Pour déplacer 76 castors dans une région isolée, l'Idaho les a parachutés dans des caisses qui s'ouvraient à l'atterrissage

En 1948, les services de la faune de l’Idaho ont parachuté 76 castors dans des caisses en bois pour les déplacer vers des régions isolées

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Des castors enfermés dans des caisses en bois, embarqués dans un avion, puis largués au-dessus d’une région isolée. En 1948, les services de la faune de l’Idaho ont réellement utilisé des parachutes pour déplacer 76 de ces rongeurs. Les caisses étaient conçues pour rester fermées pendant la descente et s’ouvrir une fois au sol, permettant aux animaux de rejoindre leur nouveau territoire.

L’opération répondait à deux difficultés : des castors causaient des dégâts dans des secteurs habités, tandis que les endroits choisis pour les accueillir étaient difficiles d’accès. Pour mettre au point ce déménagement aérien, les équipes ont notamment fait appel à un passager d’essai devenu célèbre : un vieux mâle surnommé Geronimo.

Le voyage par la route mettait les animaux à rude épreuve

Autour de McCall et du lac Payette, la cohabitation entre habitants et castors posait problème. Les animaux abattaient des arbres et leurs barrages pouvaient provoquer des inondations sur les propriétés. Les services de la faune souhaitaient les déplacer vers des secteurs où leur présence serait mieux accueillie.

Mais transporter un castor vivant jusque dans l’arrière-pays n’avait rien d’une simple livraison. Comme le raconte National Geographic, à partir du récit publié par Elmo W. Heter en 1950, le trajet pouvait cumuler plusieurs étapes en camion, puis un parcours à cheval ou à dos de mule lorsque la route s’arrêtait.

Ces déplacements prolongés exposaient les animaux à la chaleur et au stress. Ils devaient être abreuvés et rafraîchis, et certains refusaient de manger. Les trajets étaient aussi compliqués pour les bêtes de somme chargées de transporter des caisses contenant des rongeurs agités. L’avion devait raccourcir cette succession de manipulations et de secousses.

Une caisse qui libère ses passagers sans intervention humaine

Le parachute ne suffisait pas à résoudre le problème. Une fois les animaux déposés dans un secteur éloigné, personne ne devait avoir besoin de venir leur ouvrir la porte. Il fallait donc fabriquer un contenant capable de protéger les castors dans les airs, puis de les laisser sortir au bon moment.

Le dispositif retenu ressemblait à une valise en bois : deux parties assemblées, articulées et percées de trous d’aération. Un système de cordages maintenait l’ensemble fermé pendant la descente. Lorsque la caisse touchait terre et que le parachute retombait, le dispositif permettait son ouverture.

Le schéma publié dans l’étude d’Elmo W. Heter en 1950 montre cette conception spécialement adaptée au transport des animaux. Les castors ne portaient donc pas un parachute sur le dos : ils voyageaient à l’intérieur d’un colis suspendu sous la toile.

Les parachutes provenaient de surplus militaires de la Seconde Guerre mondiale. Un équipement conçu pour descendre du matériel ou des hommes servait ainsi à déposer des rongeurs dans leur futur habitat. Toute la difficulté consistait à obtenir une descente contrôlée, suivie d’une libération au sol.

Geronimo, le castor chargé d’essayer le dispositif

Pour tester la méthode, les équipes ont utilisé un vieux castor mâle baptisé Geronimo. Son rôle est confirmé par Idaho Fish and Game, l’organisme responsable de l’opération. Il a effectué plusieurs descentes d’essai avant les déplacements vers l’arrière-pays.

Ce personnage donne un visage à l’expérience, mais il ne faut pas lui prêter des sentiments que personne ne pouvait mesurer. Son comportement a fait l’objet de récits amusés ; cela ne permet pas d’affirmer qu’il aimait voler. Les essais servaient à vérifier le fonctionnement du matériel avec un animal vivant.

Au total, 76 castors ont été parachutés en 1948. Un animal est mort pendant l’opération. Le bilan reste donc différent d’un transport sans incident : 75 ont survécu au parachutage, mais le dispositif n’éliminait pas tous les risques.

Un bilan encourageant, mais un suivi limité

Que sont devenus les animaux après leur arrivée ? Heter rapportait que les 75 survivants prospéraient à la fin de l’année 1949. Une synthèse technique publiée par le comté de King rappelle toutefois que les méthodes d’observation et d’analyse n’étaient pas décrites, ce qui fragilise cette conclusion.

Il faut donc distinguer le résultat du transport et la réussite durable de l’installation. Le premier est documenté par un bilan chiffré. Le second repose sur des observations anciennes, insuffisamment détaillées pour suivre le destin de chaque animal ou mesurer précisément les effets sur le milieu.

Des images permettent néanmoins de voir cette méthode étonnante à l’œuvre. En octobre 2015, Idaho Fish and Game a diffusé un film d’archives retrouvé, intitulé Fur for the Future. Il documente les déplacements d’animaux pratiqués à cette époque, dont ceux des castors par les airs.

Longtemps après la fabrication de ces caisses, le film rend la scène bien réelle : sous les parachutes descendent des passagers que l’on s’attend davantage à croiser dans une rivière qu’au-dessus des arbres.

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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