« J'en ai marre des mecs, mais marre, marre, marre » : un médecin livre une chronique poignante sur France Inter

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Le médecin et romancier Baptiste Beaulieu a dénoncé avec colère les comportements irresponsables des hommes dont il entend parler dans son cabinet.

Le lendemain de la Journée internationale des droits de la femme, Baptiste Beaulieu a pris la parole dans sa chronique hebdomadaire « Alors voilà » diffusée sur France Inter. À travers quatre exemples édifiants, il a dénoncé avec colère certains comportements irresponsables des hommes.

Depuis 2016, Baptiste Beaulieu exerce à Toulouse dans le domaine médical.

« Ma vision des hommes a changé depuis mon installation en tant que médecin généraliste. Hier c’était la journée internationale des droits des femmes. Vous allez me dire que cette chronique part dans tous les sens, mais c’est le sens de ma colère alors suivons-là, et commençons par évoquer les femmes qui ont croisé ma route de soignant », commence-t-il.

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Pour illustrer son discours, Baptiste Beaulieu commence par un premier exemple d’une patiente venue pour une consultation : « Madame G vient un jour et me dit « Bonjour, mon mari a mal au pénis lors des rapports sexuels et il m’a dit d’aller consulter car il pense que c’est de ma faute. D’après lui, j’ai un problème ». Le mari reste regarder la TV dans son sofa pendant que madame G patiente… 2h en salle d’attente. Devinez quoi : elle ne présente aucun symptôme alors que son mari urine littéralement, excusez-moi du détail, du pus », raconte-t-il dans un premier élan.

Sans transition, le médecin enchaîne immédiatement avec un deuxième exemple : « Il y a aussi cette patiente dont je me souviens, Madame R, qui pleure parce qu’elle n’arrive pas à concevoir de bébé avec son nouveau compagnon et que celui-ci… Attendez, tenez-vous bien… Il lui fait la gueule ! Mais que voilà une riche idée qui va bien améliorer leur situation et sécher les larmes de ma patiente. Le pire ? Elle a déjà eu deux enfants avec un autre mec. Vous comprenez ce que ça signifie non ? Parce que lui, manifestement, il n’avait pas compris que le problème était plutôt de son côté ».

Baptiste Beaulieu s’interrompt un instant et cesse de présenter des exemples pour clamer : « J’en ai marre des mecs, mais marre, marre, marre, si vous saviez comme j’en ai marre de nous… De nos petites lâchetés, de nos petites trahisons, de nos petits égos de coq toujours mal placés, de nos angles morts permanents et de nos orgueils démesurés », lance-t-il, désespéré.

France Inter

Un troisième exemple vient compléter le tableau : « Et madame L ? Je vous ai parlé de madame L, qui vient pour une interruption volontaire de grossesse, et qui vient seule, et qui pleure toute seule. Elle aimerait bien ne pas être seule, mais l’enfant débilissime qui lui sert de compagnon a préféré jouer à la PlayStation en fumant des pétards plutôt que d’accompagner sa nana», s’émeut-il, avant d’ajouter : « les femmes sont fertiles seulement trois jours par mois, les hommes sont fertiles à chaque rapport sexuel, 364 jours par an, mais ce ne sont jamais eux qui pleurent dans mon cabinet parce qu’ils doivent gérer l’annonce d’une grossesse non désirée. Ce ne sont jamais eux. Non. Je leur tends jamais ma petite boîte de mouchoirs. Jamais, jamais, jamais. »

« Les femmes ont raison d’être énervées, de descendre dans la rue, de hurler leur colère. »

« Je n’en peux plus des problèmes d’égo de ces types là. C’est un puits sans fond. Je le dis : les femmes ont raison d’être énervées, de descendre dans la rue, de hurler leur colère. Je me répète, je sais, mais j’en ai marre de nous, mais d’une force…», continue-t-il en faisant allusion aux marches survenues lors de la Journée internationale des droits des femmes dans toute la France.

Baptiste Beaulieu conclut avec un dernier exemple venant d’un homme cette fois : « Ah et monsieur P, je ne vous ai pas parlé de monsieur P. Il vient au cabinet un jour, il y a sept ou huit ans. J’étais jeune remplaçant, j’étais encore très naïf sur les choses de l’amour, et il me lance à la fin de la consultation : « Ma femme est en pleine ménopause. Elle est de mauvaise humeur. J’ai droit à rien, même pas à une petite caresse de dépannage de temps en temps.» Une caresse de dépannage… Sérieusement, une caresse de dépannage ? Mais je vous jure ! Sa femme se débat littéralement avec les bouffées de chaleur, les sautes d’humeur, le moral en berne, le maelström hormonal, et lui en bon gros bébé pourri gâté, il boude parce qu’il n’a même pas « droit à ses caresses de dépannage ». J’ai honte de nous, sérieux. Le sexe n’est pas un dû. Le. Sexe. N’est. Pas. Un. Dû », martèle-t-il.

Le médecin finit par conclure : « Être une femme hétérosexuelle, c’est quand même devoir choisir parmi un cageot rempli de fruits pourris celui qui vous pèsera le moins sur l’estomac. Alors oui je sais, on va me dire « pas tous les hommes »… Eh bien je m’en fous : tant qu’il en restera un de pourri, il en sera de la responsabilité des autres de l’écarter le temps qu’on lui inculque ce qu’il faut de respect et de dignité. Albert Camus disait : « un homme, ça s’empêche». Eh bien, ça s’éduque aussi. Et ce n’est plus aux femmes de s’en charger. Elles ont assez donné. Elles ont assez payé.»

Source : France Inter
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