Jugeant qu'il gagne bien assez d'argent, il trouve « indécent » de recevoir autant d'aides sociales que les personnes au SMIC... et rend ses allocations familiales à la CAF

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Supprimer les allocations familiales aux ménages les plus aisés ? Revoir les conditions d'obtention de la CAF afin de ne favoriser que ceux qui en ont réellement besoin ? La question risque de faire débat au sein de l'assemblée. En effet, le rapporteur de la commission des affaires sociales Olivier Veran (LREM)  propose de tout bonnement supprimer les allocations familiales pour les ménages dépassant un certain seuil de revenus.

L'objectif, selon lui :  viser une plus grande justice sociale... et surtout, de concentrer les aides sociales pour les familles qui sont réellement dans le besoin.

En attendant que le sujet soit discuté sur les bancs de la chambre basse, certains particuliers font le choix de refuser, par principe, cette aide, jugeant que leurs revenus sont amplement suffisants et qu'ils n'ont donc pas à recevoir cette somme de la part de l'État.

Caf.fr

Faut-il revoir les conditions d'accès aux allocations familiales, et mettre en place des barèmes plus adaptés aux revenus de chacun ? C'est une idée qui est en train d'être envisagée actuellement par le gouvernement. Alors que certains se réjouissent qu'il était temps qu'un tel changement soit discuté, d'autres s'étranglent, fustigeant une remise en cause du principe d'universalité de la branche famille.

Si les opposants dénoncent aussi un moyen de réduire les dépenses, davantage qu'à une réelle politique de redistribution des richesses, le rapporteur de la commission des affaires sociales s'en défend : « Je ne plaide pas pour en faire l'économie mais pour les redistribuer à ceux qui en ont vraiment besoin », explique Olivier Veran, interrogé par le Parisien.

Pour rappel, les allocations familiales sont des aides financières versées aux familles pour, notamment, « les aider à concilier vie familiale, vie professionnelle et vie sociale » ou encore « créer les conditions favorables à l’autonomie, à l’insertion sociale et professionnelle des familles ». Elles sont donc logiquement censées profiter aux plus démunis. Or, dès lors qu'il y a une naissance ou une adoption, à partir du deuxième enfant âgé de moins de vingt ans, tous les ménages sans exception ont systématiquement droit aux allocations familiales... y compris ceux qui touchent des revenus très confortables. 



Forcé de faire opposition pour ne plus recevoir la CAF 

Alors qu'Olivier Veran s'apprête à recevoir les représentants de la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF), 79 % des Français seraient déjà favorables à la suppression des allocations familiales pour les ménages gagnant plus de 5 617 € par mois, selon un récent sondage OpinionWay pour LCI. Et certaines personnes directement concernées n'ont pas attendu la concertation du gouvernement pour prendre les devants ...

Hubert, chef d'entreprise en Gironde dont le témoignage a été recueilli par RMC, estime parfaitement normale et logique la suppression de la CAF pour les ménages à hauts revenus. À tel point qu'il a décidé de rendre à la CAF les aides qui lui sont versées tous les mois, qu'il juge « indécentes » alors qu'il a un niveau de vie plus que confortable.

Lorsque leur fille a fait sa rentrée à l'école, Hubert et son épouse se sont rendu compte qu'une somme de 117 euros s'était mise à être créditée, chaque mois, sur leur compte bancaire. Il contacte donc la CAF, pensant à une erreur : « On a demandé si c'était sous condition de ressources, et pas du tout, c'était pour tout le monde. On a trouvé ça complètement indécent, alors qu'on a un train de vie qui est 5 ou 6 fois supérieur à n'importe quelle personne qui a un enfant mais qui est au Smic », explique-t-il à RMC.

Hubert fait alors ce qu'il juge bon en son âme et conscience : il envoie un courrier à la CAF, stipulant qu'il ne voulait pas toucher d'allocations car il n'en a pas besoin. Sauf qu'à sa grande surprise, la caisse d'allocations lui répond que... c'est impossible ! Hubert a donc été forcé de faire une opposition systématique aux virements de la CAF, afin que le montant de ces aides reste dans le coffre des caisses publiques.

« C'est totalement illogique que quelqu'un qui gagne 900 euros par mois touche la même chose que quelqu'un qui en gagne 5000. C'est tout sauf juste. Si les allocations familiales étaient assujetties aux revenus, ce serait du social. Vous gagnez 5000 euros par mois ? Vous avez le droit à 30 euros. Vous vous gagnez 900 ? Vous avez le droit à 200. Ce serait intelligent.  »

L'homme s'indigne encore : « Qui, quand il gagne 6500 euros par mois, a besoin de 117 euros pour son gamin ? Il faut arrêter de se raconter des conneries. Quand on va chez le médecin, on en bénéficie. Quand on gagne 10.000 euros par mois, on est remboursé comme les personnes qui en gagnent 900. Ce n'est pas logique non plus. Un jour ou l’autre il faudra s'y attaquer à ça aussi. »

Droits-et-finance.com

Pas logiques, les allocations familiales pour les plus riches ? Pas de l'avis de Jean-Louis Deroussen, président du conseil d’administration de la CNAF, en tout cas.

« Riche ou pauvre, un enfant coûte. En outre, les plus aisés sont aussi des gens qui contribuent beaucoup : plus leur salaire est élevé plus ils versent de cotisations sociales. Ils ne seraient donc bons qu'à payer si on les privait de ce système de redistribution », déclare-t-il dans les colonnes du Parisien.

Mais même si avec ses hauts revenus, il fait partie de ceux qui « contribuent beaucoup », Hubert n'est pas d'accord : « J'ai l'impression de bénéficier tous les jours de ce que je reverse à la société. J'envoie ma fille à l'école publique. Je roule sur des routes en bon état. Quand je vais chez le médecin je suis bien soigné. [...] Je suis pris en charge comme un smicard, comme n'importe qui. Je fais partie d'un système et j'en récolte les fruits »

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