Dans les jardins américains, les petites maisons se multiplient. Parfois pour y installer un parent vieillissant, parfois pour gagner son indépendance sans quitter le terrain familial. Chez Denise Martin, le raisonnement fonctionne dans l'autre sens : c'est elle, la grand-mère, qui est venue s'installer au fond du jardin.
Cette ancienne conseillère financière de 65 ans vivait en Arizona. En décembre 2024, elle a fait ses cartons pour Bend, dans l'Oregon, et emménagé dans un studio de 400 pieds carrés, soit environ 37 m², construit sur le terrain de sa fille. Elle y vit depuis plus d'un an.
Une mezzanine de 9 m² au-dessus de la pièce à vivre
Le motif du déménagement n'a rien de financier, du moins pas au départ.
« La raison principale de mon installation ici, c'est que j'avais une petite-fille, et j'en ai désormais une deuxième, âgée de quatre mois », explique Denise Martin à Fortune. (Propos traduits de l'anglais.)
Le hasard a bien fait les choses : son gendre, Bijan Taherkhan, dirige une entreprise de mini-maisons, Spindrift Tiny Homes. Il restait de la place sur la parcelle familiale, il a donc construit un modèle sur mesure. En bas, environ 28 m² d'espace de vie. Au-dessus, une mezzanine de 10 pieds sur 10, soit un peu plus de 9 m², où elle dort. Le tout complété par une terrasse.
Le chantier a duré moins de trois mois. Denise Martin indique n'avoir eu besoin ni de permis de construire ni d'immatriculation du logement, la structure n'étant pas classée comme véhicule. Facture finale : moins de 200 000 dollars, environ 172 000 euros. À titre de comparaison, le prix médian d'une maison aux États-Unis s'établit à 410 800 dollars selon les données de la Réserve fédérale, et les modèles standards de Spindrift se négocient en général sous les 160 000 dollars, soit près de 137 500 euros.
Six mois pour s'habituer, et 30 euros de gaz par mois
L'adaptation n'a pas été immédiate. Il lui a fallu six mois pour se sentir vraiment chez elle dans 37 m², et un tri radical dans ses affaires, à commencer par ses vêtements. La leçon qu'elle en tire : elle avait besoin de beaucoup moins de choses qu'elle ne le croyait.
Elle a conservé sa maison d'Arizona, où elle passe deux mois par an, mais vivre dans l'Oregon lui revient nettement moins cher. Ses appareils fonctionnent essentiellement au gaz : combiné lave-linge sèche-linge, cuisinière, chauffe-eau. Elle remplit ses bouteilles de propane une fois par mois pour 35 dollars, une trentaine d'euros.
Elle insiste aussi sur un point : contrairement à un camping-car ou à un mobil-home, une tiny house reste une vraie maison, isolée et meublée. La manière la plus confortable, selon elle, de réduire la voilure.
Le vrai calcul se fait du côté de sa fille
Car l'économie la plus spectaculaire de cette histoire n'est pas celle de Denise Martin. Sa fille, Sarah Taherkhan, travaille comme assistante administrative chez Spindrift. Sa mère dépose et récupère les enfants à l'école maternelle, garde le soir, prend le relais quand les parents partent en vacances. Et parfois, simplement, tient le bébé une heure pour que sa fille puisse dormir.
Aux États-Unis, ce coup de main a une valeur chiffrable. D'après une analyse publiée en 2025 par LendingTree, faire garder et élever un enfant revient en moyenne à 297 674 dollars sur dix-huit ans, environ 256 000 euros, et jusqu'à 362 891 dollars, soit près de 312 000 euros, dans les endroits les plus chers. Dans des dizaines de villes américaines, la garde d'enfants coûte désormais plus cher que le loyer.

Une tendance qui dépasse largement le cas de Denise
Jason Waugh, président du réseau d'agences immobilières Coldwell Banker Affiliates, observe une hausse nette des demandes de « granny pods », ces studios de jardin destinés aux grands-parents. Il l'explique par les taux d'intérêt, la pénurie de logements et le coût croissant des résidences seniors, d'autant plus élevé qu'elles proposent des services.
« Nécessité économique, aspect pratique et entraide : je pense que ce sont les trois moteurs principaux », résume Jason Waugh auprès de Fortune. (Propos traduits de l'anglais.)

Le contexte lui donne raison. Environ 20 % des Américains de 65 ans et plus occupent encore un emploi, soit près du double d'il y a trente-cinq ans selon une analyse du Pew Research Center. Et deux retraités sur cinq craignent que leur épargne ne suffise pas, d'après une enquête menée en 2025 par la banque d'investissement D.A. Davidson.
Reste que Denise Martin, elle, ne présente pas son studio comme un plan B. Elle avait la place, elle avait les moyens, et surtout elle avait deux petites-filles à quelques mètres de sa porte.
