Dans les jardins américains, les petites maisons servent le plus souvent à loger un parent vieillissant. Une grand-mère de 65 ans s'est ainsi installée dans 37 m² derrière chez sa fille, un couple de 79 et 77 ans dans 53 m² au fond du jardin de leur fils. Chez les Mode, à Sudbury, dans le Massachusetts, le terrain n'a pas changé de mains : c'est la maison principale qui a changé de génération.
84 m² pour eux, la grande maison pour leur fils
Joel et Oreon Mode, 67 ans tous les deux, vivent en périphérie de Boston. Quand le Massachusetts a interdit aux communes de bloquer les logements accessoires en 2024, ils ont soumis une idée à leur fils Carter, 33 ans, et à sa femme Zoe : construire une maison de 900 pieds carrés, environ 84 m², au fond du jardin, s'y installer, puis leur vendre la maison où Carter a grandi bien en dessous du prix du marché.
Le calcul tient debout pour tout le monde. Les parents récupèrent un logement de plain-pied, alors qu'ils devaient jusque-là monter un étage pour rejoindre leur chambre. Leur fils, qui venait d'avoir un bébé, quitte son appartement pour une maison individuelle à un prix qu'il peut assumer. Et les grands-parents voient leur petite-fille tous les jours. Joel Mode, enseignant spécialisé, explique au Washington Post ce qui l'a décidé.
« Notre maison serait partie autour d'un million de dollars. C'est stupide, complètement idiot. » (Propos traduits de l'anglais.)
Soit environ 860 000 euros, et le chiffre n'a rien d'exagéré. En juin 2026, le prix médian d'une maison vendue à Sudbury s'établissait à 1 229 000 dollars, près de 1,06 million d'euros, selon les données de l'association des agents immobiliers du Massachusetts relayées par Patch. À l'échelle de l'État, la médiane tombe à 715 000 dollars, environ 616 000 euros. Sans cet arrangement, Carter et Zoe auraient dû s'éloigner de deux heures de Boston pour trouver un bien accessible.
Une loi votée en 2024 a rendu le projet possible
Rien de tout cela n'aurait été aussi simple trois ans plus tôt. L'Affordable Homes Act, signé par la gouverneure Maura Healey en août 2024, est entré en vigueur le 2 février 2025. Depuis cette date, chaque commune du Massachusetts doit autoriser de droit un logement accessoire sur un terrain zoné maison individuelle, sans permis spécial ni audience publique. Le plafond protégé est fixé à 900 pieds carrés, ou la moitié de la surface de la maison principale si celle-ci est plus petite. Les Mode ont donc bâti exactement la surface maximale autorisée. Boston, elle, reste en dehors du dispositif et applique son propre règlement.
Le mouvement dépasse largement le Massachusetts. Vingt-quatre États ont voté des lois destinées à faciliter ces constructions, dont onze au cours des deux dernières années, selon le Furman Center de l'université de New York. En Californie, pionnière du sujet, plusieurs enquêtes montrent qu'environ trois propriétaires de logement accessoire sur dix y hébergent un membre de leur famille, contre quatre sur dix qui le louent à des inconnus.
La crèche en moins, ou l'économie invisible du dispositif
Oreon Mode, ancienne cheffe de projet, a pris sa retraite récemment. Elle garde sa petite-fille, ce qui dispense Carter et Zoe de payer un mode d'accueil. Dans cet État, l'économie est considérable : le Massachusetts figure régulièrement parmi les deux ou trois territoires les plus chers des États-Unis pour l'accueil d'un nourrisson en crèche, au-delà de 20 000 dollars par an, soit plus de 17 000 euros, selon les compilations de données de Child Care Aware of America et de l'Economic Policy Institute.
Reste la question que tout le monde pose à cette famille, celle de la promiscuité. Oreon Mode raconte que ses amies lui ont demandé si les deux ménages n'allaient pas finir par se taper sur les nerfs.
« Oui, probablement. Mais c'est la famille. C'est ce que fait une famille. » (Propos traduits de l'anglais.)
Un marché qui change de public
Christopher Lee, concepteur principal de l'entreprise qui a bâti la maison des Mode, indique que ses constructions coûtent entre 200 000 et 600 000 dollars, soit de 172 000 à 517 000 euros environ, la plupart tournant autour de 300 000 dollars, près de 258 000 euros, pour un deux-chambres. Il observe surtout un renversement : au démarrage, ses clients installaient presque tous des parents âgés au fond du jardin. Aujourd'hui, il voit de plus en plus de jeunes adultes s'y loger, faute de pouvoir acheter ailleurs. C'est le cas de Lindsey Fitzgerald, commerciale pour Coca-Cola, installée avec son compagnon et son enfant dans un logement accessoire bâti sur le terrain de sa mère à Billerica, dans le Massachusetts. Sa mère lui avait proposé de garder l'enfant ; le reste a suivi.
Personne ne sait vraiment combien de familles vivent ainsi. Kami Pothukuchi, professeure d'urbanisme à l'université Wayne State, rappelle qu'un sous-sol ou un garage aménagé sans autorisation n'apparaît dans aucune statistique. David Garcia, du Terner Center de Berkeley, résume le problème autrement : on attend de ces logements qu'ils stabilisent les familles et qu'ils augmentent le parc immobilier à la fois, sans disposer des données permettant de mesurer si l'un ou l'autre fonctionne.
