« Elle ajoutait des cannoli en laissant croire que c'était offert » : deux glaces payées 44 euros à Rome, le ticket détaillé fait scandale

Elle a payé 44 euros deux glaces mangées debout à Rome. Le Times a envoyé un reporter tester la glacerie : il en est ressorti avec un cône à 22 euros.

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L'addition tient sur un bout de papier de dix centimètres et elle a fait le tour du monde. Deux glaces, mangées debout, dans une ruelle du centre historique de Rome : 44 euros. Trois mois après, l'affaire sert toujours de cas d'école, au point que le quotidien britannique The Times a dépêché un reporter dans la glacerie pour vérifier par lui-même.

Ce qui s'est passé le 3 juin, via di Tor Millina

Nicole Ann, une touriste américaine originaire de Floride, s'arrête avec son compagnon dans une glacerie-pâtisserie située via di Tor Millina, à quelques dizaines de mètres de la place Navone. Ils commandent, selon son récit, deux petites coupes. La vendeuse leur sert la plus petite taille en précisant qu'ils ont droit à trois boules. Puis elle commence à garnir.

« Elle a commencé à ajouter des garnitures, des cannoli, des macarons, en laissant entendre que c'était offert. On est allés payer et l'addition était de 44 euros pour deux glaces. J'ai cru l'entendre dire 14, je ne m'en suis même pas rendu compte avant de regarder le ticket. »

Elle poste la photo du reçu sur « Rome Travel Tips », un groupe Facebook suivi par des milliers de voyageurs qui préparent leur séjour dans la capitale italienne. Le post récolte des centaines de réactions en quelques heures et ressort sur tous les sites d'info italiens dans la semaine.

Le ticket, ligne par ligne

C'est le détail du reçu qui a mis le feu aux poudres, parce qu'il raconte une histoire un peu différente de celle de la cliente. Les deux coupes y sont enregistrées comme des « maxi cônes », facturés 12 euros pièce, soit 24 euros. S'ajoutent 2 euros par coupe pour la chantilly, 6 euros pour les macarons et 10 euros pour deux petits cannoli à la pistache. Total : 44 euros, sans le moindre service à table.

Douze euros la glace, dans l'une des zones les plus touristiques d'Europe, cela reste légal : rien n'interdit à un commerçant de fixer ses prix comme il l'entend. Le point qui a choqué en Italie est ailleurs. La chantilly est gratuite dans l'immense majorité des glaciers romains, et les suppléments ont été ajoutés sans qu'on demande au client s'il les voulait. Selon l'association de consommateurs Consumerismo, un cône se paie en moyenne 3 à 4 euros en Italie en 2026, avec des pointes au-delà de 5 euros dans les zones touristiques.

Interrogée dans les commentaires, la touriste a dit ne pas vouloir contester le paiement, tout en reconnaissant sa part d'erreur : elle aurait dû vérifier les prix affichés sur place. Elle précisait aussi que ce n'était ni son premier voyage en Italie, ni sa première glace.

Le Times envoie son correspondant, il ressort avec un cône à 22 euros

Douze jours plus tard, le journal britannique The Times publie un article au titre sans ambiguïté : 44 euros pour deux glaces, voilà comment faire pour éviter les arnaques quand vous êtes à Rome. Son correspondant Tom Kington est allé sur place.

Accueil glacial. « Quand le Times est arrivé pour enquêter sur la présumée arnaque, la jeune femme derrière le comptoir était prête », écrit-il, avant de citer sa réponse : si vous êtes journaliste, je ne peux pas vous parler et le directeur n'est pas là.

Le reporter commande alors un cône trois boules, mangue, pistache et fraise. La vendeuse y ajoute des gaufrettes, un macaron rose vif, de la chantilly et un cannolo au chocolat, en signalant cette fois qu'il y a des suppléments. Total pour un seul cône : 22 euros. Kington le décrit comme tellement chargé qu'il en devient impossible à manger.

Les trois règles données par le Times à ses lecteurs

Le journal a transformé l'anecdote en mode d'emploi, valable pour n'importe quel visiteur en Italie. Pour une glace à prix normal, il conseille de chercher les glaciers qui proposent une grande coupe ou un grand cône à 5 euros maximum. Ils existent, y compris dans le centre de Rome, et la chantilly y est comprise dans le prix.

Deuxième règle, celle du café : un vrai espresso au prix italien coûte 1,50 euro maximum, à condition de le boire debout au comptoir. S'asseoir à une table et attendre le service double la note, une pratique parfaitement légale en Italie mais que beaucoup d'étrangers découvrent au moment de payer.

Troisième réflexe, le plus simple : regarder le tarif affiché avant de commander, et demander explicitement le prix de chaque supplément proposé au comptoir. C'est exactement ce qui a manqué dans l'histoire des 44 euros.

Un cas parmi beaucoup d'autres

Rome collectionne ces polémiques de tickets de caisse. Quelques jours après l'affaire des 44 euros, une touriste néo-zélandaise a raconté sur le même groupe Facebook avoir payé 20 euros deux glaces près de la fontaine de Trevi, sans reçu. Le gérant a répondu publiquement que le reçu avait bien été émis mais pas récupéré par la cliente, et qu'une glace de taille moyenne ne peut pas coûter moins de 8 à 10 euros dans ce secteur, compte tenu des loyers et du prix des matières premières.

En décembre 2025, un conseiller municipal romain avait lui-même raconté avoir payé 60 euros un spritz, un sandwich et un thé accompagné de quelques pâtisseries place du Peuple, sans ticket. La Sicile a eu droit à sa polémique sur le prix de la brioche à la glace à Catane.

Le problème que pointent les commerçants honnêtes du centre est toujours le même : un ticket devenu viral ne reste jamais l'affaire d'une seule boutique. Il devient l'affaire de Rome.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.