Pourquoi dit-on « la » Covid ?

Depuis que la Covid est apparue progressivement sur la scène médiatique internationale, puis française via l’AFP, les appellations ont, et c’est peu dire, bien bougé. Alors, dit-on la Covid ou le Covid ?

Originellement dénommé comme une « Mystérieuse épidémie », un « virus mystérieux » , un retour du « Sras, puis tour à tour Coronavirus et, pour finir Covid-19, on ne sait plus trop ou donner de la tête avec tout ça finalement. Mais une question demeure finalement, pourquoi a-t-on décidé de féminiser le covid alors que son usage, répandu en France était de l’utiliser au masculin ? La réponse ici-bas.

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Le ou La Covid ?

Le 7 mai 2020, l’Académie française a finalement tranché. À cette période ou la France entière était confinée (Aaaah quelle époque ! ) et ou les troubles et le désordre régnait face à cette maladie quasiment inconnue pour nous, il fallait bien mettre un mot la dessus. On ne dit pas “le” Covid mais “la” Covid, a tranché l'Académie française dans un communiqué paru le 7 mai. Nous sommes sauvés ! En effet, Covid est l'abréviation du terme anglais “Coronavirus disease” qui se traduit par “maladie du coronavirus”. Il s'agit donc d'accorder l'article avec “maladie”, un mot féminin en français. OK Boomer.

Le Covid et l’Académie française

Si l’acronyme est d’origine étrangère, dans la langue française, c’est le genre du mot principal qui compte. Or, maladie est un mot féminin. Aussi, “la” s’impose pour désigner “Covid”, explique l’Académie dans un communiqué paru sur son site le 7 mai. Toutefois, si on devait dire “la Covid19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie”, pourquoi “l’emploi si fréquent du masculin : le Covid-19”, s’interroge l’Académie ? Et oui Jamy !

En effet, force est de constater que depuis l’apparition de l’épidémie de coronavirus, le masculin s’est imposé, que ce soit dans les médias, le gouvernement ou chez les médecins. “Le 10 mars 2020, tous les pays de l'Union européenne sont désormais touchés par le Covid-19. Le 11 mars 2020, l’OMS annonce que le Covid-19 peut être qualifié de pandémie, la première déclenchée par un coronavirus”, est-il notamment écrit sur le site de l’Institut Pasteur. On dit une pandémie ?

Le covid ou la covid ? / Crédit : Unsplash

La Covid et l’usage courant

Mais pourquoi ce revirement après la bataille, alors que jusqu'ici le terme « le » Covid pour désigner la maladie faisait consensus, y compris dans le corps médical ou pour le gouvernement ? Était-il nécessaire de corriger le tir, deux mois après tout le monde ? Pour preuve, encore aujourd’hui de nombreuses personnes préfèrent utiliser le terme au masculin. En effet parmi la population française, le masculin prédomine encore aujourd'hui.

Un sondage dévoilé à la mi-mars montrait que dans la pratique, 56 % des Français déclaraient employer le mot « Covid » au masculin, contre seulement 19 % au féminin… Les 25 % restant s'efforçant quant à eux de ménager la chèvre et le chou, utilisant indifféremment « le » ou « la » Covid. Ceux la ne préfèrent pas choisir. Ont-ils des origines suisses ? Nous ne saurons jamais…

Covid et Dictionnaire

Notons toutefois que le masculin est davantage utilisé chez les plus jeunes. C'est pour ces raisons d'usages que les dictionnaires préconisent aujourd'hui l'emploi du pronom « le ». Après Le Larousse, Le Robert a fait le choix d’intégrer le « covid » à son édition 2 022 en l’accordant au masculin tout en permettant le féminin, le dotant au passage d’une minuscule. Chacun sa pratique, et tout le monde sera content finalement.

Une professionnelle de santé / Crédit : Unsplash

Covid au Québec

Car de l'autre côté de l'Atlantique, plus précisément du Québec, alors que le masculin était de mise dans un premier temps, il a rapidement été décidé de lui substituer un féminin, comme le raconte le linguiste Michel Francard dans une émission radio pour France Culture : « La francophonie européenne s'est ralliée au masculin depuis l'apparition de la pandémie.

Au Canada, après l’emploi initial du masculin, une recommandation officielle de l’Office québécois de la langue française, avalisée par divers experts, a changé la donne. Dans la foulée, les médias (dont Radio Canada) ont changé leur pratique. Si le terme coronavirus désigne le virus, le terme Covid-19 désigne quant à lui la maladie causée par ce même virus. On dit donc « le » coronavirus et « la » covid selon l’académie. Enfin si j’ai bien tout compris…

Ce qu’en dit l’Académie française 

Mais le terme « Covid-19 » n'est pas tant un nom qu'un acronyme, formé à partir de la contraction des mots « coronavirus » et « disease », affublés d'un «-19 » en raison de l'année de sa découverte, 2 019. Ce que l'Académie française précise justement sur son site : · "Covid est l’acronyme de corona virus disease", et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation.

On dit ainsi la SNCF. (Société nationale des chemins de fer) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency, « Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. »

Selon les linguistes

Pourtant, comme le raconte Frédéric Martel sociologue, écrivain et journaliste français dans l'émission Soft Power, l'Académie française n'aurait pas voté pour « la » Covid : · « J'ai mené ma petite enquête et j'ai interrogé cinq académiciens. Aucun d'entre eux n'a été invité à donner son avis sur ce sujet par l'Académie française. » Explique-t-il au micro de France Culture. « Certains ont même appris par ma bouche les décisions de leur académie. » D'ailleurs, aucune réunion tout court n'a eu lieu à l'Académie française depuis le 17 mars.

Les positions de l'Académie française ne sont donc pas celles des académiciens et bien plus probablement du seul secrétaire perpétuel qui tient à son titre à dire au masculin : Hélène Carrère d'Encausse, âgée de 90 ans et fort bien connue justement pour empêcher la féminisation des titres de profession. La distanciation avec les classes sociales. C'est là, justement, le problème de l'Académie française et ce qui lui fait perdre chaque jour un peu de sa crédibilité.

La covid et les experts de l'Académie française / Crédit : Unsplash

La Covid et Le Sexisme

Ainsi, selon ce que nous explique Frédéric Martel, plus qu’un consensus entre linguiste de l’Académie française, la féminisation du terme « Covid 19 » serait donc plus lié à une décision unanime de la part de son secrétariat général. Pour des raisons vraisemblablement idéologiques qui plus est. Un certain sexisme flotterait donc dans cette grande académie ? Vous n’y pensez pas tout de même !

En effet, depuis un certain temps, l’Académie française fait de la féminisation de certains noms son épouvantail politique. Malgré une certaine évolution notable notamment sur la féminisation des noms de métiers, un certain conservatisme règne sur l’usage de notre langue commune.

Le Covid et la féminisation des mots

Éliane Viennot, professeur émérite de littérature parle à ce sujet, toujours sur France Culture. « C’était un acte délibéré. Jusqu’au XVIIe siècle, les mots féminisés existaient et étaient toujours utilisés à côté de la forme masculine. C’était une pratique courante au Moyen Âge : on disait auteurs et autrices, médecins et médecines, professeurs et professoresses. Mais ce petit groupe d’hommes a décidé que le masculin devait l’emporter dans les noms de métier, dans les accords grammaticaux alors que l’emploi de l’accord de proximité était la règle jusqu’alors.

C’est l’Académie française qui a rendu notre langue sexiste. » Résultat : des milliers de travailleuses ne méritent pas d’avoir un nom de métier qui convienne à leur genre, mais une maladie qui paralyse la société tout entière mérite d’être féminisé en dépit de son usage commun. Sympa pour les femmes !

Langue et enjeux de lutte symbolique

L’académicien Jean Christophe Ruffin agacé de cette féminisation a justement donné son avis au sujet de la décision d’Hélène Carrère d'Encausse : « C’est bien la première fois qu’elle se soucie de la féminisation du langage ! », a-t-il persiflé auprès de France Culture. Un pronom « la » qu’il juge d'ailleurs « ridicule » ! Il s'agit à ses yeux d'une « mauvaise traduction de l’anglais ». Quant à la traduction du terme « disease » par le français « maladie », féminin, certains font remarquer qu'il aurait été tout à fait possible d'opter pour le mot « mal », masculin et qui recouvre un sens identique.

Conclusion, le covid ou la covid ?

En France, force est de constater que la question n'est toujours pas réglée. Tout au plus observe-t-on une assez large prédominance du masculin pour désigner le/la Covid. Un usage qui n'a pas attendu la prise de position de l'Académie française pour s'imposer dans le langage courant et les médias. Affaire à suivre.

Le covid dans le monde / Crédit : Unsplash

La crise du coronavirus a en tout cas vu apparaître son lot de nouveaux mots. « Outre le nom du virus et de la maladie, la période est riche sur le plan linguistique » relève Sandrine Reboul-Touré. Avec des difficultés, parfois, à appréhender ce nouveau vocabulaire qui ne sont pas sans déboucher sur quelques curiosités linguistiques, à l'image du coronavirus, devenu subitement le «  coranovirus » ou, mieux encore, « le conarovirus ».

De nouveaux mots

La lexicologue note également que depuis l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron et sa métaphore filée du « Nous sommes en guerre », le champ lexical de la guerre semble s'être imposé un peu partout, des caissières que l'on dit « envoyées au front » au vocabulaire lié aux « pénuries » : « J'en ai parlé avec quelques collègues linguistes, pour nous il s'agirait plutôt d'une « lutte ». Au-delà du vocabulaire, cela permet de nommer une réalité : dire que c'est la guerre permet de museler, d'encadrer tout le reste. Et ainsi, à partir de ce point de départ qui est le « nous sommes en guerre », des mots qu'on avait mis de côté reprennent du service.

Pour le meilleur et pour le pire.