À son tour, la France s'oriente doucement vers une généralisation du système de la consigne !

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Dans le cadre de la future feuille de route de l’économie circulaire qui sera présentée début mars, le gouvernement pense à remettre en place un vieux système datant des années 1950 : la consigne des bouteilles en plastique, et des canettes. Encore plus écolo que le recyclage, l'idée consiste à récupérer les récipients en verre, à les laver, à les renvoyer au producteur et... à les réutiliser ! On économise ainsi non seulement la fabrication de nouvelles bouteilles, mais aussi le recyclage du verre qui consomme inutilement de l'énergie pour refondre les bouteilles, alors que certaines d'entre elles pourraient très bien continuer d'être employées telles quelles.

© maxppp

On en a fait, des progrès en matière d'écologie, depuis le début du siècle dernier : de l'âge d'or de l'ère industrielle, où l'on voyait les aciéries cracher leurs fumées noires dans le ciel en toute impunité sans faire lever l'ombre d'un sourcil, à l'avènement des véhicules électriques et des accords de Paris sur le climat, il faut bien admettre que nous avons parcouru bien du chemin ! Jadis réservée à une poignée de doux rêveurs hippies marginaux et utopistes, l'écologie est aujourd'hui un combat qui, non content d'être pris très au sérieux, est également considéré comme les comme l'un des enjeux cruciaux pour l'avenir par les grandes puissances. Jugez plutôt : même la Chine, historiquement l'un des plus gros pays pollueurs du monde, se tourne vers des sources alternatives d'énergie... et les monarchies pétrolières du Moyen-Orient commencent déjà à réfléchir à l'après-énergie fossile, faisant vœu de se reconvertir dans les technologies high-tech.

Oui, aujourd'hui les voitures consomment dix fois moins qu'avant. Oui, de nos jours, on apprend aux enfants à économiser l'eau et l'énergie. Oui, la population française fait de plus en plus attention à la provenance de ses aliments, veille à ne pas prendre la voiture pour un oui ou pour un non, se met aux déplacements doux, au covoiturage et aux transports en commun. Et surtout, surtout, on trie de plus en plus nos déchets, chose qui était loin d'être aussi ancrée dans les mœurs ne serait-ce qu'une vingtaine d'années auparavant. 

Et pourtant, en ce qui relève d'écologie et de comportements responsables, tout n'est pas forcément mieux maintenant ! En fait, en ce qui concerne le recyclage du verre, nous avons même... régressé.

Aujourd'hui, lorsqu'on jette ses bouteilles dans le container à verre, on les brise en mille morceaux,on apporte ces morceaux dans une usine où ils sont chauffés à 1 500°C, puis on récupère le verre liquide pour finalement façonner... de nouvelles bouteilles. Bref, beaucoup d'étapes intermédiaires, coûteuses, mine de rien, en énergie, pour au final pas grand-chose : le verre est en effet un matériau très résistant (quand on ne le fait pas tomber par terre, bien sûr), et une seule bouteille pourrait être réutilisée en moyenne plus de 50 fois.

Petite histoire de la consigne oubliée

Maintenant, demandez à vos parents ou à vos grands-parents : dans les années cinquante, il n'y avait pas de recyclage du verre. Pourtant, il ne serait venu à l'esprit de personne de balancer sa bouteille de lait vide à la poubelle avec les ordures ménagères. Pourquoi ? Parce qu'à l’époque, la plupart des bouteilles que l’on achetait chez l’épicier étaient consignées ! On payait quelques centimes en plus à l'achat, représentant la valeur du verre, et les enfants qui rapportaient les bouteilles dans la boutique du commerçant pouvaient s’acheter des bonbons avec les pièces qui leur étaient rendues…

Les récipients étaient ensuite renvoyés au producteur, qui pouvait les laver avec toutes les autres et les réutiliser. Même pas besoin de recycler ! Une seule bouteille en verre pouvait servir plusieurs fois d’affilée.

Après tout, c'est ce qui semble le plus logique : lorsqu'on a fini de manger, on lave son assiette, on ne s'amuse pas à la détruire pour en fabriquer une neuve ! Et finalement, tout le monde était gagnant : le producteur avait moins de bouteilles à fabriquer, le consommateur récupérait de l’argent, et l’environnement était préservé, puisque moins de déchets étaient produits. 

Des déchets plastiques/ Shutterstock

C'est une méthode qui a fait ses preuves, et qui a pourtant été abandonnée, jusqu'à petit à petit sombrer dans l'oubli. Mais alors, pourquoi a-t-on laissé tomber une si bonne idée ? La faute à l'arrivée du plastique, à l’automatisation des usines, et à l’industrialisation. Car il faut bien le concéder, ce qui motivait les gens à récupérer les bouteilles en verre dans les années cinquante, ce n'était pas tant la conscience écologique qu'un motif purement économique. Et lorsqu'il est devenu plus rentable et plus facile pour les grandes industries de jeter que de conserver, pourquoi s'embêter à favoriser ce geste ?

Avec l'arrivée de la « mode » des objets jetables, à usage unique, les mouchoirs en papier, les rasoirs en plastique, les assiettes en carton, sont devenus de plus en plus répandus. Ils donnaient à l’acheteur l’illusion de coûter beaucoup moins cher —  tout en rapportant beaucoup plus au producteur sur le long terme.

Jeter et racheter était donc devenu moins cher, plus pratique, et la consigne de l'épicier est vite devenue démodée, désuète... En 1963, un producteur d’huile vantait même les mérites de sa nouvelle bouteille non-réutilisable : « C’est plus sûr : non consignée, la bouteille ne sert que pour vous, elle ne sert qu’une fois ; vide, on la jette, elle ne revient pas. » Amusant lorsqu'on parle de progrès, que de se dire qu'à l’époque, le gaspillage et le jetable étaient considérés comme révolutionnaires…

La consigne, aujourd'hui 

Si le système de la consigne a été oublié des Français, ce n'est pas le cas partout : ainsi, le consignage des bouteilles a bien mieux survécu au développement de la filière du plastique dans d'autres pays développés, comme l'Allemagne, la Suisse, la Belgique ou encore le Canada. Dans certains de ces pays, il est courant de trouver de drôles de machines dans les magasins, dans lesquelles il suffit de glisser ses bouteilles vides pour que l'automate vous rende instantanément de la monnaie en retour ! Il ne s'agit de rien de plus ni de moins que de notre bon vieux système de consigne, adapté aux techniques d'automatisation moderne.

Et en France ? Eh bien en France, de plus en plus de collectivités, des producteurs, des associations s'y mettent et essayent de faire revenir la consigne au goût du jour ! Et, si jusque-là il s'agissait surtout d'initiatives locales, il semble bien que le gouvernement soit en train de réfléchir à généraliser le procédé au pays entier.

En effet, il devrait s'agir de l'une des mesures phare de la future feuille de route de l’économie circulaire qui doit être présentée par le gouvernement d’ici fin mars. Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, a présenté ce mardi 6 février la mesure, au sein de  l’entreprise Lemon Tri, spécialisée dans le recyclage. Les machines de tri produites par Lemon Tri sont capables de reconnaître les types d'emballage, ce qui servirait à faciliter énormément  le tri et le consignage des emballages !

Ces automates sont notamment capables de récupérer des bouteilles en plastique, mais également des canettes en métal...

Si la France a encore du chemin à faire pour rattraper l'avance de certains de ses voisins européens en matière d'écologie, la nouvelle feuille de route de l’économie circulaire pourrait être l'occasion de voir de belles innovations adaptées au quotidien des Français. 

Lemon Tri

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