Vous buvez autant qu'à 25 ans mais l'alcool vous endort : voici ce qui a vraiment changé dans votre corps

Les mêmes verres qu'à 25 ans vous assomment ? Perte de muscle, moins d'eau dans le corps, nuits hachées : des psychiatres expliquent pourquoi

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Deux verres, et déjà l'envie de rentrer se coucher. Si l'apéritif qui vous rendait bavard à 25 ans vous fait aujourd'hui bâiller, ce n'est pas une impression. Plusieurs psychiatres spécialisés en addictologie, interrogés par le site américain HuffPost, expliquent que le cerveau devient plus sensible à l'effet sédatif de l'alcool avec les années. Et que le mécanisme se met en place bien plus tôt qu'on ne le pense.

L'Institut national américain sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA) va dans le même sens : les personnes plus âgées réagissent davantage aux effets sédatifs de l'alcool, mais aussi à ses effets sur les réflexes, l'équilibre et l'attention. En cause, des changements très concrets dans la composition du corps.

Moins de muscle, moins d'eau : le même verre pèse plus lourd

L'alcool est un dépresseur du système nerveux central, rappelle la psychologue clinicienne Urvi Natha. Pour une même quantité bue, son effet dépend de la concentration qu'il atteint dans le sang. Et c'est là que l'âge change la donne.

L'alcool se dilue dans l'eau de l'organisme. Or, avec les années, la masse maigre et la quantité totale d'eau dans le corps diminuent, explique la psychiatre Amy Swift, de l'hôpital Silver Hill. Il reste donc moins de volume dans lequel l'alcool peut se répartir. À poids égal et à nombre de verres égal, l'alcoolémie grimpe plus haut qu'à 20 ans. C'est aussi ce que décrit le NIAAA, qui observe des concentrations d'alcool dans le sang plus élevées chez les buveurs plus âgés.

Ce processus ne commence pas à la retraite. À partir de 30 ans environ, on perd 3 à 8 % de sa masse musculaire par décennie, selon le psychiatre James Sherer, du réseau Hackensack Meridian Health. Ce chiffre est largement repris dans la littérature scientifique sur la sarcopénie, avec une accélération après 60 ans. Le muscle perdu est remplacé par de la graisse, qui contient beaucoup moins d'eau.

Il n'existe pas d'âge précis où tout bascule. La corpulence, l'état de santé, le sexe ou le repas pris avant de boire jouent aussi. Amy Swift remarque toutefois que ses patients de la quarantaine constatent souvent que l'alcool leur « monte à la tête » plus vite. James Sherer a entendu ce témoignage dès le milieu de la trentaine.

Huit heures de sommeil, et pourtant épuisé au réveil

On pourrait croire que cette somnolence aide au moins à bien dormir. C'est l'inverse. L'alcool fait tomber de sommeil, mais il désorganise la nuit.

Les travaux scientifiques permettent de préciser ce mécanisme. Une revue de la littérature menée par le London Sleep Centre et publiée en 2013 montre que l'alcool accélère l'endormissement mais réduit le sommeil paradoxal, la phase associée aux rêves et à la mémoire. Une étude parue dans la revue Sleep sur trente adultes a observé davantage de sommeil profond en début de nuit, puis une baisse du sommeil paradoxal et une nuit plus hachée dans sa seconde moitié. Les passages aux toilettes provoqués par l'alcool y contribuent. Le premier tiers de la nuit peut donc sembler réparateur, mais la dette se creuse ensuite.

Avec l'âge, le sommeil naturel devient déjà plus léger et plus fragmenté, souligne James Sherer. L'alcool vient aggraver une nuit déjà fragile. Le psychiatre Lucas Trautman, de l'American Addiction Centers, raconte que des patients disent avoir dormi sept ou huit heures après avoir bu et se réveiller pourtant épuisés.

« L'alcool peut favoriser la perte de conscience, mais perdre conscience et bien dormir ne sont pas équivalents sur le plan physiologique. » (Lucas Trautman, cité par HuffPost, traduit de l'anglais)

Les médicaments, l'apnée du sommeil et les autres problèmes de santé, plus fréquents avec les années, peuvent encore amplifier le phénomène, ajoute-t-il.

La gueule de bois qui dure deux jours

Chez les jeunes adultes, la récupération reste la plus rapide. Cela ne veut pas dire que l'alcool n'a eu aucun effet biologique, insiste Lucas Trautman. Au milieu de la vie, en revanche, beaucoup constatent que boire les rend immédiatement somnolents et que la fatigue traîne une bonne partie de la semaine. C'est à ce moment qu'apparaît, selon James Sherer, la fameuse gueule de bois « de deux jours ». Lucas Trautman y ajoute des difficultés de concentration, de l'irritabilité et de moins bonnes performances sportives.

Dans la soixantaine et la soixantaine-dix, l'alcool agit surtout comme un sédatif. Les conséquences touchent alors l'équilibre, le temps de réaction, la tension artérielle et les capacités cognitives. Le risque de chute et de fracture augmente, et les interactions avec les médicaments se multiplient. Certains traitements peuvent devenir moins efficaces, ou renforcer la somnolence et les vertiges. Nous avions déjà détaillé pourquoi la gueule de bois devient plus pénible avec l'âge.

Ce décalage se voit aussi dans les services d'addictologie. Amy Swift décrit un contraste parfois saisissant entre les patients :

« Un jeune de 20 ans qui boit dix bières par jour peut ne montrer que peu de signes de sevrage, alors qu'une personne de 60 ans qui boit une bouteille de vin par jour peut avoir besoin d'un sevrage sous surveillance médicale. » (Amy Swift, citée par HuffPost, traduit de l'anglais)

Être jeune ne protège pas pour autant. Lucas Trautman dit avoir soigné des patients d'une trentaine d'années déjà atteints d'insuffisance hépatique liée à l'alcool.

En France, Santé publique France et l'Institut national du cancer recommandent de ne pas dépasser 2 verres standard par jour et 10 par semaine, avec des jours sans alcool. Un verre standard contient 10 grammes d'alcool pur. Ces repères concernent les adultes en bonne santé et ne correspondent pas à un risque nul. Certains spécialistes vont plus loin, comme ce neurologue qui conseille d'arrêter complètement l'alcool à partir d'un certain âge. Les habitudes, elles, restent souvent les mêmes. Comme le résume Urvi Natha, c'est leur effet sur le corps qui s'alourdit avec les années.

Source : National institute of health

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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