Elle envoyait trois dossiers de location par semaine pendant 18 mois sans jamais de réponse : sa solution, emménager avec une autre mère célibataire

Après 18 mois de refus, Hayley a trouvé un logement en emménageant avec une autre mère célibataire. Un modèle qui se répand face à la crise du logement.

Ajoutez-nous à vos sources préférées

Trois dossiers de location envoyés chaque semaine. Pendant dix-huit mois. Aucune réponse, jamais. C'est le quotidien qu'a vécu Hayley Grimmond après sa séparation, avec sa fille Blair, en Australie. Elle en garde une phrase qui résume tout.

« J'écrivais des lettres de motivation, je faisais absolument tout ce que je pouvais. J'avais l'impression d'échouer », a-t-elle raconté à la chaîne publique australienne ABC.

Pendant cette période, elle a dormi sur les canapés d'amis, est passée par un hébergement d'urgence, puis a occupé la chambre libre de sa sœur, dans une maison trop remplie pour que la solution tienne dans la durée. Son seul répit : un bail de six mois dans un studio.

Le plus dur, dit-elle, a été de se retrouver de l'autre côté du guichet. Elle avait elle-même travaillé pour des associations d'aide aux sans-abri.

Un groupe Facebook, et une inconnue

C'est sa mère qui lui souffle l'idée : et si elle louait une maison avec une autre mère célibataire ? Hayley rejoint un groupe Facebook privé géré par le Council of Single Mothers and Their Children (CSMC), une association australienne qui existe depuis plus de cinquante ans. Elle y rencontre Anja Homburg.

Anja, elle, était propriétaire d'une maison en périphérie de Melbourne. Mais assumer un crédit immobilier sur un seul salaire, même avec l'aide de ses parents, l'étranglait. « Le stress était énorme », se souvient-elle.

Les deux femmes s'entendent immédiatement et deviennent colocataires. Leurs filles, Blair et Raelia, deviennent inséparables : le trampoline, le grand jardin, les jouets, les livres, le bain, tout se partage.

« C'est grâce à elle que je ne compte plus chaque dollar », résume Anja.

Le budget respire, mais ce n'est pas le seul changement. Le ménage, les courses, et même une partie de la charge parentale se répartissent à deux. Hayley avait signé pour une période d'essai de six mois. Elle a déjà décidé de rester.

Un tiers des familles monoparentales sous le seuil de pauvreté

Leur cas n'a rien d'anecdotique. Selon le rapport HILDA 2025, publié par l'université de Melbourne et le ministère australien des Services sociaux, près d'un parent isolé sur trois vit sous le seuil de pauvreté, soit un risque presque trois fois supérieur à celui des foyers avec deux parents. Ces familles sont massivement féminines : les femmes représentent 85 % des familles monoparentales.

L'enquête nationale menée en 2023 par le CSMC va plus loin. Les mères célibataires interrogées connaissaient le sans-abrisme ou le mal-logement dans des proportions près de quatre fois supérieures à la moyenne nationale. Le rapport pointe la fréquence des violences intrafamiliales, qui fragilisent la sécurité financière, et le poids du travail parental non rémunéré, qui limite l'accès à l'emploi.

Pour Jenny Davidson, directrice générale de l'association, les aides publiques ne suivent plus du tout.

« Les loyers ont augmenté au point de représenter aujourd'hui 50 %, 60 %, parfois 70 % de leurs revenus », explique-t-elle, décrivant des mères qui arbitrent entre chauffer l'hiver, rafraîchir l'été ou remplir le frigo, et qui renoncent à des rendez-vous médicaux.

Le registre de colocation de l'association, hébergé sur une page Facebook fermée, est passé de quelques centaines de membres à plusieurs milliers d'utilisatrices actives. « Les mères célibataires sont en première ligne des échecs des politiques du logement », estime Jenny Davidson. « C'est la raison pour laquelle on les voit se tourner vers des solutions innovantes. »

« Un atterrissage en douceur »

Le même registre a mis en relation Priscilla Jones et Jenna Wilson, qui vivent ensemble depuis trois ans avec leurs enfants, Leo et Maia. Priscilla parle d'un « atterrissage en douceur ».

Partager le loyer, les courses et les factures lui a laissé assez de marge pour développer son entreprise. Elle s'apprête à reprendre son indépendance à la fin du bail. Jenna, de son côté, a monté cette année une structure de courtage en crédit immobilier destinée aux mères seules, et enregistre une association caritative dont l'objectif est d'acheter un petit immeuble : des logements dont le loyer serait plafonné à 30 % des revenus. Elle a passé quinze ans dans le secteur du logement et de l'hébergement d'urgence.

À terme, elle imagine un ensemble avec crèche, espace de jeux et bureaux partagés.

Ce qu'il faut vérifier avant de se lancer

Les deux femmes préviennent : la formule ne convient pas à tout le monde. Il faut que les caractères s'accordent, mais aussi les façons d'élever ses enfants. Anja Homburg conseille de rester ouverte à ce qu'on n'avait pas envisagé, tout en étant très claire sur ses limites.

« Et surtout, ne vous précipitez pas », insiste-t-elle.

L'économiste indépendante Nicki Hutley, citée par l'ABC, y voit le résultat de décennies de sous-financement du logement public. Elle souligne aussi un effet pervers : les hausses récentes des aides au logement ont souvent été absorbées par des augmentations de loyer équivalentes. Et rappelle que les enfants paient la note quand le logement est trop petit pour y travailler.

D'autres femmes construisent leurs propres réponses. Aux États-Unis, une septuagénaire a vidé son plan retraite pour créer un village de tiny houses réservé aux femmes seules. Elle a reçu 500 candidatures pour une seule place.

Suivez-nous sur Google

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.