Le collectif « Les Morts de la Rue » publie la liste des 510 personnes mortes dans la rue cette année et leur rend hommage

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Cette année, en France, au moins 510 personnes ont trouvé la mort dans la rue, dont six enfants de moins de cinq ans et 43 femmes.

Comme à son habitude, le collectif Les Morts de la Rue leur a rendu hommage mercredi 4 avril, et a publié la liste complète de leurs noms, afin que leur mémoire perdure... mais aussi que leurs anciens compagnons d'infortune, ceux qui sont encore bien vivants aujourd'hui, ne soient pas non plus oubliés et ne connaissent pas à leur tour le même destin.

Sarrazin / Collectif les Morts de la Rue

« Ils ont dû attendre la mort pour finalement trouver un toit » : La phrase, qui résonne comme une boutade tragique, revient chaque année, placardée en affiches noires sur les murs des villes, ou sur les réseaux sociaux. Tous les ans, à la même période, le collectif Les Morts de la Rue rend hommage aux hommes, aux femmes, aux anonymes morts en France, dans la rue, parce qu'ils n'avaient pas de toit.

Comme chaque année, les bénévoles organisent une cérémonie à la fois pour honorer leur mémoire, mais aussi, et surtout, pour dénoncer la situation de pauvreté extrême qui tue chaque année. Cette année, c'est le 4 avril, à l'Hôtel de Ville de Paris, qu'ils ont égrainé les noms des 510 personnes afin de leur rendre leur identité, de les tirer de l'anonymat. Un endroit symbolique et central, mais aussi proche des pouvoirs, « manière leur dire, de leur chuchoter au plus près, dans les murs, les noms de ces personnes ».


Ils avaient 49 ans en moyenne, au moment de leur décès. Ils s'appelaient Pascal, Sandrine, Moussa ou Ruben, Ahmed, Paolo, ou encore Stanislaw. D'autres ont emporté leur nom avec eux dans la tombe. Tous ont fini par mourir là, au ras du sol, sous des cartons ou sur un banc, dans l'indifférence quasi-générale. Des hommes, des femmes, mais aussi des enfants, certains âgés de quelques mois à peine.

49 ans en moyenne : c'est l'espérance de vie d'un sans-abri. Un chiffre qui fait d'autant plus réfléchir quand on sait que la moyenne nationale, elle, se situe autour de 80 ans.

49 ans. Des morts prématurées, des vies rabotées, interrompues avant terme. La faute au froid, à la chaleur, aux conditions de survie très dures, aux maladies qui emportent plus facilement ceux qui n'ont pratiquement aucun moyen pour s'en préserver... mais aussi à des causes de mort violentes, des agressions, des accidents, ou encore le suicide, dernier recours de ceux qui n'ont plus aucun espoir. 

« On continue à ne parler des personnes à la rue que quand il fait froid ou quand il fait très chaud alors que c'est vivre à la rue, tous les jours, toute l'année, en toutes saisons, qui tue » explique le collectif.

La liste complète des noms est publiée par le quotidien La Croix.

Depuis 2002, le collectif Les Morts de la Rue mène de nombreuses actions pour éviter aux SDF morts dehors de tomber complètement dans l'oubli. Ainsi, outre l'hommage, le recensement et la publication de la liste des noms des personnes décédées, les bénévoles accompagnent également tout au long de l'année les funérailles, et apportent leur soutien aux familles et aux proches. 

Pourtant, l'association loi 1901 ne se limite pas à la seule tâche d'honorer symboliquement la mémoire des sans-abri. Le collectif a des ambitions beaucoup plus larges, et veut attirer l'attention sur ces morts pour plus vastement interpeller le public sur les conditions de vie des sans-abri. L'association mène des campagnes de sensibilisation afin de dénoncer les raisons qui font des sans-abri des victimes privilégiées de la Faucheuse.

« Il ne sert à rien de pleurer sur les morts, si on ne fait rien pour que ça change pendant qu'ils vivent à la rue », expliquent les membres du collectif dans un communiqué. Ils dénoncent l'inaction, le déni de la réalité de certains élus qui cherchent à minimiser à tout prix le problème plutôt que d'essayer de le résoudre... Mais aussi les politiques agressives « anti SDF » de certains organismes privés ou publics : « On continue à rendre l’espace public hostile par toutes les installations dissuasives qui chassent ceux qui vivent à la rue vers des lieux toujours plus cachés et dangereux, dans les bois, tunnels, périphéries et sous-sols » s'indignent les bénévoles.

En février dernier, un autre recensement, qui dénombrait les vivants celui-là, avait fait état de près de 3 000 sans-abri aperçus dans les rues de Paris par des maraudeurs. Il s'agissait d'un comptage inédit, cependant le chiffre est bien au-dessous du nombre réel de SDF.

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