Un sandwich au volant peut vous coûter 75 € : l'article de loi que peu de conducteurs connaissent

Un café avalé entre deux rendez-vous, un sandwich grignoté dans les bouchons ou une gorgée d'eau sur l'autoroute… Ces gestes anodins font partie du quotidien de millions d'automobilistes français. Mais attention : même si aucun article du Code de la route ne les interdit explicitement, ils peuvent pourtant vous valoir une amende salée. Voici tout ce qu'il faut savoir pour éviter les mauvaises surprises.

Sur la route, on connaît tous les interdits classiques : téléphone au volant, alcool, excès de vitesse, oubli de la ceinture… Mais il existe une zone grise du Code de la route qui prend de court de nombreux conducteurs. Et pour cause : si vous interrogez vos proches, la majorité vous dira sans hésiter que manger ou boire au volant est strictement interdit en France. Pourtant, la réalité juridique est bien plus subtile et peut réserver de très désagréables surprises.

Selon une étude de la Fondation Vinci Autoroutes, l'inattention au volant représente la troisième cause d'accident en France, juste après la vitesse et l'alcool. Et grignoter ou se désaltérer au volant entre pleinement dans cette catégorie à risque. Alors, que dit vraiment la loi ? Et combien risquez-vous concrètement ?

Ce que dit (vraiment) le Code de la route

Voici la première surprise : aucun article du Code de la route n'interdit formellement de manger ou de boire au volant. Vous avez donc parfaitement le droit d'avaler votre café ou de croquer dans votre croissant en conduisant… en théorie. Mais c'est précisément là que le bât blesse.

L'article R412-6 du Code de la route, particulièrement large dans sa formulation, stipule que « tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d'exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent ». En clair : si un agent estime que votre sandwich ou votre gobelet de café vous empêche de garder le contrôle de votre véhicule en cas d'urgence, il peut tout à fait vous verbaliser. Et c'est entièrement à son appréciation. Pour consulter la liste officielle des comportements sanctionnés au volant sur le site Service-Public.fr, mieux vaut être à jour avant de prendre la route.

35 euros d'amende, mais pas seulement…

Si un policier ou un gendarme considère que vous êtes en infraction au regard de l'article R412-6, vous vous exposez à une contravention de deuxième classe. Concrètement, cela représente une amende forfaitaire de 35 euros, minorée à 22 euros en cas de paiement rapide, mais pouvant grimper à 75 euros en cas de majoration, voire 150 euros si vous contestez et que le tribunal de police rejette votre recours.

Bonne nouvelle néanmoins : cette infraction n'entraîne aucun retrait de points sur votre permis de conduire. Mauvaise nouvelle en revanche : si votre comportement provoque un écart de conduite avéré (franchissement de ligne, vitesse inadaptée, non-respect d'un stop), la sanction grimpe alors à 135 euros d'amende et jusqu'à 3 points en moins sur le permis. Autant dire que la facture peut très vite exploser.

Et en cas d'accident, l'addition devient catastrophique

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C'est probablement l'aspect le plus méconnu de cette réglementation, et pourtant le plus lourd de conséquences. En cas d'accident provoqué alors que vous étiez en train de manger ou de boire au volant, votre assurance peut tout simplement refuser de vous indemniser. De nombreux contrats incluent en effet une clause d'exclusion de garantie pour « négligence caractérisée » ou comportement dangereux du conducteur.

Résultat : vous pourriez vous retrouver à devoir payer de votre poche les réparations de votre véhicule, mais aussi, et surtout, l'intégralité des dommages causés à autrui. Une note qui peut très vite atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'euros en cas de blessés graves. Mieux vaut donc penser à vérifier les exclusions de garantie de son contrat d'assurance auto avant de croquer dans son burger en roulant.

Les autres gestes qui peuvent vous coûter cher

Le fameux article R412-6 ne s'applique pas qu'à la nourriture et aux boissons. Il peut également viser de nombreux autres comportements considérés comme distrayants : se maquiller au volant, se raser, fouiller dans la boîte à gants, régler longuement son GPS ou encore conduire en tongs ou pieds nus. Toutes ces situations sont à la libre appréciation de l'agent verbalisateur, et tombent sous le coup de la même amende de 35 euros.

Il faut bien distinguer ces infractions « grises » de celles qui sont, elles, parfaitement encadrées par la loi. C'est notamment le cas du téléphone portable, dont l'usage est strictement interdit dès lors que le moteur tourne. Et là, les sanctions sont bien plus sévères : consulter son téléphone même à l'arrêt dans la file d'attente d'un drive expose à une amende de 135 euros et 3 points en moins sur le permis.

Comment éviter les ennuis ?

La règle est finalement assez simple : si vous avez faim ou soif sur la route, le mieux reste encore de vous arrêter quelques minutes sur une aire de repos ou un parking sécurisé. Cinq minutes de pause vous éviteront non seulement une éventuelle amende, mais également un risque d'accident potentiellement dramatique.

Pour les longs trajets, pensez aussi à préparer en amont des collations faciles à consommer (barres de céréales, fruits secs) et privilégiez une gourde avec embout pour vous hydrater sans quitter la route des yeux. Mais dans tous les cas, gardez en tête une chose essentielle : la voiture n'est pas un restaurant. Et même si vous êtes pressé, prendre le temps de manger correctement reste toujours la meilleure des protections, à la fois pour votre portefeuille et pour votre vie.

Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Manon, c'est notre journaliste couteau-suisse. Gémeaux oblige, elle s'intéresse à tout : de la psychologie humaine aux mystères de la lune, en passant par l'art d'optimiser son intérieur et de pimper son quotidien. Pour elle, chaque détail de la vie pratique mérite une enquête approfondie. Son secret pour rester inspirée ? Le cinéma et les séries, qu'elle dévore sans modération avant de transformer ses réflexions en articles (vraiment) utiles.