Elle achète un phare pour 61 000 euros et en fait sa maison d'été : sans accès routier, son frigo arrive par grue

Sheila Consaul a acheté aux enchères un phare de 1925 sur le lac Érié. Sans route, sans réseau ni eau courante, elle en a fait sa maison d'été

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Aucune route n'y mène. Le phare n'a ni raccordement électrique, ni arrivée d'eau, ni ponton. Pourtant, chaque été depuis 2012, Sheila Consaul s'installe dans le phare de Fairport Harbor West, planté au bout d'une digue sur le lac Érié, dans l'Ohio. Cette consultante en communication, qui vit le reste de l'année près de Washington, l'a acheté aux enchères de l'État fédéral pour 71 010 dollars, soit environ 61 000 euros. Elle a ensuite dépensé plus de 300 000 dollars de travaux, près de 260 000 euros.

Quand elle le récupère, plus personne n'y a vécu depuis 1948. Les vitres sont toutes brisées, le plâtre se détache des murs et le bâtiment a été vandalisé. Aujourd'hui, il compte trois niveaux, trois chambres, trois salles de bains et une cuisine équipée avec îlot, pour près de 280 mètres carrés.

Un phare vendu aux enchères par l'État américain

Tout commence en 2009. Sheila Consaul cherche une résidence d'été pour échapper à la chaleur humide de Washington. Elle apprend alors que le gouvernement américain vend des phares. Depuis le National Historic Lighthouse Preservation Act, voté en 2000, l'État fédéral peut céder les phares historiques dont ses services n'ont plus besoin. Ils sont d'abord proposés aux collectivités et aux associations. Si personne ne se manifeste, ils partent aux enchères.

Interieur du phare

Elle a déjà restauré une maison ancienne et se lance. Elle enchérit dès 2009 et remporte le phare en 2011. Pour payer l'achat et les premiers travaux, elle emprunte 200 000 dollars en hypothéquant sa résidence principale, selon des documents consultés par CNBC. Le chantier démarre à l'été 2012.

Le bâtiment a lui-même une drôle d'histoire. Le Congrès le finance en 1917, mais la Première Guerre mondiale retarde sa construction. Sa structure métallique est fabriquée en usine à Buffalo, dans l'État de New York. Elle est ensuite chargée sur un vapeur, le Wotan, qui l'emporte sur environ 240 kilomètres jusqu'à Fairport Harbor. Le phare s'allume pour la première fois le 9 juin 1925.

Le réfrigérateur est arrivé par bateau, puis par grue

Pour rejoindre sa maison, Sheila Consaul se gare au parc d'État de Headlands Beach, puis marche environ 800 mètres, une vingtaine de minutes. Aucun véhicule ne peut aller plus loin. La cuisinière, le réfrigérateur et les meubles ont donc fait le trajet en bateau, avant d'être hissés par une grue sur la plateforme du phare.

Elle a bien essayé d'installer un ponton pour accoster. Deux jours plus tard, le lac Érié l'avait emporté. Reconstruit avec une autre conception, il a de nouveau disparu en moins d'une semaine. Pour les courses, elle garde donc une méthode très simple.

« J'apporte dans un sac à dos ce qu'il me faut pour un jour ou deux. Il y a 800 mètres à pied depuis l'endroit où je me gare. Ça ne paraît pas terrible, jusqu'à ce qu'on réalise qu'il y a une dizaine de centimètres de sable. »

C'est ce qu'elle racontait en 2025 à la chaîne locale WKYC (propos traduits de l'anglais).

Neuf ans pour obtenir de l'eau

Le phare fonctionne entièrement en autonomie. L'électricité vient d'un groupe électrogène à essence, complété par des panneaux solaires et, selon CNBC, par de l'éolien. Il n'y a ni chauffage ni climatisation. C'est pourquoi elle n'y vit que de mai à octobre, avant de fermer le bâtiment pour l'hiver.

Le plus difficile n'a été ni l'électricité ni les murs, mais l'eau. En tant que particulier, elle n'a pas le droit de pomper l'eau du lac. Elle récupère donc l'eau de pluie dans une citerne. Des pompes l'aspirent, puis elle est filtrée, traitée et distribuée dans tout le bâtiment. Les toilettes sont sèches.

« Obtenir de l'eau a été mon plus grand défi. Il m'a fallu neuf ans, moins pour des raisons techniques que pour des raisons administratives. »

Elle l'a confié en 2025 à la radio publique Ideastream (propos traduits). Le reste du budget est passé dans la refonte complète de l'électricité et de la plomberie, les fenêtres et les parquets. Elle a conservé l'escalier en colimaçon d'origine, en fonte, qui se resserre à mesure qu'on monte.

La lumière s'allume toujours chaque soir

Le phare lui appartient, mais pas tout ce qu'il y a autour. Le terrain reste la propriété du corps du génie de l'armée américaine, l'US Army Corps of Engineers. Sheila Consaul le loue 2 500 dollars pour vingt-cinq ans, soit une centaine de dollars par an, et compte renouveler le bail à son terme.

Le phare n'est pas non plus devenu une simple maison. Il sert toujours à guider les bateaux. Les garde-côtes entretiennent la lanterne, alimentée à l'énergie solaire, qui s'allume à la tombée de la nuit et s'éteint à l'aube : deux secondes allumée, trois secondes éteinte. Sur le toit, une station du service météorologique national mesure en continu la température et le vent sur le lac. Sa propriétaire doit donc composer avec les garde-côtes, la météo nationale et l'office de protection du patrimoine de l'Ohio.

Presque chaque année depuis 2012, elle ouvre ses portes au public en juin, pour l'anniversaire du phare. En 2025, il a fêté ses 100 ans. Le reste du temps, elle propose des visites privées sur rendez-vous. Après quatorze ans de chantier, elle ne compte pas recommencer ailleurs. Quand on lui demande si elle rachèterait un phare, sa réponse à Ideastream est sans appel : non, un seul suffit largement.

D'autres rêvent de la même vie sans passer par les enchères, comme les volontaires recrutés pour vivre trois mois gratuitement au pied du phare de Point Reyes, en Californie. D'autres encore ont transformé des lieux inattendus en maison, comme cette famille qui a fait d'un wagon vieux de 120 ans un logement loué sur Airbnb.

Source : nbclosangeles

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.