En Arizona, un gérant de supérette a racheté pour 10 dollars des tickets de loterie qu'un client avait laissés sur le comptoir. L'un d'eux valait 12,8 millions de dollars. Neuf mois plus tard, il a perdu son emploi et n'a toujours pas vu l'argent.
L'affaire ressemble à une farce, sauf qu'elle occupe un tribunal du comté de Maricopa depuis février 2026. Elle commence le 24 novembre 2025, dans un Circle K situé à l'angle de la 56e rue et de Bell Road, à Scottsdale, dans la banlieue de Phoenix.
Ce jour-là, une cliente demande à une employée d'imprimer 85 dollars de tickets pour le tirage du soir de The Pick, le jeu phare de la loterie de l'Arizona. Elle n'a que 60 dollars sur elle. Les 25 tickets restants, impossibles à annuler une fois imprimés, sont laissés près de la caisse.
Le lendemain matin, il retrouve le ticket gagnant dans la pile
Le soir même, les numéros 3, 13, 14, 15, 19 et 26 tombent. Le jackpot est de 12,8 millions de dollars, soit une dizaine de millions d'euros. C'est le quatrième plus gros lot de l'histoire de The Pick et le plus important gain enregistré en Arizona depuis 2019.
Le lendemain matin, Robert Gawlitza, alors gérant du magasin, apprend que le ticket gagnant est sorti chez lui. Il fouille les tickets abandonnés, trouve le bon, pointe sa sortie, retire son uniforme, puis rachète les tickets pour 10 dollars auprès d'une collègue. Il signe le dos du billet. Selon son avocat, l'opération a été encaissée par une employée en service et il a bien reçu un ticket de caisse.
Sa version : une règle interne, jamais écrite, obligeait les employés à racheter de leur poche les tickets imprimés par erreur au-delà de 20 dollars, histoire de leur faire payer leurs bourdes. Sa réponse déposée en juillet 2026 devant le tribunal s'accompagne de six attestations d'employés et d'anciens employés de l'enseigne qui décrivent la même pratique.
Circle K, de son côté, a saisi la justice en février 2026 sans réclamer directement le magot : l'entreprise demande au juge de dire si le ticket a seulement été vendu valablement, et à qui il appartient. En clair, la question est de savoir si un employé peut acheter un billet dont il sait déjà qu'il est gagnant.
Licencié après près de vingt ans dans l'entreprise
Fin janvier 2026, avant même le dépôt de la plainte, Circle K licencie Robert Gawlitza après environ vingt ans de maison. Motif invoqué selon ses conclusions : il aurait violé la politique du magasin, l'entreprise estimant qu'il était encore en service au moment de l'achat.
Son avocat, Josh Kolsrud, soutient que l'entreprise n'a changé de position qu'en découvrant le montant en jeu.
« Au fond, il a acheté les tickets. Il les a payés, évidemment. Il a eu un reçu. La vente a été encaissée par une employée de Circle K en service. » Josh Kolsrud, avocat de Robert Gawlitza, à Arizona's Family (propos traduits de l'anglais)
Il réclame un procès devant jury, la restitution du ticket et des dommages et intérêts pour son licenciement. Ce ne sont à ce stade que des allégations, que Circle K pourra contester devant le tribunal. L'ancien gérant a par ailleurs prévu de partager le gain à parts égales avec la collègue qui avait imprimé les tickets, si la justice lui donne raison.
Le jackpot dort sur un compte en attendant le verdict
Restait un détail redoutable : en Arizona, un gain doit être réclamé dans les 180 jours suivant le tirage, ce qui plaçait la date limite au 23 mai 2026. Le juge Joseph Kreamer a accordé 180 jours de plus, en expliquant que le tribunal était très loin d'avoir déterminé qui était le gagnant légitime.
Le ticket, lui, est resté enfermé dans un coffre au siège de l'enseigne, et l'argent est placé sur un compte rémunéré géré par l'État. Comme cette joueuse du Texas qui a dû attaquer sa propre loterie pour toucher ses 83,5 millions de dollars, Robert Gawlitza a découvert que trouver les bons numéros n'est parfois que la partie facile. Sauf qu'à ce jour, contrairement à elle, il n'a encore rien gagné devant les tribunaux.
Source : Azfamily
