15 exemples d'oxymore, une figure de style qui oppose tout

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Figure de style littéraire que beaucoup affectionnent, l’oxymore consiste à allier deux termes, bien souvent un nom et un adjectif, aux sens contradictoires afin de renforcer un propos. On vous liste une quinzaine d’exemples des oxymores les plus fréquents.

Connaître les figures de style. Crédit : D.R

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Tout d’abord, avant de se lancer dans cette série d’exemples, on va vous préciser la définition de l’origine du mot “oxymore” (aussi appelé "oxymoron") qui peut rapporter gros au scrabble s’il est savamment placé sur la grille. Le mot vient du grec “oxymoros”, terme de rhétorique que Antoine Bailly, célèbre auteur du dictionnaire grec-français publié en 1895, traduit par “une ingénieuse alliance de mots contradictoires”.

Le terme grec “oxy” signifie “aigu, spirituel, effilé” et “moros” signifie “épais, sot, mou”. Ainsi, le mot “oxymore” est donc lui-même… un oxymore. En France, la littérature s'est montrée friande de cette figure stylistique, et de nombreux auteurs ont su en maîtriser le code, à tel point que certaines expressions sont devenus cultes dans la mémoire collective culturelle.

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Oxymore, qu’est-ce que c’est ?

Quand les contraires s’attirent pour mieux décrire, avec plus de précision, un phénomène, un événement ou une personne, cela donne donc un oxymore. Ce dernier décrit alors d’une manière inattendue une situation ou un personnage, suscitant la surprise et exprimant ce qui peut paraître inconcevable au premier abord.

Cette figure de style littéraire, bien employée, crée une nouvelle réalité poétique et rend aussi compte de l’absurde d’une situation ou d’un personnage.

L’oxymore, qui est vu comme un synonyme de l’expression “alliance de mots”, met donc en relation deux mots opposés, bien souvent des antonymes. Il existe plusieurs formes oxymoriques, diverses et variées. Lorsque l’on est face à un oxymore, il faut savoir déceler quel terme domine l’autre.

En effet, ces formes oxymoriques peuvent s’appuyer sur un syntagme nominal (avec une combinaison d’un substantif et d’un épithète) comme dans l’expression bien connue “une obscure clarté”. Elles peuvent aussi s’appuyer sur un syntagme verbal (combinaison d’un verbe et d’un adverbe) comme dans la célèbre maxime latine “festina lente” qui signifie “hâte-toi lentement” (que Jean de la Fontaine reprend dans l’une de ses fables)

Il existe également des constructions dites “double oxymore” dont l’interprétation est moins évidente que celle d’un oxymore simple. Par exemple, ce texte de l’écrivain Daniel Confland en emploie une que l’on vous défie de déceler :

“Dans le clair-obscur, à l’heure où l’aube s’enfuit / Je m’emploie à percer à jour l’ombre qui me nuit”.

Ou encore Victor Hugo dans son oeuvre "Les Contemplations" : "Un affreux soleil noir d'où rayonne la nuit"

Pas évident à capter, n’est-ce pas ? Revenons à la simple oxymore, qui possède déjà bien des complexités à saisir.

Parfois, l’oxymore peut être confondu avec l’antilogie, à tort. L’antilogie est une antithèse poussée jusqu’à l’absurde alors que l’oxymore désigne formellement deux termes opposés réunis grammaticalement et sémantiquement qui aboutit à une image certes proche de l'antithèse, mais sans outrage à la logique.

La figure d’opposition qu’est l’oxymore sert alors à suggérer des atmosphères oniriques ou hallucinatoires, où l’antithèse domine. Que ce soit en poésie ou en langage parlé, l’oxymore sert à saisir une contradiction, ou un paradoxe, interne.

Certains oxymores ont été imaginés pour attirer l’attention du lecteur ou de l’auditeur, tandis que d’autres le sont pour créer une catégorie verbale qui décrit une réalité qui ne possède pas de nom spécifique. Ces derniers sont des “oxymores discrets” car ils sont tellement ancrés dans le langage courant qu’ils n’apparaissent plus comme des antithèses manifestes.

La langue française et ses figures de style. Crédit : iStock

Deux des exemples les plus frappants sont les expressions “réalité virtuelle” (qui renvoie à tout ce qui a attrait à l’univers numérique) ou encore “aigre-doux” comme la fameuse sauce dans laquelle vous trempez vos nems et rouleaux de printemps. De véritables paradoxes que l'on emploie pourtant naturellement dans le langage courant.

L’oxymore, à travers sa diversité d’emploi, a ce mérite de pouvoir être utilisé dans tous les genres littéraires. On en trouve autant dans le romantisme, que dans le tragique, mais aussi dans le classicisme, le baroque, ainsi que dans les livres religieux. Elle fait partie de ces figures de style très appréciés des auteurs, qu'ils savent utiliser avec modération. En effet, cela leur permet de déjouer un certain code littéraire trop conformiste.

Et dans la vie de tous les jours, vous seriez surpris de savoir que vous en utilisez peut-être parfois sans le savoir. En effet, il nous est arrivé à tous de parler à un “illustre inconnu”, ou d’apprécier une oeuvre d’art au point de la qualifier de “nouveau classique”.

Des exemples avec un oxymore

Maintenant que vous savez tout sur ce qu’est un oxymore, passons désormais aux exemples divers et variés. La plus célèbre de tous nous vient de Corneille dans sa pièce “Le Cid”, publié en 1637 :

1. Une “obscure clarté”

“Cette obscure clarté qui tombe des étoiles

Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles”

L'expression “obscure clarté” est devenue l’oxymore le plus célèbre de la littérature française. Nul besoin d’expliquer en quoi, puisqu’une clarté est supposée être “claire” et non obscure alors comment peut-on associer ces deux termes que tout oppose. C’est comme si l’on parlait d’une obscurité claire, ce qui peut paraître absurde, mais tel est bien le but d’un oxymore. Charles Baudelaire a, lui, écrit un autre oxymore qui y ressemble : une “clarté sombre”. Ah ces auteurs français !

Dans “Le Cid”, cet oxymore est employé par le personnage de Don Rodrigue alors qu’il attend, près de la mer, l’attaque des Maures, la nuit. Il fait donc référence à la clarté des étoiles qui illuminent la nuit.

Pourtant, si les deux mots s’opposent, les deux phénomènes restent inextricablement liés. En effet, il n’existe pas de clarté sans obscurité, et vice-versa. Comme le disait le rappeur Ekoué, du groupe La Rumeur, dans la chanson “L’ombre sur la mesure” : “L’obscurité la plus dense n’est jamais loin de la lumière la plus vive”.

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2. Une "orgueilleuse faiblesse”

“Moi-même, je l’avoue avec quelque pudeur,

Charmé de mon pouvoir et plein de ma grandeur,

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce

Chatouillaient de mon coeur l’orgueilleuse faiblesse.”

Après celui de Corneille, cet exemple d'oxymore est aussi l’un des plus célèbre de la littérature française, que l’on doit à Racine dans son oeuvre “Iphigénie”. Ici, l’auteur associe paradoxalement la faiblesse et l’orgueil car on est bien souvent plus honteux de sa faiblesse, plutôt qu’orgueilleux.

L’oxymore est employé par le personnage Agamemnon, qui s’apprête à sacrifier sa fille Iphigénie pour vaincre les Troyens, malgré sa répugnance, par amour de son propre pouvoir et par amour de lui-même. Son orgueil est donc sa faiblesse, qui lui fait aimer le pouvoir, parce qu’il s’aime trop lui-même.

3. Un “silence éloquent”

Comment un silence peut-il être éloquent, c’est-à-dire comment peut-il bien parler ? Puisqu’un silence est supposé être dénué de tout mot, de tout bruit. Cependant, cet oxymore est facilement compréhensible car on dit souvent qu’un silence en dit bien plus qu’un long discours.

Dans la même lignée, on parle aussi de “silence assourdissant” comme l’écrivait Albert Camus. Or, comment un silence peut-il nous rendre sourd si aucun bruit n’est émis ? Il s’agit bien souvent d’un silence tellement pesant qu’il peut nous en briser les tympans, faire en sorte qu’on n’entende vraiment rien.

4. Un “jeune vieillard”

Il n’y a rien de plus contradictoire qu’un vieillard que l’on qualifie de jeune. C’est pourtant un oxymore employé par Molière lui-même dans sa pièce “Le Malade imaginaire”.

5. Une “sublime horreur”

Qu’il y a-t-il de sublime dans une horreur ? C’est ce que tente de décrire Balzac dans son oeuvre littéraire “Le Colonel Chabert”.

6. Une “petite grande âme”

C’est avec cet oxymore que Victor Hugo décrit la m*rt de Gavroche dans “Les Misérables” : “Cette petite grande âme venait de s’envoler”. Comment parvient-il à associer deux mots diamétralement opposés “petit” et “grand”. Ici, l’écrivain utilise cet oxymore afin de mettre en avant la grandeur d’âme d’un petit être, d’un enfant.

7. Un illustre inconnu

Une expression que l’on utilise couramment pour parler de quelqu’un qu’on ne connaît pas mais qu’on n’hésite pas à qualifier d’illustre. Pourquoi ? Parce que cet inconnu s’est peut-être distingué d’une manière illustre. Ou il a fait quelque chose qui vous a marqués.

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8. Une douce violence

Comment une violence peut-elle être qualifiée de “douce” quand celle-ci renvoie naturellement à la dureté ? Sociologiquement, la douce violence trouve sa source dans des gestes exécutés par habitude au quotidien et qui, à force d’être produits, font mal sans que l’on s’en aperçoive. Elle peut être aussi produite sous forme de paroles. Par ailleurs, c’est aussi le titre d’une chanson de Johnny Hallyday.

9. “Micromegas”

Cet oxymore est un titre d’un conte de Voltaire qui associe deux mots grecs diamétralement opposés car “micro” veut dire “petit” tandis que “mega” signifie “grand”. Il existe d’autres oxymores qui font office de titre d’oeuvres comme le film “Enfermés dehors” d’Albert Dupontel ou “Eyes Wide Shut” de Stanley Kubrick qui signifie “Yeux grands fermés”.

10. Un “merveilleux malheur”

Cet oxymore est un titre d’un roman de l’écrivain Boris Cyrulnik.

11. Un corps spirituel

C’est comme “faire corps” avec le spirituel, alors que le corps représente une structure matérielle.

12. Une réalité virtuelle

Est-ce que c’est la même chose qu’une virtualité réelle ? Vous avez quatre heures !

13. Une “belle figure laide” qui “sourit tristement”

Alphonse Daudet, dans son oeuvre “Le Petit Chose”, nous livre un joli double oxymore en une seule phrase : “Sa belle figure laide sourit tristement”

14. Une “splendeur invisible”

Une splendeur est un phénomène que l’on est censé pouvoir observer, admirer, alors comment peut-elle être invisible ? Peut-être parce qu’elle n’est pas à la portée de tout regard, comme un trésor caché. On doit cet oxymore à Arthur Rimbaud dans son oeuvre littéraire “Illuminations”.

15. Des “foux normaux”

On doit cet oxymore à un humoriste réputé pour intelligemment jouer avec les mots et surtout pour son humour frôlant avec l’absurde. Il s’agit de Pierre Desproges qui use de cet oxymore dans son roman “Des femmes qui tombent”.

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