Ils font construire une maison de 94 m² avec quatre conteneurs maritimes : elle a coûté trois fois moins cher que la maison la moins chère jamais dessinée par leur architecte

Simon et Elise Byrne voulaient une maison de vacances sur la côte sud australienne avec un budget très réduit. L'architecte Matt Elkan a utilisé quatre conteneurs maritimes.

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Vues de la rue, à Long Beach, petit village de la côte sud de la Nouvelle-Galles-du-Sud, les grandes portes en acier sont restées là où elles étaient. Elles ne ferment plus des marchandises, mais les fenêtres des chambres. Quand la famille est sur place, elles font office de brise-soleil. Quand elle repart pour Canberra, on les rabat pour sécuriser la maison et la protéger d'un éventuel feu de brousse.

Ces portes appartiennent à quatre conteneurs maritimes de récupération. Ensemble, ils forment la South Coast Container House, une maison de vacances de 94 m² conçue par l'architecte australien Matt Elkan pour Simon et Elise Byrne, un couple installé à Canberra, à deux heures de route de là, avec leurs deux jeunes enfants.

Un budget que d'autres architectes ont préféré refuser

Au départ du projet, il y a une contrainte simple et assumée : très peu d'argent. Le client ne cherchait pas à la cacher, il en a fait la colonne vertébrale du cahier des charges.

Nous avions un très petit budget, mais nous voulions produire quelque chose de remarquable. Je n'adhère pas à l'idée que la bonne architecture soit réservée aux riches.

Selon le quotidien immobilier australien Domain, plusieurs architectes se sont détournés de la commande à cause de cette contrainte financière. Matt Elkan, lui, a dit oui, et raconte au média avoir considéré le fait d'être bousculé par un budget aussi serré comme un point positif. Le chantier a finalement coûté 350 000 dollars australiens, soit environ 215 000 euros au cours actuel, terrain non compris.

Pourquoi les conteneurs, et surtout où les mettre

Le choix de l'acier n'a rien d'un caprice esthétique. L'architecte est très clair sur les limites de la boîte maritime, pensée pour protéger des marchandises en pleine mer, pas pour loger des humains. Dans les colonnes de Sanctuary, il résume la règle qu'il s'est fixée : l'espace disponible à l'intérieur convient à une salle de bains, éventuellement à une chambre, mais reste étriqué pour une pièce de vie.

D'où la répartition retenue. Trois conteneurs de 20 pieds et un de 40 pieds. Le grand accueille la cuisine, une salle de bains et un dortoir. Deux petits abritent des chambres modestes et forment un L avec le premier. Le quatrième est détaché, posé à l'arrière, et sert de studio pour les grands-parents. Le salon, lui, n'est dans aucun conteneur : il occupe l'angle du L, en contrebas, avec un sol abaissé qui offre une hauteur sous plafond bien supérieure. Tout autour, 40 m² de terrasses couvertes prolongent la pièce à vivre vers le nord et l'est.

Ce choix a aussi une valeur structurelle. Sur les trois quarts de la maison, les conteneurs suppriment le besoin de murs porteurs et de poteaux, ce qui a permis de garder une charpente très simple et de raccourcir la durée du chantier.

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Les économies se voient, et c'était le but

Ailleurs, la maison assume sa rusticité. Le sol, les murs et les plafonds sont doublés de contreplaqué structurel, un matériau à 20 dollars le mètre carré que l'architecte présente lui-même comme une belle victoire budgétaire. Les vis sont restées apparentes. Le terrain en pente a été suivi tel quel, sans le moindre terrassement, ce qui a simplifié le vide sanitaire et supprimé un poste de dépense important.

Une seule vraie dépense de confort : les fenêtres et les portes, fabriquées sur mesure en bois dur recyclé, en double vitrage à faible émissivité. L'isolation de la toiture est en laine naturelle, les finitions sans composés organiques volatils, et 5 000 litres d'eau de pluie sont stockés sur la parcelle. L'isolation et le bardage ont été posés à l'extérieur des conteneurs, pour ne pas grignoter les centimètres déjà comptés à l'intérieur.

Le résultat a été récompensé côté chantier : le constructeur Luke Price, de Total Building Solutions, a décroché un prix de la Housing Industry Association dans la catégorie des maisons à très bas coût.

Dix personnes dans 94 mètres carrés

C'est le chiffre qui surprend le plus quand on regarde les plans. Maison et studio confondus, l'ensemble tient dans 94 m² sur un terrain de 881 m², et peut loger dix personnes. Les chambres sont volontairement petites, ce qui pousse tout le monde vers les espaces communs et la terrasse.

C'est assez incroyable de voir à quel point on a besoin de moins d'espace qu'on ne le croit.

Matt Elkan, lui, retient un autre chiffre. Interrogé par Sanctuary, il explique que le projet a coûté un tiers du prix de la maison la moins chère que son agence avait dessinée jusque-là, et dit en être fier : une architecture moins coûteuse, selon lui, est une architecture qui concerne davantage de monde.

Depuis, la maison a fait le tour des médias d'architecture australiens, puis a été filmée en 2019 par la chaîne Living Big in a Tiny House, qui lui a offert une seconde vie en ligne. Le format inspire d'autres profils, avec des budgets bien plus bas : en Australie toujours, Ryan et Lorena élèvent leurs deux enfants dans un seul conteneur de 15 m². À l'autre bout du spectre, un couple de l'État de Washington a, lui, découvert que l'acier pouvait revenir plus cher qu'une ossature bois classique.

Un détail, enfin, n'était pas prévu au cahier des charges. Les parois métalliques ondulées, que l'architecte redoutait pour l'acoustique, se sont révélées meilleures que des murs plats : elles adoucissent le son au lieu de le renvoyer.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.