étais surtout intéressé par les secteurs du digital et de l’agroalimentaire. Après mes études, j’ai travaillé en tant que responsable des ventes et directeur des opérations marketing dans plusieurs groupes et start-up comme Mars, Innocent, Unilever ou Critizr etc…

Après ces expériences, j’ai décidé de lancer mon projet Mama’s Kitchen et c'est là que j’ai entendu dire que Donia et Loubna menaient un projet similaire en parallèle. On s’est rencontrés et on a décidé de s’associer.

C'est comme ça qu'on a créé Meet My Mama.

Justement, pouvez-vous nous présenter cette entreprise en quelques mots ?

Youssef : Meet My Mama est un traiteur engagé et une école de formation qui donne l'opportunité aux « Mamas » du monde entier de vivre de leur passion pour la cuisine.

Pourquoi avoir choisi le secteur de la restauration ?

Donia : on connaissait tous les trois des « Mamas » qui nous enchantaient par leurs plats, leurs recettes et qui avaient de l’or entre les mains.

On a aussi constaté qu’elles rêvaient toutes de révéler leurs talents culinaires, mais que ce rêve était malheureusement trop souvent brisé. D'abord, parce que ce sont des femmes et que la cuisine est un secteur où 90 % des chefs sont des hommes. Ensuite, parce qu'elles doivent faire face à de nombreux freins, comme la barrière de la langue, les difficultés financières, le manque de confiance en soi ou encore la question des enfants… 

Youssef : ... on savait aussi qu’en France, on adore manger et qu’on est 90 % à dire qu’on adore les cuisines du monde. Pourtant, on a toujours du mal à identifier et à retrouver les saveurs de notre enfance ou celles de nos voyages...

Loubna : ... et c'est pour cette raison qu'on a eu l'idée de créer Meet My Mama ! Pour nous, l'objectif était de créer le premier réseau de cheffe qui rassemble toutes les cuisines du monde avec l'ambition de permettre des rencontres culinaires en entreprise, pour réinventer les cocktails, les buffets et les repas d'équipe.

En résumé, on voulait offrir une nouvelle expérience : celle des voyages culinaires !

Un concept original qui vous tient manifestement à cœur. Mais n'a-t-il pas été compliqué de le développer, surtout au sein d'un secteur aussi concurrentiel ? Avez-vous par exemple rencontré des difficultés durant le processus de création de l'entreprise ?

Loubna : oui, ça a été hyper compliqué ! On a vraiment commencé sans rien, sans un euro en poche et surtout sans connaître le métier. On a eu des galères, mais on a toujours continué à avancer, parce qu’on est animés par notre mission, aider des femmes à se révéler par la cuisine.

Il faut savoir aussi que beaucoup de structures nous ont accompagnés, parmi lesquels D-Start incubateur Dauphine, Ticket, SINGA, The Family, La Ruche, Numa, Station F, SmartFood / Paris & co, Pro'pulse (TDF), Les Premières, Entreprendre & +, ou encore Bpifrance.

Elles nous ont accompagnés dans la création de notre projet et on se sentait soutenus. C'est rassurant et ça donne confiance en soi.

C'est vraiment valorisant de pouvoir intégrer ces structures et puis ça ouvre des portes et des réseaux, que ce soit pour des partenariats ou des potentiels clients.

Pensez-vous que toutes les conditions soient réunies dans le pays pour inciter un maximum de jeunes à se lancer dans l'entreprenariat ?

Donia : peut-être qu’on ne dit pas assez aux jeunes de se lancer. Nous, on a eu la chance de pouvoir se lancer et d’être accompagnés dans notre projet par plein de structures. On est dans un pays où il y a plein de personnes et de structures qui sont prêtes à aider des jeunes qui se lancent. Mais le premier pas, c’est de réussir à se lancer.

Quel est l'impact de la crise sanitaire sur votre business ?

Youssef : l’impact a été important ! Nous sommes un traiteur et les événements étaient quasi inexistants, c’était donc compliqué.

Mais avec l’équipe, on a tout fait pour continuer notre mission et on s’est réinventé. On voulait à tout prix être présent moralement pour les « Mamas », les soutenir, mais aussi faire en sorte de leur assurer un revenu, même pendant cette période.

Du coup, on a mené beaucoup d’actions. On a digitalisé notre formation, on a lancé l’opération des « Mamas solidaires » avec plus de 12 000 repas pour les plus démunis. On a créé un média pour donner la parole aux « Mamas » et on a également lancé des ateliers de cuisine en ligne pour les entreprises et les particuliers. Enfin, récemment, nous avons mis en place la livraison à domicile ou au bureau pour les télétravailleurs !

La crise a été dure, mais elle s’est finalement transformée en moment de créativité et de résilience, pour nous.

Vos objectifs à court terme ?

Donia : on s'apprête à lancer un concept d’abonnement Meet My Mama, qui sera une sorte de cantine à domicile. Ensuite, si tout va bien, on organisera des brunchs chaque week-end à la Gaité Lyrique et on envisage également de s'implanter dans d’autres régions de France.

Pour finir, auriez-vous un conseil pour de jeunes actifs qui hésitent à se lancer dans l'entreprenariat ?

Loubna : je leur dirais simplement : "concentrez-vous sur un problème que vous voulez résoudre. Trouvez cette mission qui va vous faire vibrer et lever le matin". C’est hyper important parce que ça permet de structurer sa start-up et d’embarquer un maximum de personnes avec vous.

Je leur dirais aussi : "concentrez-vous sur votre problème à résoudre et non pas sur sa solution".

C’est un peu l’erreur qu’on a faite au début. D’ailleurs, bien souvent dans les pitchs, on évoque directement la solution. On commence par : "moi mon idée c’est...", alors qu’on devrait plutôt commencer par : "moi, le problème que je veux résoudre, c’est ça !". Ça change tout !

Nous par exemple, notre problème à résoudre, c’est qu’il y a aujourd’hui des milliers de femmes qui rêvent de vivre de leur talent pour la cuisine et qui n’y parviennent pas. 

En résumé, "tombez amoureux de votre problème et pas de sa solution" !

Si toi aussi tu as l’envie d’entreprendre, rendez-vous sur Bpifrance Création.

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