Le 3 septembre, Kalle Lappinen passe son détecteur de métaux dans une forêt près de Sysmä, un bourg d'environ 3 400 habitants situé à quelque 150 kilomètres au nord-est d'Helsinki. L'appareil réagit. Mais le signal vient de si profond que ce passionné, qui pratique la détection depuis des années, pense à du minerai. Il arrête de creuser et continue sa route.
Quelques mètres plus loin, un signal identique le fait s'arrêter une seconde fois. Cette fois, il creuse jusqu'au bout et tombe sur une dizaine de pièces d'argent au fond du trou. Il retourne alors au premier emplacement, celui qu'il avait laissé tomber. Là aussi, il y a des pièces.
Ces deux cachettes forment le plus important dépôt monétaire de l'époque viking jamais découvert en Finlande, selon les musées de la ville de Lahti. Le lot contient plusieurs milliers de pièces d'argent, pour un poids d'environ 4,5 kilos.
« Il y a d'abord eu un peu d'incrédulité, puis l'adrenaline et le sentiment d'avoir réussi. Le travail a encore payé. »
C'est ce qu'a raconté Kalle Lappinen à la radio publique finlandaise Yle (propos traduits du finnois). Il reconnaît que ce genre de moment est rare : selon lui, 99 % des signaux d'un détecteur mènent à des déchets ou à du minerai.
Deux boîtes en écorce de bouleau enterrées à 12 mètres d'écart
Kalle Lappinen a immédiatement signalé sa découverte. Dès le lendemain, l'archéologue Esko Tikkala, des musées de Lahti, était sur place pour inspecter le site et dégager le trésor.
Les fouilles ont confirmé que l'ensemble avait été réparti volontairement en deux dépôts. Chacun avait été placé dans un récipient en écorce de bouleau, puis enfoui à environ 45 centimètres de profondeur, entre des pierres. Les deux cachettes se trouvaient à une douzaine de mètres l'une de l'autre.
En plus des pièces, les archéologues ont trouvé un fragment d'argent de paiement, c'est-à-dire du métal découpé et échangé au poids, ainsi qu'un bracelet, une petite applique et une perle, tous en argent. La conservation de l'un des récipients a surpris les spécialistes. Tuulia Tuomi, directrice des musées de Lahti, a expliqué à Yle que les matières organiques résistent rarement aussi longtemps dans le sol finlandais. Kalle Lappinen regrette d'ailleurs que la boîte se soit brisée pendant qu'il la dégageait, malgré ses précautions.
L'ancien record finlandais remontait à 1895. Le trésor découvert cette année-là à Nousiainen, dans le sud-ouest du pays, comptait environ 1 700 pièces et pesait 2,2 kilos avec les autres objets. À Sysmä, les pièces seules pèsent deux fois plus.
Des pièces venues d'Angleterre, d'Allemagne et d'Iran
Les pièces n'ont pas encore été nettoyées, séparées ni comptées. Plusieurs médias américains, dont Fox News, avancent une première estimation de plus de 4 000 pièces, mais le chiffre exact ne sera connu qu'après ce travail. Les premières observations permettent déjà de dater une partie du lot entre les années 1000 et 1050.
« C'est l'une des plus grandes découvertes de ma carrière. Elle nous en apprend davantage sur l'importance de Sysmä comme carrefour commercial. »
Esko Tikkala, qui travaille dans l'archéologie depuis près de trente ans, s'exprimait dans un communiqué des musées de Lahti (propos traduits du finnois). Les pièces proviennent de l'actuelle Suède, de Grande-Bretagne et d'Allemagne. Les plus lointaines sont des dirhams frappés dans des régions qui correspondent aujourd'hui à la Turquie et à l'Iran.
À cette époque, l'argent circulait surtout au poids. Une pièce anglaise et une pièce orientale pouvaient donc finir dans la même bourse, sans que leur origine compte beaucoup. Pour les chercheurs, cette diversité permet de retracer l'étendue des routes commerciales qui passaient par la région il y a mille ans.
Un propriétaire qui n'est jamais revenu
Personne ne sait qui a enterré cet argent. Les archéologues évoquent un marchand qui aurait mis une partie de sa fortune à l'abri avant un voyage, ou un habitant aisé qui aurait caché ses biens par crainte d'une attaque. La fin de l'âge du fer était une période instable en Finlande, et ce type de cachette n'était pas rare. Toni Paukku, autre archéologue des musées de Lahti, a toutefois souligné auprès du New York Times un point sans ambiguïté : quel que soit son propriétaire, il n'est jamais revenu chercher son trésor.
Les spécialistes insistent aussi sur un point de vocabulaire. L'« époque viking » désigne une période, qui va environ de la fin du VIIIe siècle à 1066. Elle ne signifie pas que ce trésor appartenait à des Vikings, ni que la Finlande faisait partie du monde viking comme la Suède, la Norvège ou le Danemark. Le pays était en revanche relié à l'univers scandinave par le commerce en mer Baltique.
La découverte finlandaise s'ajoute à une série de trouvailles exceptionnelles cette année en Scandinavie, dont celle d'un Danois qui aménageait une terrasse dans son jardin à Rebild. À Sysmä, la prochaine étape consiste à compter et identifier chaque pièce, puis à dater précisément l'ensemble. Esko Tikkala l'a résumé ainsi à Fox News : ce village aujourd'hui discret semble avoir été, il y a mille ans, un lieu bien plus important qu'on ne l'imaginait.
Source : lahdenmuseot
