Des députés proposent d'abolir définitivement la chasse à courre !

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De plus en plus de voix s'élèvent contre la chasse à courre, une pratique désapprouvée par plus de 8 Français sur 10, suscitant pétitions et manifestations. Des députés et des sénateurs réunissant des élus issus de sept partis différents ont déposé deux projets de loi au Parlement, pour proposer l'abolition définitive de ce type de chasse. Outre la souffrance et le stress inutiles causés aux animaux, ainsi que les troubles à l'ordre public et les intrusions dans des propriétés de plus en plus récurrents, les détracteurs de la vénerie lui reprochent d'être une pratique élitiste d'un autre âge, ainsi que de constituer un héritage royaliste.

Une chasse aux renards : la pratique suscite également la polémique en Angleterre / Shutterstock

Depuis l'automne dernier et l'ouverture de la chasse, les voix sont de plus en plus nombreuses à s'élever contre la persistance de pratique de la vénerie (la chasse à courre). Il faut dire que les accidents et accrochages entre veneurs et riverains se sont succédé à une fréquence non-négligeable : ainsi, l'abattage d'un cerf dans un jardin privé, au beau milieu d'une zone résidentielle, avait choqué des milliers de personnes en octobre dernier. Plus récemment, dans l'Oise, ce sont des riverains qui se sont interposés pour sauver un cerf poursuivi.

Un débat ancré dans une atmosphère de lutte des classes

Selon un sondage IFOP, 84% des Français se disent aujourd'hui opposés à cette pratique.  De nombreuses manifestations anti-chasse à courre et pétitions ont fleuri, et la polémique s'est étendue jusqu'au Ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, qui a qualifié la vénerie de « pratique d’une autre époque »

Principaux faits reprochés : le stress et la souffrance imposés inutilement aux animaux, qui sont traqués pendant des heures par des meutes de chiens, jusqu'à épuisement, pour être achevés à l'arme blanche ; l'inutilité sociale et écologique de cette chasse, qui ne contribue aucunement à la régulation des espèces ; les valeurs élitistes et monarchiques véhiculées par cette ancienne pratique seigneuriale, qui ne concerne qu'une infime minorité d'ultras-privillégiés ; les chasseurs qui s'affranchissent des limites des propriétés privées, et qui s'octroient le droit de pénétrer chez autrui.

Ce dernier point est l'un des principaux motifs d'agacement pour les populations qui sont contraintes de supporter la proximité des équipages de chasseurs. En réalité, il est question d'un principe nommé le « droit de suite », une exception légale qui permet aux chasseurs de venir achever un gibier blessé à mort hors de sa zone de chasse — sous réserve de certaines conditions. Or, comme l'indiquent les députés dans leur proposition de loi, « la chasse à courre mène à des troubles de l’ordre public. La population accepte de moins en moins de telles pratiques et les oppositions avec les chasseurs sont de plus en plus récurrentes ». 

Du côté des partisans de la vénerie, on fait valoir le droit à faire perdurer la tradition, et à faire vivre un héritage séculaire, riche de nombreux codes, de protocoles, d'une forme spécifique de musique avec les différents signaux envoyés par les cors de chasse... Les veneurs clament en outre que la chasse à courre constitue la manière la plus « naturelle » de chasser un animal. Si les examens biochimiques effectués sur des échantillons de muscle et de sang de cerfs tués sont caractéristiques d’un grand stress et de souffrances spécifiques causés par des heures de course-poursuite jusqu'à épuisement, les chasseurs font valoir que cela se rapproche de la manière dont les animaux seraient traqués par leurs prédateurs dans leur environnement naturel.

Deux propositions de loi soumises au parlement

Alors qu'une proposition de loi concernant l'abolition de la vénerie avait déjà été soumise à la chambre haute par la sénatrice Laurence Rossignol (PS) en novembre dernier, un groupe de députés de différentes sensibilités et appartenances politiques a présenté un second texte à l'Assemblée, reprenant la précédente proposition.

« La chasse à courre, à cor et à cri, est une pratique nobiliaire, oligarchique et barbare, digne d’un autre âge. Elle doit être interdite dans notre pays », déclare le texte, rappelant que la vénerie avait déjà été proscrite en 1789, au cours de la Révolution Française.

Les députés rappellent en outre que la chasse à courre ne concerne qu'une « infime minorité des chasseurs », puisqu'elle ne réunit qu'à peine « 0,01 % des 1,2 million de chasseurs » français. Ce qui est « bien loin d’être une tradition populaire de notre pays », indiquent-ils.

« La chasse à courre est interdite dans de nombreux pays européens. Après l’Allemagne il y a plusieurs décennies, la Belgique en 1995, l’Écosse en 2002, l’Angleterre et le Pays de Galles ont interdit en 2005 la chasse à courre sur leur territoire. Notre pays devient le terrain de jeu des équipages de ces pays », déplorent en outre les députés.

Les élus souhaitent assortir leur interdiction de la chasse à courre d’un plan de réhabilitation concertée des chiens, afin d'éviter les abandons massifs ou l’euthanasie qui pourraient éventuellement être provoqués par l'interdiction et la dissolution des équipages.

Suite à nos actions et nos vidéos, le sujet de la chasse à courre est enfin arrivé au Parlement. Des élus de sept...

Publié par AVA sur mercredi 7 février 2018


Des revendications qui dépassent le clivage gauche/droite

Si le rejet de la vénerie réunit une vaste majorité de Français, il semble que, pour une fois, il mette également d'accord les différentes castes politiques.

Ainsi, parmi les dépositaires du texte, on retrouvait trois députés du parti majoritaire La République En Marche : Émilie Guerel, Florence Granjus, ainsi qu'Erwan Balanant.

De son côté, la France Insoumise a pourvu dix des signataires du texte (Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens, Michel Larive, Alexis Corbière, Éric Coquerel, Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Ugo Bernalicis, Caroline Fiat, Loïc Prud'homme)

Le député Éric Straumann ( Les Républicains ), les députées Maud Petit et Patricia Gallerneau (MoDEM, ainsi que Marie-George Buffet, Jean-Paul Lecoq et  Sébastien Jumel (PCF/ GDR) complétaient le tableau.

Preuve que la volonté d'abolir cette pratique dépasse les partis et les affiliations politiques, les députés rappellent qu'une proposition d'interdire la vénerie avait déjà été déposée à l'Assemblée par quinze députés l’UMP, et qu'une nouvelle tentative avait été effectuée par le groupe écologiste en 2013, avant la dernière proposition au Sénat de Laurence Rossignol.

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