Julia Buruleva, photographe russe, se retrouve au cœur d'une polémique après avoir peint un éléphant en rose vif en Inde pour concrétiser sa vision artistique.
L'art justifie-t-il tous les excès ? C'est la question que se posent de nombreux internautes après la publication d'une séance photo mettant en scène un éléphant entièrement peint en rose vif, réalisée en Inde par une photographe russe. L'affaire, relayée notamment par The Independent, a rapidement enflammé les réseaux sociaux.
Une photographe peint un éléphant en rose pour une séance photo
Le 20 mars 2026, Julia Buruleva, photographe russe de 47 ans basée à Barcelone, a partagé sur Instagram son shooting réalisé en Inde, lors d'un voyage de six semaines dans la capitale de l'État du Rajasthan, dans le nord-ouest du pays.
Ces clichés montrent un éléphant et un mannequin recouverts de peinture rose vif dans un temple.
L'artiste explique avoir eu cette idée à Jaipur, après avoir été submergée par les couleurs et les images de la ville. Elle ajoute que les éléphants sont très présents dans la culture locale : ils sont peints pour les festivals et les cérémonies traditionnelles. Cette pratique, bien qu'ancrée dans certaines traditions indiennes, reste vivement débattue par les défenseurs du bien-être animal, qui soulignent le stress que ces manipulations peuvent engendrer sur des animaux sauvages captifs.
Pour concrétiser son projet, la quadragénaire a visité plusieurs fermes d'éléphants avant de trouver un propriétaire prêt à collaborer avec elle.

Une peinture organique
La séance a finalement eu lieu en novembre dernier dans un temple hindou abandonné, avec un éléphant mâle de 65 ans. Sur les réseaux sociaux, la photographe a tenu à rassurer ses abonnés inquiets pour le pachyderme.
« Nous avons utilisé de la peinture organique fabriquée localement, la même que celle employée par les habitants lors des festivals, ce qui la rendait parfaitement sûre pour l'animal », a-t-elle précisé.

Avant d'ajouter auprès du média The Independent :
« Elle a été appliquée pendant une très courte période et se lave facilement. Toute la séance a été brève et conduite sous la supervision du cornac, responsable des soins quotidiens et du bien-être de l'animal ».
Le cornac, figure centrale dans la relation entre l'homme et l'éléphant en Asie du Sud, joue un rôle clé dans la gestion des éléphants domestiqués. Son accord et sa présence sont généralement considérés comme une garantie minimale du respect de l'animal lors de ce type de pratique.
Un shooting controversé
Comme le rapporte LADbible, les images du shooting sont devenues virales et ont suscité de vives critiques.
Sous la publication, de nombreux internautes ont reproché à la photographe d'avoir fait subir cette expérience à l'éléphant. Pour beaucoup, cela relève de la maltraitance ou d'un manque de respect envers l'animal. Certains commentaires pointent également la responsabilité des voyageurs étrangers qui, sous couvert d'art ou de tourisme, participent à des pratiques contestables impliquant des animaux sauvages captifs en Inde.

Face à la polémique, Julia Buruleva a assuré que le mammifère était « calme, détendu et réactif » pendant toute la durée de l'événement.
De son côté, le propriétaire de l'éléphant a fait savoir que le pachyderme, nommé Chanchal, est décédé de vieillesse en février dernier, soit plus de quatre mois après la séance photo. La mort de l'animal, bien que survenue bien après le shooting, a relancé les critiques sur les réseaux sociaux, beaucoup d'internautes établissant un lien, même indirect, avec les conditions de la séance.
Il a également expliqué dans les colonnes de The New Indian Express que la « kaccha gulal », une poudre colorée traditionnelle indienne, avait été utilisée pour teindre la peau du géant d'Asie. Cette poudre, habituellement répandue lors du festival Holi, est en principe non toxique pour l'homme, mais son usage sur des animaux reste sujet à caution selon plusieurs vétérinaires.
Les autorités forestières du Rajasthan ont ouvert une enquête afin de déterminer si la photographe avait obtenu les autorisations nécessaires et si les règles de protection animale avaient été respectées. En Inde, la détention et l'utilisation d'éléphants sont encadrées par la loi sur la protection de la faune sauvage, et tout manquement peut exposer les propriétaires à de lourdes sanctions.
Cette affaire rappelle d'autres controverses récentes impliquant des éléphants exploités à des fins touristiques en Inde, et pose une nouvelle fois la question des limites entre création artistique et respect du monde animal.
