Un neuroscientifique alerte quant aux risques que représentent les écrans pour le système cognitif des enfants

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Dans un ouvrage alarmant, un neuroscientifique alerte sur les risques des écrans sur le système cognitif des plus jeunes.

Responsable d’une équipe de recherche sur la plasticité cérébrale au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), Michel Desmurget dénonce l’usage abusif des écrans chez les enfants et autres adolescents, lesquels seraient exposés à un danger bien plus grand qu’on ne le croit.

À l’occasion de la sortie de son ouvrage intitulé « La fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants » (Seuil, 425 pages, 20 €) - dans lequel il tire la sonnette d’alarme quant aux risques accrus du numérique sur le système cognitif des plus jeunes -, le neuroscientifique a accordé un entretien à nos confrères du Monde.

Crédit photo : Steve Heap / Shutterstock

« Le cerveau en construction n’est pas fait pour subir ce bombardement sensoriel »

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intéressé n’y va pas par quatre chemins ! Selon lui, il s’agit d’un problème majeur de santé publique qu’il ne faut surtout pas négliger.

S’appuyant sur un ensemble de travaux menés sur le sujet, le chercheur s’attaque aux effets néfastes des outils connectés, devenus omniprésents dans notre quotidien et surtout celui des enfants de la génération Y.

« De nombreuses études mettent en évidence l’impact des écrans, quels qu’ils soient, sur des retards dans le développement du langage, sur le sommeil et l’attention », déplore-t-il d’entrée, ajoutant que « le cerveau – surtout lorsqu’il est en construction – n’est pas fait pour subir ce bombardement sensoriel ».

Déplorant que les enfants français, âgés de 6 à 17 ans, passent plus de 4 heures par jour en moyenne devant un écran (selon une étude menée en 2015), Michel Desmurget rappelle qu’il ne suffit que d’un usage de « quinze minutes par jour » pour que cela produise un effet néfaste sur la cognition.

« Dans les cinq à six premières années de la vie, chaque minute compte : c’est une période de développement absolument unique d’apprentissage, de plasticité cérébrale qui ne se reproduit plus », explique-t-il ainsi.

« Ce qui se produit en ce moment est une expérience inédite de décérébration à grande échelle », poursuit-il, ajoutant que l’on peut parler « d’épidémie chez les adolescents » et d’un « problème majeur de santé publique ».

« La lumière émise par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil »

Et pour ne rien arranger, le neuroscientifique cite « un grand nombre de travaux » qui « montrent des risques accrus de dépression, d’anxiété, de suicide, liés au temps d’écran ».

Le manque de sommeil est particulièrement ciblé par l’ouvrage, en raison notamment de l’usage excessif des objets connectés qui ont tendance à retarder l’heure du coucher. De nombreux adolescents utilisant en effet toujours leur smartphone dans le noir, une fois allongés dans leur lit.

Or, comme le rappelle Michel Desmurget, il faut savoir que « la lumière émise par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil ».

Et l’intéressé de pointer l’inaction de l’État qui, selon lui, « ne se préoccupe même pas du fait qu’un enfant ou un adolescent puisse avoir accès en un clic à des vidéos très trash, phonographiques ou hyperviolentes ».

« À Taïwan, si vous exposez votre enfant de moins de 2 ans à un écran, vous avez une amende de 1 500 euros ». Quant à ceux âgés de 2 à 18 ans, la sentence est la même si « c’est plus d’une demi-heure consécutive » car « les Taïwanais considèrent que c’est une maltraitance », indique-t-il par ailleurs.

Et l’école dans tout ça ? Là aussi, le neuroscientifique se montre inquiet et déplore « qu’on est en train de transférer au numérique une partie de la charge d’enseignement », alors « que cela nuit à la qualité de l’apprentissage », selon des études récentes.

Sans parler du fait que « plus le temps d’écran est important, moins les enfants sont exposés aux bienfaits de l’écrit, de la lecture ».

Michel Desmurget ne veut toutefois pas tomber dans l’excès inverse car , à ses yeux, « ce n’est pas parce que les écrans récréatifs ont des effets délétères qu’on doit rejeter le numérique dans son ensemble ! »

« Personne n’est technophobe au point de réclamer le retour à la roue pascaline. Sans aller jusque-là, on peut aussi donner des téléphones à clapet aux enfants au lieu des smartphones », propose-t-il ainsi en guise de conclusion.

Source : Le Monde
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