Charlottesville : Sur Twitter, des internautes exposent l'identité des militants d'extrême-droite

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États-Unis : À Charlottesville, ce samedi,  se tenait un violent rassemblement de suprémacistes blancs et de néo-nazis, qui a viré au drame après qu'une voiture a foncé sur des contre-manifestants antiracistes, faisant au moins un mort ainsi que plusieurs blessés graves. Mais sur Twitter, le compte «Yes, You're Racist» s'est mis à traquer les manifestants d'extrême-droite ayant participé, afin de les exposer publiquement.

Quelques heures à peine après, plusieurs dizaines d'entre eux avaient été identifiés. Et depuis, grâce à l'aide des nombreux internautes mis à contribution par la page, les noms, prénoms, mais aussi emplois des personnes concernées n'ont cessé de pleuvoir !

 

« Si vous reconnaissez l'un de ces Nazis en train de marcher sur Charlottesville, envoyez-moi leur noms/profils : je les rendrai célèbres ! »

Anciens vétérans de l'armée américaine, Youtubers célèbres, employés de café mais aussi... proches de certaines personnalités politiques, le véritable visage de bon nombre de manifestants qui pensaient rester anonymes a été révélé au grand jour, parofois à la surprise générale. Plusieurs d'entre eux ont même été licenciés après avoir été identifiés. Mieux, l'auteur de l'attaque meurtrière à la voiture folle sur les militants anti-racistes, aurait lui aussi été identifié comme l'un des manifestants de l'ALT-Right.

« Eeeeet voilà une photo de Peter Cvjetanovic (le type énervé à la torche) avec le sénateur Dean Heller ! »

Depuis sa création, en 2012, « Yes, You're Racist » ( " Si, tu es raciste " ) se donne pour mission d'exposer le racisme ordinaire sur Twitter : à chaque fois qu'il repère un internaute qui débute son tweet par « je ne suis pas raciste mais... » (LA phrase douteuse par excellence), le compte est là pour lui rappeler que, si, justement, il est raciste — et se donne la peine de chercher des preuves pour appuyer ses propos. 

Mais ce week-end, le propriétaire du compte Twitter « Yes, You're Racist »a travaillé dur, et a même été obligé de faire des heures supplémentaires ! Ce compte, qui regroupe aujourd'hui quelque 270 000 abonnés, a pu compter sur le concours de très nombreux internautes, qui l'ont méticuleusement aidé à récolter des informations sur les militants fascistes apparaissant sur différents clichés glanés ici et là.

Le doxxing comme arme 

Si, du point de vue de @Yes, You're Racist et de ses fans, l'exposition forcée des militants d'extrême-droite est tout à fait justifiée, certains ne voient pas la chose du même œil. Ce sont notamment les moyens employés qui sont déjà en train de soulever la polémique. Le « doxxing », le fait de balancer publiquement des informations personnelles en pâture aux internautes afin de nuire à une personne, est en effet considéré comme une forme de cyber-harcèlement...

" Ce jeune homme à l'air énervé n'est autre que Peter Cvjetanovic, étudiant à @unevadareno "

Outre le petit côté « lapidation publique » que cela implique, il y a aussi, nécessairement, un certain risque d'erreur qui survient lorsque la foule tente de se faire justice elle-même. @Yes, You're Racist n'a d'ailleurs pas été épargné, en publiant notamment une photo du Youtuber pro-Trump Joy Salads avec un brassard Nazi ( il s'agissait, selon le Youtubeur, d' une « expérience sociale » réalisée plusieurs mois auparavant). Le compte antiraciste s'est depuis excusé et a reconnu son erreur.

Reste que, du point de vue de l'auteur du compte, il n'y a rien d'illégal dans son action : après tout, il ne fait que mettre un nom sur les visages de personnes qui apparaissent visage découvert à un ralliement public, et qui n'hésitent pas à donner des interviews à la presse sur leurs revendications. @Yes, You're Racist prend d'ailleurs bien soin de ne pas franchir les bornes, et a notamment supprimé des tweets d'internautes qui indiquaient des informations personnelles, comme par exemple des adresses de domicile.

Reste que, même en ne donnant que le nom et prénom, il parvient tout de même à faire mal, très mal. Ainsi, de nombreux suprémacistes, néo-nazis et autres membres du KKK ont préféré supprimer leurs comptes sur les réseaux sociaux, après que leur photo ait été partagé des miliers de fois. Et d'autres ont même perdu leur emploi après avoir été exposés au grand jour. C'est le cas de Cole White, qui a été licencié par la chaîne de restauration Top Dog, pour laquelle il travaillait. 

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