Âgé de 35 ans, un père de famille se retrouve aujourd’hui privé de son œil gauche à la suite d’un accident médical rarissime survenu lors d’une opération des sinus.
Il y aura un avant et un après 6 janvier 2026 pour Maxime K., père de famille de 35 ans. Ce jour-là, il se rend à la clinique Paris-Bercy, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) pour un simple nettoyage des sinus. Une opération de routine pratiquée couramment. Cependant, l’intervention médicale va mal tourner. Comme il le confie au groupe EBRA, qui possède le média Le Dauphiné Libéré, Maxime va perdre son oeil gauche :
« La chirurgienne a aspiré mon œil par erreur. Elle croyait qu’il s’agissait d’un polype. C‘était en réalité mon globe oculaire. Elle a vidé mon œil comme un raisin »
Depuis plusieurs mois, le trentenaire, qui vit en région parisienne, avait les sinus encombrés. Les traitements médicamenteux n’y faisant rien, décision est prise de l’opérer.
La chirurgienne ORL devait réaliser « une méatotomie moyenne endonasale du sinus maxillaire gauche ». Il s’agit d’une opération réalisée à l’intérieur du nez, à l’aide d’une petite caméra, visant à agrandir l’ouverture naturelle des sinus pour les nettoyer et améliorer leur drainage.
« Paris était bloqué par la neige. Je me souviens avoir hésité à me rendre à l’hôpital, mais j’y suis finalement allé »
L’opération, qui s’est déroulée sous anesthésie générale, devait durer une petite heure. Elle a duré finalement… cinq heures ! En effet, tout ne s’est pas passé comme prévu. Au cours de l’intervention chirurgicale, la médecin ORL constate « une hémorragie abondante, qui persiste malgré la réalisation de méchages », comme elle l’écrit dans le compte-rendu opératoire.
Elle décide d’utiliser un shaver, un outil doté d’une petite lame rotative et d’un système d’aspiration utilisé pour l’ablation et le retrait de tissus. Car l’ORL indique avoir constaté la présence de « tissus polypoïdes », soit des polypes qu’elle souhaite retirer. Mais le saignement impacte la visibilité, selon elle.
La chirurgienne n'admet pas son erreur
Dans son compte-rendu, la docteure ne reconnaît pas avoir commis une erreur. Il est simplement précisé qu’elle a constaté « un saignement palpébral (hémorragie de l’œil, ndlr) ». Comment est survenu ce saignement de l’œil ? Elle ne le dit pas. Elle indique juste avoir retiré le sparadrap qui recouvrait l’œil de Maxime, avant de constater « une absence clinique du globe oculaire ».
Crédit photo : EBRA
Pour Maxime, son œil a été « aspiré ». Au réveil, le trentenaire ne réalise pas que son globe oculaire a disparu. Un pansement a été déposé sur son œil :
« Il y avait beaucoup de monde autour de moi. J’étais en sueur, des blocs de glace avaient été déposés sur moi. J’étais dans le gaz »
Sa compagne Farah s’inquiète, et ne cesse de contacter l’hôpital pour prendre des nouvelles de son conjoint.
« Au début, on me dit simplement que l’opération a pris du retard. J’appelle toutes les heures jusqu’à ce qu’on m’indique qu’il y a eu un souci et qu’il faut que je vienne. Mais l’opératrice ne veut rien me dire de plus. Je pensais que Maxime avait fait une crise d’épilepsie ».
Maxime est transféré à l’hôpital Fondation Rothschild à Paris, un établissement spécialisé en ophtalmologie.
« Je n’ai jamais eu mal. Jusqu’au bout, je pensais avoir mon œil. Je leur disais même que je voyais de la lumière. En fait, c’était dans ma tête »
À Rothschild, les médecins vont tenter un maximum de réparer l’erreur commise par leur consœur. Au bloc, les chirurgiens constatent bien l’absence du globe oculaire et que la cavité a été comblée par des tulles gras (compresses). Ils vont alors réaliser une greffe dermo-graisseuse, c’est-à-dire prélever de la peau et de la graisse sur le patient afin de combler la cavité oculaire. Ils en profitent également pour nettoyer les sinus de Maxime, ce qui n’avait pas été fait à Paris-Bercy, et lui retirent une dent, qui était la source de ses sinusites à répétition.
« L’équipe de Rothschild m’a sauvé la vie »
Crédit photo : iStock
Malgré l’épreuve qu’il traverse, ce père de deux enfants âgés de quatre et sept ans n'a pas perdu son sens de l'humour :
« L’infirmière qui est venue me faire un pansement à domicile a fait un malaise lorsque je lui ai raconté ce qu’il m’est arrivé. J’ai été mal pendant deux trois jours. On se demande "pourquoi moi", mais je suis pragmatique. En fait, c’est plus difficile pour ma famille que pour moi »
Il porte plainte pour avoir une indemnisation
Il lui a fallu apprendre à vivre avec un seul œil :
« Au début, j’avais du mal à viser le verre pour me verser de l’eau ou encore à appuyer sur le bon bouton de l’ascenseur, mais j’ai pu reprendre la conduite et la moto »
Maxime et Farah regrettent que la médecin n’ait jamais admis son erreur :
« Elle s’est excusée en nous écrivant une lettre, mais elle nous a menti. Pourtant, c’est un bon médecin. Je ne ressens aucune haine, mais de la déception. Je sais qu’elle n’a pas fait exprès. »
Maxime a entamé des démarches pour se faire indemniser comme l’explique son avocat :
« L’objectif premier est d’obtenir une expertise médicale contradictoire. Elle va permettre de confronter le médecin à la victime et sera la base à une indemnisation. Nous devrions obtenir cette année l’expertise ainsi que la proposition d’indemnisation »
En cas de désaccord, Maxime aura la possibilité de saisir le tribunal judiciaire. Il a également la possibilité de saisir l’ordre des médecins ou encore de déposer une plainte au pénal.
« L’erreur n’est pas reconnue par le médecin. Pourtant, elle a eu un acte chirurgical fautif. Ce n’est pas un aléa thérapeutique. Il s’agit bien d’une erreur médicale »
Il y a quelques jours, Maxime s’est fait poser une prothèse. Mais il est trop difficile pour lui d’accepter ce nouveau visage.
« Mon œil ne bouge pas, mon regard est mort à gauche, un peu comme une poupée. Mon reflet est difficile à accepter sans le patch. Avec la prothèse, mon fils a peur de moi. »
Dans la rue, certains détournent le regard mais pour son fils, Maxime est un « super-héros », avec son cache-œil.
