Parti à la retraite avec 4 000 euros par mois, Fernand, 82 ans, a vu sa pension baisser à 3 600 euros : il vit en Thaïlande pour compenser

Retraité depuis 2000, Fernand touchait 4 000 euros par mois à son départ, contre 3 600 en 2024. Installé à Koh Samui, en Thaïlande, il raconte pourquoi

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Sur le papier, Fernand fait partie des retraités les mieux lotis. Ce Français touche environ 3 600 euros par mois, soit à peu près deux fois la pension moyenne en France, et vit sur l'île de Koh Samui, en Thaïlande. Pourtant, il n'a pas le sentiment d'être un privilégié : selon lui, sa retraite n'a cessé de perdre de la valeur depuis son départ, au tout début des années 2000.

Son témoignage a été livré dans une vidéo publiée en septembre 2024 sur Sabri Thaï, une chaîne YouTube consacrée à l'expatriation en Thaïlande, tournée quelques jours avant ses 82 ans. Repris récemment par le magazine Marie France, il bouscule quelques idées reçues sur la retraite au soleil.

De 4 000 à 3 600 euros en 24 ans

Quand il quitte la vie active, les prix s'affichent encore en francs et en euros. Fernand perçoit alors 4 000 euros net par mois, une somme qu'il qualifie lui-même de « bonne retraite ». Vingt-quatre ans plus tard, il affirme ne plus toucher qu'environ 3 600 euros. En sortant son dernier avis d'impôt devant la caméra, il calcule même un montant mensuel proche de 3 460 euros.

24 ans après, j'ai moins que ce que j'avais en 2000.

Pour lui, la perte ne se limite pas à ces quelques centaines d'euros. Pendant ce temps, les prix ont augmenté et sa pension n'a pas suivi. Avec 4 000 euros au début des années 2000, il assure qu'il pouvait acheter « énormément de choses ». Aujourd'hui, il estime avoir perdu « un pouvoir d'achat incroyable ». C'est d'ailleurs, explique-t-il, « un peu la raison » pour laquelle il vit en Thaïlande : essayer de rattraper ce qui a été perdu.

La vidéo ne détaille pas le calcul exact de sa pension. Mais plusieurs mécanismes peuvent faire baisser le montant réellement versé à un retraité : des revalorisations inférieures à l'inflation certaines années, la hausse de certains prélèvements, ou encore l'imposition spécifique des pensions françaises versées à des personnes installées à l'étranger, soumises à une retenue à la source en France. Pour les anciens salariés du privé, la retraite complémentaire Agirc-Arrco est aussi restée figée : la valeur du point est bloquée à 1,4386 euro depuis novembre 2024.

Fernand, lui, insiste sur ce qu'il a cotisé. Il a commencé à travailler très jeune, suivait des cours du soir jusqu'à 22 ou 23 heures, et travaillait aussi le samedi. Passé par la recherche en laboratoire, notamment pour le Commissariat à l'énergie atomique, il a ensuite changé de voie en répondant à une petite annonce parue dans L'Usine Nouvelle. Devenu commercial, il a voyagé dans le monde entier. « J'ai jamais été patron », rappelle-t-il, agacé par les internautes qui jugent sa pension trop élevée.

Une vie de rêve qui n'a rien d'un Club Med

Arrivé d'Algérie à Paris en juillet 1962, Fernand a vécu 36 ans dans la capitale, avant de partir s'installer dans le Midi une fois à la retraite. La Thaïlande, il ne la découvre qu'en 2012, en suivant un ami. Dès le lendemain de son arrivée, il rencontre une Thaïlandaise, et décide de rester.

Depuis, sa vie sur place a connu bien des rebondissements. Il raconte notamment avoir épousé lors d'une cérémonie religieuse, jamais enregistrée officiellement, une hôtesse de l'air de la compagnie Thai Airways. Environ 300 invités, la dot, la fête : il chiffre la dépense entre 8 000 et 10 000 euros. L'histoire s'est terminée depuis. Aujourd'hui, il partage sa vie avec une femme de 41 ans, employée dans un hôtel, dont il a fait venir la fille. C'est lui qui paie la nourriture et les cadeaux, l'école étant gratuite. Une dépense qui « n'était pas prévue dans les calculs », fait remarquer le vidéaste, ce que Fernand assume sans difficulté.

Devenu responsable de l'antenne de Koh Samui d'une association de Français en Thaïlande, il aide aussi ses compatriotes dans leurs démarches, jusqu'à accompagner des veuves pour obtenir leur pension de réversion. Et son discours aux candidats au départ est sans fard : il faut du courage, une bonne santé et du caractère. Selon lui, la Thaïlande n'a rien d'un Club Med, et il faut savoir se débrouiller, souvent sans parler ni thaï ni anglais.

Sur le budget, il se montre tout aussi direct. Vivre avec 500 euros par mois ? Pas assez, selon lui. À Koh Samui, il faudrait compter autour de 2 000 euros. Dans l'Isan, la grande région rurale du nord-est, une pension de 1 000 à 1 500 euros pourrait suffire, à condition d'arriver avec un peu d'épargne. Il ajoute un piège que beaucoup oublient : les dépenses d'une éventuelle compagne et de sa famille.

Ce que la Thaïlande exige des retraités étrangers

Ses estimations rejoignent les exigences officielles. Pour obtenir un premier visa non-immigrant O depuis la France, l'ambassade royale de Thaïlande à Paris demande de justifier d'un revenu mensuel d'au moins 2 000 euros, par exemple une pension, ou d'un solde de 24 000 euros sur un compte bancaire. Pour le visa long séjour O-A, destiné aux plus de 50 ans, les autorités thaïlandaises exigent un dépôt de 800 000 bahts sur un compte, un revenu d'au moins 65 000 bahts par mois, ou une combinaison des deux, ainsi qu'une assurance santé couvrant au moins 3 millions de bahts.

Malgré ces contraintes, le pays continue d'attirer. Dans la dernière enquête InterNations, la Thaïlande arrive en tête pour le bonheur des expatriés, et 40 % des répondants qui y vivent sont à la retraite.

Fernand, lui, ne semblait pas prêt à repartir. Au moment du tournage, il venait de vendre sa maison et cherchait à en acheter une autre, « beaucoup plus petite et plus modeste ». « Il me suffit », glisse-t-il simplement.

Source : Ambassade royale de Thaïlande en France

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Manon Moreau

Au sujet de l'auteur :

Journaliste polyvalente, Manon couvre aussi bien l'actualité chaude que les sujets de société, la culture et la vie pratique. Elle privilégie les angles concrets, les sources croisées et les explications accessibles, quel que soit le thème traité.

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