À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, les médecins ont décidé de refuser de soigner un patient à cause de l’aggravation de son état de santé, et ce malgré son réveil d’un coma et sa volonté d’être traité. Les proches du patient ont porté l’affaire en justice.
Pendant que l’épineuse question du droit à mourir dignement continue d’agiter la sphère médicale et politique, qu’en est-il du droit à vivre dans la souffrance ? À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le personnel médical a pris en charge un patient, âgé de 60 ans, atteint d’une cirrhose sévère, d’encéphalopathies hépatiques à répétition et de séquelles neurologiques après plusieurs AVC.
Le 2 juin dernier, alors que le patient était plongé dans le coma, l’équipe de réanimation décide de limiter les traitements en cas de nouvelle aggravation de son état. L’antibiothérapie, l’alimentation, l’hydratation et les soins de confort doivent toutefois être maintenus.
Cependant, cette décision est contestée par les proches du patient qui rappellent que ce dernier "avait exprimé, dans ses directives anticipées et auprès de ses proches, la volonté de recevoir tous les soins nécessaires à sa survie".
Crédit photo : AP-HP
Après le rejet de leur demande par le tribunal administratif, ils saisissent en urgence le Conseil d’État. Entre-temps, le patient s’est réveillé et réitère sa volonté d’être soigné comme l’indique son avocat au Parisien :
"Les médecins ont pris leur décision alors qu’il était dans le coma. Mais il s’est réveillé ! Il est conscient et a communiqué sur sa volonté d’être soigné. C’est la première fois que je vois ça. C’est vertigineux"
Le Conseil d'État rejette le recours de la famille
Le problème réside dans l’historique médical du patient qui a connu de nombreuses hospitalisations, plusieurs passages en réanimation et des intubations répétées. Son état s’est fortement dégradé et il supporte difficilement les soins invasifs.
Pour l’hôpital, "aucune perspective curative n’existe". Une greffe du foie, seule solution susceptible de le guérir, a été écartée après plusieurs avis médicaux. Les médecins estiment qu’une nouvelle réanimation serait "inutile, disproportionnée et source de souffrances supplémentaires".
Crédit photo : iStock
Le Conseil d’État a, de son côté, rejeté le recours de la famille. Il rappelle qu’une telle décision concernant un patient "hors d’état d’exprimer sa volonté" doit résulter d’une procédure collégiale et prendre en compte ses directives anticipées. Celles-ci peuvent néanmoins être écartées lorsqu’elles ne correspondent plus à la situation médicale. Les traitements ne doivent pas non plus relever "d’une obstination déraisonnable", être "disproportionnés" ou n’avoir pour seul effet que "le maintien artificiel de la vie".
