Un pavillon de banlieue, trente ans de crédit et deux salaires à plein temps pour tenir le rythme. C'est le scénario que Jos van der Meulen et Fenna Wit, tous les deux âgés de 29 ans, ont refusé net. À la place, ils ont construit leur propre maison de leurs mains, dans un village de tiny houses du sud des Pays-Bas. Facture finale : environ 75 000 euros, sans emprunter un centime à qui que ce soit.
Le couple vit aujourd'hui à Eindhoven avec ses deux garçons, Flip et Kik. Fenna est analyste de données, Jos travaille pour la fondation qui gère leur village. Ils ont raconté leur quotidien à Business Insider, qui a vérifié leurs comptes.
Tout a commencé dans une remise au fond du jardin
L'idée est née d'un scroll sur Instagram. Fenna tombe sur des maisons minuscules construites par leurs propriétaires, trouve ça mignon, abordable, et surtout à leur portée. Le couple visite plusieurs villages de tiny houses aux Pays-Bas pour se faire une idée, puis se lance.
Le chantier démarre en mai 2022. Pour économiser chaque euro possible, Jos et Fenna quittent leur logement et s'installent dans une grande remise aménagée au fond du jardin des parents de Jos. Le plan prévoyait six mois. Ils y sont restés un an et demi. Tout ce qu'ils gagnaient pendant cette période partait dans la construction.
Le couple assure ne pas avoir vécu cette parenthèse dans l'angoisse. Ils savaient qu'en cas de coup dur, leurs parents pouvaient mettre la main à la poche. Ils n'ont finalement jamais eu à le demander. Le chantier a simplement pris six mois de retard, le temps de réunir la somme.

Un déménagement avec un bébé de sept mois
En mai 2023, la famille emménage alors que la maison n'est pas totalement terminée. Flip a sept mois. Kik naît en octobre 2024, et le foyer passe à quatre.
Les débuts sont rudes. Poussette, lit à barreaux, matériel de puériculture : tout arrive d'un coup dans un volume qui n'était pas prévu pour ça. Le couple a fini par se séparer de ce qui ne servait plus, à mesure que le petit grandissait. Jos reconnaît avoir sous-estimé la quantité d'objets accumulés, et admet que garder une maison de cette taille rangée avec deux enfants en bas âge reste un combat quotidien.
Autre concession : impossible de recevoir toute la famille. Fenna l'assume sans regret, estimant qu'une grande cuisine ne se justifie pas pour trois repas de fête par an.
800 euros par mois, assurance et énergie comprises
C'est là que le calcul devient intéressant. Sans crédit immobilier à rembourser, le logement leur coûte environ 800 euros mensuels. Ce montant englobe l'assurance, les charges d'énergie et la location de la parcelle sur laquelle repose la maison.
Sur un revenu commun d'environ 5 500 euros par mois, le couple met de côté plus de 3 000 euros une fois toutes les dépenses courantes réglées. Soit près de 60 % de ce qu'ils gagnent. Ils estiment ne consacrer qu'un tiers de leurs revenus à leur train de vie.
Trois jours de travail par semaine chacun
Cette marge de manœuvre a une conséquence directe : Jos et Fenna travaillent trois jours par semaine. Avant les enfants, Fenna était à quatre jours. Elle a réduit en devenant mère, la parentalité demandant selon elle une énergie difficile à cumuler avec un temps plein.
« On travaille parce qu'on en a envie, pas parce qu'on y est obligés. »
L'un des deux pourrait même arrêter complètement de travailler si le besoin s'en faisait sentir. Et le couple souligne un autre avantage rarement mis en avant : perdre son emploi ne signifierait jamais perdre son toit, faute de mensualités à honorer.
Jos, lui, balaie les conseils de ceux qui lui recommandent d'alimenter un plan retraite. À 29 ans, l'échéance lui paraît lointaine et il ne s'imagine pas travailler jusqu'à 70 ans. Il réfléchit plutôt à réinvestir l'épargne du couple dans la construction d'une seconde maison, qu'il revendrait ensuite.
Un village de 100 maisons sur un ancien terrain en friche
Le couple habite Buurtschap te Veld, à Eindhoven, le plus grand site géré par la fondation Minitopia. L'organisation exploite cinq emplacements dans le sud des Pays-Bas, en partenariat avec les communes, sur des terrains laissés à l'abandon qu'elle transforme en quartiers d'habitat léger.
Le principe est particulier : on achète ou on construit sa maison, mais on ne possède pas le sol. Le terrain est loué à la fondation, pour un loyer mensuel qui tourne autour de 310 à 360 euros selon les sites, indexé chaque année. À Eindhoven, chaque habitant conçoit et bâtit ce qu'il veut, à condition de ne pas dépasser 50 m² d'emprise au sol et 100 m² de surface de plancher. Les 100 emplacements sont aujourd'hui tous occupés et les inscriptions closes, indique la fondation sur son site.
Le journaliste de Business Insider qui a passé plusieurs nuits sur place y a croisé des profils très éloignés des clichés sur l'habitat minuscule : jeunes couples, divorcés, retraités, familles avec enfants. Beaucoup ont choisi ce mode de vie sans y être contraints.
Parmi eux, Nico et Margareth Bluigmars, 68 et 64 ans. Après le départ de leurs quatre enfants, ils ont vendu leur maison et réinvesti l'argent dans la construction d'une tiny house de 80 000 euros, chauffage au sol, panneaux solaires et pompe à chaleur inclus. Leurs charges mensuelles atteignent aujourd'hui environ 400 euros.
« Ne pas avoir de crédit, ça me rend beaucoup plus sereine. »
Le revers de la médaille existe. Aux Pays-Bas, aucune banque n'accorde de prêt immobilier pour une tiny house, ce qui oblige à payer comptant ou à passer par un crédit à la consommation. Et les baux fonciers ont une date de fin : certains sites Minitopia disposent d'autorisations qui courent jusqu'en 2032 ou 2034. Passé ce délai, il faut déplacer sa maison ou espérer une prolongation communale.
Et en France, un tel projet serait-il possible ?
Le cadre juridique français ne connaît toujours pas le mot « tiny house ». Tout dépend donc de la nature de l'installation.
Une tiny house qui conserve ses roues et sa barre de traction est assimilée à une caravane. Elle peut stationner sur un terrain privé jusqu'à trois mois sans formalité. Au-delà, une déclaration préalable en mairie devient nécessaire. Si elle est posée sur des plots ou raccordée durablement aux réseaux, l'administration peut la requalifier en construction : déclaration préalable en dessous de 20 m² de surface de plancher, permis de construire au-delà.
La loi ALUR a bien reconnu les « résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs », mais cela ne rend pas l'installation libre partout. Le plan local d'urbanisme de chaque commune reste déterminant. Les zones agricoles et naturelles sont généralement fermées à l'habitat permanent, sauf si la mairie a créé un secteur dédié. Autrement dit, le terrain compte autant que la maison.
Reste que le modèle progresse. Plusieurs collectivités françaises réfléchissent à des zones d'habitat léger sur le modèle néerlandais, et des projets d'habitat groupé réversible émergent un peu partout. À voir si les 75 000 euros de Jos et Fenna feront des émules de ce côté de la frontière.
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