Enquête sur les internes en médecine : le sexisme et le harcèlement sexuel en milieu hospitalier inquiète

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Le harcèlement sexuel et le sexisme ont la vie dure dans les hôpitaux : c'est ce que dénonce en tout cas l'InterSyndicale nationale des internes en médecine (ISNI), s'appuyant sur la base d'un appel à témoins. Lancé début septembre sous forme d'un questionnaire anonyme et finalement clôturé hier, jeudi 17 novembre, le formulaire aura recueilli quelque 3 000 témoignages... dont près de 75% de femmes.

Une infirmière stressée — Shutterstock

Le sexisme en milieu hospitalier semble relever d'une pratique encore solidement ancré dans les mœurs. Dans la plupart des États occidentaux, toutes les enquêtes se rejoignent : suivant les pays, en moyenne, entre 30 et 50 % des étudiants en médecine déclarent avoir été confrontés au moins une fois à une forme de sexisme, au cours de leur formation et/ou sur leur lieu de travail.  En France, les témoignages se multiplient à ce sujet : c'est cet état de fait qui a, au départ, poussé l'ISNI à conduire une enquête pour évaluer la situation au sein des hôpitaux français, bien avant l'éclatement de l'affaire Weinstein et la popularisation du hashtag « #Balancetonporc » sur internet, donc. 

Et les résultats obtenus par l'InterSyndicale sont assez édifiants : sur les 3 000 témoignages recueillis, hommes et femmes confondus, environ 10 % des internes en médecine déclarent avoir déjà subi une forme de harcèlement sexuel — un délit, au regard de la loi française, qui peut être passible de 2 ans de prison, et 30 000 euros d'amende. Dans ces expériences de harcèlement sexuel, près de la moitié des cas évoquent des gestes non désirés répétés (toucher du cou, des cheveux, mains aux fesses, aux seins ou encore baisers forcés). Le chantage contre services sexuels, lui, représente 12% des formes de harcèlement, et la simulation d'actes sexuels équivaut à 9% des cas. 

Les auteurs de ces agressions sont, dans un cas sur deux, des supérieurs hiérarchiques ou des médecins. Preuve de l'impunité dont semblent jouir les harceleurs en milieu hospitalier, la victime n'ose pas verbaliser son ressenti dans 30 % des cas... et seulement 0,15 % des cas débouchent sur des procédures judiciaires.

Près d'un interne sur deux déclare avoir été victime d'une forme de sexisme

Outre le harcèlement sexuel, l'enquête pose aussi la question du problème du sexisme ambiant dans les hôpitaux. Bien que moins « grave » (nous mettons ici de gros guillemets) que le harcèlement sexuel, il est surtout extrêmement répandu et témoigne d'un climat pesant dans le milieu hospitalier. Là aussi, les chiffres sont marquants et parlent d'eux-mêmes : seuls 14% des participants de l'enquête ont déclaré ne percevoir « aucun sexisme au quotidien », tandis que près de la moitié (47%) des internes ayant répondu au questionnaire s’est déclarée victime d'une forme de sexisme.

Pour L., 27 ans, étudiante en deuxième année d'internat de médecine générale, les remarques sexistes semblent parfois perçues comme une normalité, en particulier lorsqu'elles proviennent des personnes au statut plus élevé, à l'instar des chirurgiens : "C'est une chose qu'on a intégrée, dans le cadre de notre hiérarchie, ce n'est presque jamais remis en question", admet-elle. Cependant, en parallèle, elle fustige aussi le sexisme exercé entre eux par les internes eux-mêmes, dont on ne parle pas assez à son sens : "On a parfois des internes qui insistent pour partager la même chambre de garde, qui font des blagues douteuses, ce genre de choses" .

Enfin, il y a aussi les inévitables remarques désobligeantes des patients, notamment dans le service gériatrie où elle travaille : "Une fois, un patient m'a demandé d'appeler le médecin. Quand je lui ai dit que c'était moi le médecin, il ne me croyait pas, pensant que je devais être une infirmière. C'est le genre de préjugés qui sont particulièrement présents, en particulier chez les personnes d'un certain âge. "

Reste a espérer les nouvelles données recueillies par l'ISNI auront des répercussions positives.

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Source : ISNI
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