Aux États-Unis, certaines villes côtières subissent les affres de la montée du niveau de la mer, face à laquelle les maisons sur pilotis s’effondrent les unes après les autres. Pourtant, les habitants n’ont d’autres choix que de garder leur résidence tant qu'elle tient debout, en attendant l’inévitable.
En Caroline du Nord, les Outer Banks sont chargées d’Histoire. Ils désignent une mince bande de sable étirée sur 320 km le long des côtes de l'État de Caroline du Nord, aux États-Unis. Ce chapelet d’îles-barrières sépare l’océan Atlantique de la baie d'Albemarle (au nord) et de la baie de Pamlico (au sud).
C'est à cet endroit que les Anglais, sous l'impulsion de Walter Raleigh, firent leurs premières tentatives de colonisation de l'Amérique du Nord. Les Outer Banks ont également vu le premier vol accompli par les frères Wright dans un véhicule plus lourd que l'air le 17 décembre 1903.
Aujourd’hui, cette région est surtout connue pour avoir servi de décor à une série Netflix, baptisée sobrement “Outer Banks”. Ici, c’est tout un mode de vie en constante cohabitation avec les humeurs de l’océan Atlantique qui s’est établi au fil des années. Sur le large banc de sable, les habitants vivent sur des maisons sur pilotis, érigées à 6 mètres de hauteur, pour résister à toute marée.
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Cependant, depuis plusieurs années, certaines de ces bâtisses ont perdu de leur hauteur. Le paysage est jonché de débris de maisons effondrées au milieu de celles qui tiennent encore debout. Seulement voilà, les propriétaires ne peuvent pas abandonner ou démolir eux-mêmes leur résidence malgré la menace constante d’un effondrement.
Ces maisons sur pilotis ont notamment été conçues pour résister aux ondes de tempêtes des ouragans. Mais il n’y a pas eu de grosses tempêtes récemment : seul le niveau montant de l’océan ronge le sable année après année. Auprès de NPR, Richard Foreman témoigne de la vie quotidienne dans cet étrange décor, qu’il ne peut pas fuir pour une raison aussi absurde que rageante.
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La maison de Richard Foreman se trouve isolée au milieu de la plage. Les escaliers ont été emportés par les vagues il y a des années, il n’y a donc plus aucun moyen d’y entrer ou d’en sortir.
Il y a à peine six ans, cette maison était encore une location de vacances très prisée à Rodanthe, en Caroline du Nord. Comme beaucoup de maisons en bord de mer, elle avait un surnom : « Sea 'n Delight ». Aujourd’hui, ce nom a disparu et la maison est inhabitable. À marée basse, l’océan Atlantique vient lécher ce qui était autrefois l’allée d’accès. À marée haute, l’eau passe sous toute la maison.
« On aurait dit que nous venions tout juste de partir dîner. Je veux dire, tout est encore là-dedans. Les canapés, le réfrigérateur, chaque couteau à steak et chaque serviette de plage… Tout cela ne demande qu’à tomber dans l’océan. S’ils acceptaient de régler mon sinistre avec l’assurance, je ferais démolir la maison dès demain »
Il sait que sa maison finira par s'effondrer. Quatre habitations voisines se sont déjà effondrées dans l'océan au cours des deux dernières années. Et plus d'une centaine de maisons situées sur les îles-barrières de Caroline du Nord sont menacées par l'érosion et l'élévation du niveau de la mer au cours de la prochaine décennie, selon le Service des parcs nationaux, qui gère cette zone dans le cadre du Cape Hatteras National Seashore.
Au moins une demi-douzaine de ces maisons sont en danger immédiat. En juin, une marée haute associée à de grosses vagues a suffi à faire s'effondrer une autre maison. Pourtant, il n'est pas prévu de démolir la plupart des maisons menacées ni d'en retirer les effets personnels, en raison des règles mises en place par l'Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA).
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L'immobilité des autorités face aux dégats environnementaux
La FEMA assure la majeure partie des risques d’inondation résidentiels aux États-Unis. L’agence indemnise les propriétaires après l’effondrement d’une maison, mais pas avant. Cela signifie que les propriétaires risquent de perdre des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars s’ils démolissent une maison condamnée avant que l’océan ne l’emporte.
Le propriétaire a tout intérêt à attendre l’effondrement pour toucher une indemnité, et ce en dépit de la pollution générée par les maisons qui finissent emportées par les eaux.
« Malheureusement, ces effondrements génèrent beaucoup de débris. Cela laisse un héritage de risques sur la plage. Il est presque impossible de tout ramasser. »
Le Service des parcs nationaux indique avoir collecté plus de 480 tonnes de débris provenant d'habitations dans cette zone au cours des 18 derniers mois seulement, dont certains ont été emportés sur plusieurs kilomètres le long de la côte de Caroline du Nord.
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Alors que l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique accélère l’érosion dans tout le pays, l’inquiétude grandit parmi les propriétaires riverains, les élus locaux et même les membres du Congrès.
Depuis 2020, plus de 30 maisons se sont effondrées dans la mer rien que sur le littoral de la Caroline du Nord. Des quartiers du Maine, du Massachusetts, du Michigan, de l’Illinois, de la Virginie et de la Californie sont confrontés à des menaces similaires. La semaine dernière encore, l’érosion, aggravée par une tempête, a causé des dégâts catastrophiques à plusieurs habitations dans le sud de la Californie.
« Les gens ne devraient pas avoir à attendre que leur maison s'effondre dans l'eau pour pouvoir obtenir de l'aide. Ce n'est tout simplement pas une façon intelligente de faire face à la réalité du changement climatique. »
De son côté, la FEMA affirme qu’elle ne peut pas modifier les règles applicables aux propriétés menacées à moins que le Congrès ne modifie les lois régissant le Programme national d’assurance contre les inondations. Un projet de loi en ce sens a été présenté par un groupe bipartite de législateurs en 2025, mais il est bloqué à la Chambre des représentants. En attendant, on continue de ramasser les débris.
