Pourquoi le contrôleur a demandé a Philippe Croizon, amputé des quatre membres contraint de présenter sa carte d'invalidité dans un train

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C'est une histoire qui a fait grand bruit ce week-end. Un contrôleur de la SNCF aurait provoqué la juste colère des passagers d'un train, et pour cause : il aurait demandé à un homme amputé des deux bras et des deux jambes de présenter... sa carte d'invalidité. 

Samedi dernier, lors d'un contrôle de billets sur un TER reliant Rouen à Paris, le contrôleur insiste pour voir la carte d'invalidité d'un homme amputé de ses quatre membres. Sauf que la scène provoque bientôt un tollé général dans le wagon : outrés, les passagers témoins de la scène protestent vivement contre la demande du contrôleur.

Face à la grogne provoquée, ce dernier se voit contraint d'abandonner sa requête et poursuit le contrôle du wagon. 

Philippe Croizon/ Twitter

Évidemment, l'affaire n'en est pas restée là : la presse s'est emparée de l'histoire, et en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, les réseaux sociaux s'emballent, tout internet est scandalisé. Le lendemain, Guillaume Pépy, le président de la SNCF, a même appelé personnellement le passager handicapé pour lui présenter ses excuses.

En apparence, il y a bien de quoi : l'homme en question est Philippe Croizon, nageur polyhandicapé et chroniqueur à France 5, où il tient une tribune mensuelle consacrée au handicap. Son handicap est très visible,  d'où la réaction de colère et d'incompréhension suscitée par le fait divers : comment peut-on autant insister pour voir la carte d'invalidité d'une personne, lorsque l'invalidité en question est aussi évidente ?

Un tel sentiment d'injustice a tôt fait de polariser les émotions et de pousser a des réactions très tranchées, catégoriques. Sauf que, contrairement à ce que laissaient suggérer de nombreux titres de presse, l'histoire n'est pas aussi simple...

« Ce que je regrette, c'est le bashing sur ce pauvre contrôleur »

Sur internet, tout est amplifié, démultiplié : à l'ère de l'information permanente et du tout-connecté, nous avons tendance à l'hyperréaction. Il suffit parfois d'un rien pour qu'une information soit reprise et partagée par des milliers de personnes.

Or, si le phénomène de viralité peut être mis à profit, s'il peut être employé au service d'une bonne cause, s'il peut permettre d'attirer l'attention sur des revendications méconnues, certaines informations finissent aussi par prendre un sens et une ampleur qu'elles n'avaient pas au départ. 

Prenons le cas de Philippe Croizon : au départ, le contrôleur demande à sa mère, au momment de la vérification des titres des transports, s'il peut voir sa carte d'invalidité. En effet, la carte d'invalidité donne accès à une réduction, en tant qu'accompagnateur. 

Le montant de cette réduction dépend des mentions faites sur la carte d'invadilité, et le contrôleur doit donc la vérifier afin de voir si cela correspond bien. À côté, les témoins de la scène s'offusquent.

« Moi je n'ai rien dit, mais les passagers se sont fâchés. Ils ont dit que c'était n'importe quoi », explique Philippe Croizon. 

Si la mère de Philippe Croizon a assez mal vécu l'expérience, le nageur avoue de son côté que la situation « l'a plutôt fait rire », même s'il avoue en même temps qu'il était un peu peiné pour sa mère. Au micro des « Grandes Gueules », sur RMC, il avoue que, contrairement à lui, cette dernière n'avait « pas encore tout à fait fait le deuil de son handicap ».

Qu'il y ait eu un manque de tact ou de délicatesse de la part du contrôleur ou non, aujourd'hui, ce n'est pascela qui semble importuner le plus Philippe Croizon sur cette histoire : « Ce que je regrette vraiment, c'est les réseaux sociaux, le bashing qu'il y a eu sur ce pauvre contrôleur qui n'avait rien demandé », assure-t-il toujours sur RMC. 

Le plus ironique, c'est qu'au moment où l'histoire se déroulait, Philippe Croizon était en train de préparer une chronique pour France 5, diffusée aujourd'hui à 14 h, intitulée « y a-t-il un handicapé dans l’avion ? ». Le thème : la difficulté pour les personnes atteintes de handicap de voyager en avion, ce qui est selon lui « beaucoup plus compliqué que de prendre le train ».

Comme quoi, on oublie parfois de se pencher sur les vrais sujets importants, lorsque la haine de la réaction à chaud prend le dessussur le jugement critique. À méditer...

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