Al et Nenette Alcazar avaient passé 54 ans dans la même maison de La Nouvelle-Orléans, six chambres, deux fils élevés sur place. Ils ont tout quitté pour une maison d'une chambre de 570 pieds carrés, soit environ 53 m², posée au fond du jardin de leur fils à Los Angeles. Lui a 77 ans, elle 79.
Le chantier, lui, a duré trois mois et demi. Le couple était en vacances aux Philippines quand les ouvriers ont commencé.
Partis en novembre, rentrés en mars, la maison était prête
C'est Al Alcazar qui raconte la séquence au Los Angeles Times : départ en novembre au moment où le chantier démarrait, retour en mars, maison terminée. Leur ancienne maison de La Nouvelle-Orléans n'était même pas encore mise en vente.
La construction a été réalisée par Cover, une entreprise de maisons modulaires installée à Gardena, à cinq minutes de là. Son cofondateur Alexis Rivas reconnaît avoir été surpris lui aussi : 24 jours pour obtenir le permis, 104 jours entre le dépôt du dossier et le certificat d'occupation. Le record de l'entreprise. Los Angeles propose depuis 2021 un catalogue de plans de logements accessoires pré-validés par la ville, précisément pour raccourcir cette étape.
Le fils, Jay Alcazar, 40 ans, et son compagnon Andy Campbell, 43 ans, avaient acheté leur maison de trois chambres dans le quartier de Harbor Gateway en 2022, après avoir renoncé à Long Beach, trop cher. Le terrain laissait de la place pour une construction supplémentaire. Ils ont ouvert une ligne de crédit de 300 000 dollars. La facture finale s'est établie à 380 000 dollars, environ 327 000 euros.

Six chambres, puis une seule
Passer de six chambres à une, à cet âge, suppose un tri sévère. Le canapé n'est pas passé : il occupait trop de place dans le conteneur de stockage loué à La Nouvelle-Orléans, il a été remplacé par un convertible acheté chez IKEA en arrivant. Quelques objets ont fait le voyage, dont un lit en teck sculpté par des artisans de la famille de Nenette aux Philippines, qui porte encore les traces d'eau de l'ouragan Katrina.
« Il n'y a qu'une chambre, mais nous adorons. C'est exactement la bonne taille pour deux personnes », résume Nenette Alcazar. (Propos traduits de l'anglais.)
L'intérieur n'a plus rien à voir avec leur maison de 1966 : chêne blanc, électroménager encastré, lave-linge et sèche-linge superposés. Les deux couples se partagent le garage deux places, où Al range ses outils.
Le rituel des rideaux
Reste la question que se posent toutes les familles tentées par l'opération : comment on vit à quelques mètres de ses parents sans se marcher dessus. La réponse des Alcazar tient dans des rideaux sur mesure de près de trois mètres, commandés sur internet.
« Quand les rideaux sont ouverts, on sait qu'ils sont réveillés. Quand ils sont tirés, on sait qu'il faut les laisser tranquilles », explique Jay Alcazar au Los Angeles Times. (Propos traduits de l'anglais.)
Entre les deux maisons, la bande de jardin sert de terrain commun : terrasse, plantations économes en eau, barbecue et repas dehors. Nenette, jardinière assumée, y a récupéré orangers, citronniers, goyaviers et camélias. Quelques semaines avant la parution de l'article, la famille y a fêté les 77 ans d'Al.

Une opération de plus en plus courante
La cohabitation entre générations progresse chez les seniors américains, selon le Pew Research Center, et les jardins se remplissent de petites maisons. Certaines familles y installent une grand-mère venue garder ses petits-enfants, d'autres un fils adulte qui n'a plus les moyens d'acheter dans sa ville. Le logement des Alcazar peut d'ailleurs accueillir un fauteuil roulant ou un déambulateur, et une rampe pourra être ajoutée plus tard.
Al Alcazar, ancien professeur d'études religieuses à l'université Loyola de La Nouvelle-Orléans, avait été exilé des Philippines en 1972, après la proclamation de la loi martiale par Ferdinand Marcos. Il compare le chantier au bayanihan, cette notion philippine d'entraide collective : une maison bâtie ailleurs par un groupe, puis portée jusqu'au jardin. Il a une autre requête pour son fils, plus terre à terre : accrocher enfin la télévision au mur.
