La plupart des lycéens rêvent d'une voiture. Austin Hay, lui, voulait une cabane dans un arbre. Puis il s'est posé une question très pratique : à quoi bon passer des mois à bâtir quelque chose qu'il devrait abandonner en partant à la fac ? Il a donc acheté une remorque et construit sa maison dessus, dans le jardin de ses parents à Larkfield, près de Santa Rosa, en Californie. Douze mètres carrés, une douche, une mezzanine, et environ 12 000 dollars de sa poche.
Tout commence par un incendie
Quand Austin est en sixième, un incendie ravage presque entièrement la maison familiale. Son père, Gordon, entreprend de la reconstruire. Austin donne un coup de main sur le chantier et y attrape les bases de la charpente et de la construction. Il complète ensuite avec des cours d'atelier pendant ses deux premières années de lycée.
C'est à peu près à ce moment qu'il entend parler d'un homme installé à Graton, non loin de chez lui, qui fabrique des maisons miniatures parfaitement fonctionnelles. Il s'agit de Jay Shafer, fondateur de Tumbleweed Tiny House Company, l'une des figures du mouvement des tiny houses aux États-Unis. L'idée de la cabane perchée est abandonnée sur-le-champ.
Des plans offerts contre un blog
L'entreprise lui propose un marché : elle lui donne gratuitement le jeu de plans de son modèle Fencl, 130 pieds carrés, soit un peu plus de 12 mètres carrés, à condition qu'il raconte le chantier sur un blog. Austin accepte.
Pour le reste, personne ne signe de chèque à sa place. Il puise dans ce qu'il a mis de côté en travaillant comme animateur pour le service des sports et loisirs de Santa Rosa, en 2010. Il a alors 15 ans. La remorque qui servira de fondation, il la déniche dans l'Oregon pour 2 000 dollars.
Trois ans de chantier dans le jardin
Viennent d'abord l'ossature des murs, la mezzanine et la toiture. Une étape grisante, et un peu vertigineuse.
« C'est devenu tellement réel que c'en était effrayant. »
C'est ce qu'il raconte au Press Democrat, le quotidien local qui suit l'affaire. Suivent les prises électriques, l'isolation, les fenêtres. Austin commence à dormir dedans alors que ce n'est encore qu'une coque. Le chantier s'étalera sur trois ans, entre les cours, les devoirs et les jobs d'été. Son grand-père vient prêter main-forte pour la dernière ligne droite.
Ce qu'il y a dans 12 mètres carrés
La maison finie n'a rien d'un abri de jardin. Elle possède une vraie cuisine, une douche presque de taille normale, des toilettes sèches, un bureau et des étagères intégrés, un canapé-lit qu'il a fabriqué lui-même et une chambre en mezzanine sous un plafond cathédrale, choisi précisément pour que l'espace ne paraisse pas écrasant. Trois grandes fenêtres encadrent le lit.
Beaucoup d'éléments sont de seconde main ou offerts. La cabine de douche a été récupérée. La cuisinière est un cadeau de la famille. Cette chasse à la récup' sert aussi un objectif qu'il s'était fixé dès le départ : limiter les déchets. Sur l'ensemble du chantier, il n'a rempli que trois barils.
Le total ? Environ 12 000 dollars de ses propres économies, auxquels s'ajoutent 2 000 dollars de dons, selon le Press Democrat. Son estimation initiale tournait plutôt autour de 23 000 dollars.
Une chambre universitaire sur roues
C'est là que son projet se distingue de tous les autres. La maison est montée sur une remorque, donc elle bouge. Austin ne l'a jamais conçue comme un logement d'appoint dans le jardin familial, mais comme la chambre d'étudiant qu'il n'aurait pas à louer.
« Vivre petit, c'est moins de factures. Vivre grand, c'est plus de factures. »
Sa logique, résumée face à la caméra de Kirsten Dirksen, dont les vidéos consacrées au chantier ont été vues des millions de fois. Le raisonnement était le même à l'arrivée : il achève sa maison à l'automne 2012, en terminale, propriétaire de son logement sans avoir emprunté un centime. Il annonce alors vouloir enchaîner sur le Santa Rosa Junior College puis Cal Poly, en architecture et gestion de chantier, avec l'idée de monter un jour sa propre entreprise de construction. Et il ne comptait pas rester garé chez ses parents : il cherchait un terrain où poser la remorque dès sa première année d'études.
Entre-temps, son lycée et plusieurs établissements des environs lui ont demandé conseil pour lancer leurs propres constructions. Son histoire rejoint celle de tous ces adolescents qui se logent pour le prix d'une voiture d'occasion, comme ce garçon de 13 ans qui a bâti 8 m² dans le jardin de ses parents dans l'Iowa, cette adolescente qui a terminé seule la maison commencée avec son père, ou ce Britannique de 17 ans qui a lui aussi choisi la remorque. À une différence près : quand Austin Hay a commandé sa remorque dans l'Oregon, il n'avait pas encore le permis pour aller la chercher.
