En novembre 2025, Renae Wąsik, 43 ans, son mari Pawel et leur fille Rocca, 2 ans, ont quitté Welwyn Garden City, une ville du Hertfordshire au nord de Londres. Leur nouvelle adresse se trouve à Vasiliki, un village d'environ 400 habitants sur la côte sud de Lefkada, une île de la mer Ionienne coincée entre Corfou et Céphalonie. Ce qui les a poussés à partir tient en un chiffre : près de 3 000 livres sterling par mois, soit environ 3 450 euros, rien que pour se loger.
Cette somme couvrait le loyer, la council tax (l'équivalent britannique de la taxe d'habitation) et les factures d'une maison de banlieue « avec un minuscule jardin », comme l'a raconté Renae à l'agence Cover Images en février 2026. Quelques mois plus tard, la famille paie environ 500 euros par mois pour un logement de deux chambres, charges comprises.
De 3 450 euros à 500 euros par mois

L'installation s'est faite en deux temps. Pendant l'hiver, le couple a d'abord loué un Airbnb hors saison pour 800 euros par mois, un logement qui serait resté vide jusqu'au retour des touristes. Fin mars, la famille a emménagé dans un appartement de deux chambres à 500 euros par mois, eau et électricité incluses. Seul le gaz de cuisson reste à leur charge, une fois la bouteille vide.
Le logement se trouve à quelques minutes à pied de la mer, du port de plaisance et des ferries. Le balcon, selon Renae, déborde d'orangers, de citronniers et de mandariniers. Certaines dépenses restent proches de celles du Royaume-Uni, comme la salle de sport, autour de 50 euros par mois. Mais sur le poste le plus lourd, le logement, l'écart dépasse les 2 900 euros mensuels.
« Il ne s'agit pas de gagner plus, mais d'avoir besoin de moins et de choisir une autre façon de vivre. » (Renae Wąsik, propos traduits de l'anglais)
Renae dirige The Atticism, une agence de relations presse qu'elle gère à distance. Pawel est peintre en bâtiment et décorateur. Dans une vidéo TikTok devenue virale en mai, elle insiste sur un point : le couple n'est pas riche et se considère comme appartenant à la classe moyenne en Grèce.
Un dîner avec vin à 13 euros et de l'huile d'olive offerte
Au quotidien, le changement se voit surtout au restaurant. Dans leur établissement habituel, qui diffuse des films pendant le repas, un dîner avec un verre de vin revient à environ 11,30 livres par personne, soit 13 euros, selon le récit publié en mai par l'agence Jam Press. Renae raconte même avoir payé 11 livres pour deux lors d'une soirée récente.
Les exemples qu'elle donne suivent la même logique :
- un flat white au café coûte environ 2,50 euros, au tarif touriste ;
- une bière sur le port revient à 2 euros ;
- au marché local, qui n'est pas celui des touristes, elle dit dépenser 25 à 30 euros par semaine pour les fruits et légumes de toute la famille, trois repas par jour.
Tout n'est pas moins cher pour autant. Au supermarché, les prix se rapprochent de ceux de l'Angleterre : environ 7 euros pour 500 grammes de viande hachée, par exemple. Renae affirme aussi que les prix baissent en hiver, hors saison touristique, même si ce n'est affiché nulle part.
Une partie des économies ne passe d'ailleurs pas par l'argent. Sur l'île, de nombreuses propriétés ont leurs oliviers. Après la récolte, les olives partent au pressoir, qui facture environ un euro le litre. Un voisin fournit gratuitement à la famille son huile d'olive, en échange d'un coup de main pour la récolte. Le miel arrive aussi des voisins. Renae, elle, rend la pareille avec des gâteaux et les oranges de son jardin.
Un terrain acheté sur un coup de tête

Tout a commencé par des vacances. Le couple parlait déjà de quitter le Royaume-Uni, épuisé par le rythme et le coût de la vie. En séjour à Lefkada, il repère un terrain à vendre, le prend en photo, puis fait une offre sur un coup de tête. Elle est acceptée immédiatement.
Le terrain mesure 4 600 mètres carrés et donne sur la mer. D'après Renae, il leur a coûté moins cher qu'un appartement d'une chambre dans le Bedfordshire, sans que le prix exact ait été communiqué. La famille compte y faire construire sa maison et le logement loué n'est qu'une étape. « C'est pour toujours », a assuré la mère de famille à Cover Images.
Pour sa fille, elle décrit une vie passée dehors : des cailloux à escalader, de l'eau, un bac à sable, et du soleil même en décembre. Rocca doit entrer à l'école maternelle l'an prochain, à 3 ans, et Renae affirme que cette prise en charge ne leur coûtera rien.
Pas de livraison en 20 minutes et des critiques en ligne
Renae ne présente pas l'île comme une brochure de vacances. Elle prévient ceux qui imaginent la vie grecque à travers Santorin ou Mykonos : il pleut beaucoup en hiver et la vie pratique n'a rien à voir avec celle de la banlieue londonienne. Elle dit regretter les applications de livraison, les supermarchés britanniques haut de gamme et la possibilité d'obtenir n'importe quel ingrédient en 20 minutes. Selon elle, le calme, l'espace et les paysages valent cette perte de confort.
Sur TikTok, où ses vidéos ont cumulé plus d'un demi-million de mentions « j'aime », tout le monde n'applaudit pas. Certains internautes la jugent privilégiée ou déconnectée, d'autres l'accusent de prendre des logements aux habitants. Elle répond que la famille loue un logement qui restait vide tout l'hiver et que Pawel travaille pour des habitants qui manquent d'artisans qualifiés. Elle ajoute que les travaux de leur future maison seront confiés à des entreprises locales.
En Grèce, son témoignage a pris une autre dimension. En mai 2026, le ministre de la Santé Adonis Georgiadis a partagé sa vidéo sur X, selon le site Greek City Times. Il y appelait les Grecs à lutter contre leur tendance à ne voir que ce qui ne va pas, estimant que cette Britannique disait tout haut ce qu'il répétait depuis longtemps sur la beauté du pays.
Renae garde toutefois un lien fort avec l'Angleterre, où vivent ses deux filles aînées, adultes, qui ne comptent pas la rejoindre. Elle y retourne pour son travail et pour les voir. Comme elle, d'autres familles britanniques ont fait le calcul avant de partir, à l'image de ce couple qui loue une villa avec piscine en Thaïlande pour 815 euros par mois. La Grèce cherche d'ailleurs parfois à attirer de nouveaux habitants, comme sur l'île d'Anticythère, qui proposait un logement et 500 euros par mois à ceux qui venaient s'y installer.
