Au Royaume-Uni, un employé d’un supermarché a été licencié pour avoir tenté d’empêcher un vol à l’étalage. Son licenciement a suscité une vive polémique au sein de l’opinion publique.
Cela faisait 17 ans que Walker Smith, 54 ans, travaillait de manière exemplaire au sein d’un magasin de la chaîne Waitrose, qui est un peu l’équivalent du Monoprix au Royaume-Uni. Cependant, son ancienneté n’a pas pesé lourd au moment de son licenciement.
Un licenciement qui a suscité une véritable indignation dans l'opinion publique car Walker Smith a été viré pour avoir empêché un individu de voler des oeufs de Pâques.
Interviewé par le Guardian, l'employé licencié a expliqué les circonstances de cet incident. Alors qu'il était en service, un client du magasin l'a alerté au sujet d'un individu qui remplissait en douce un sac avec des œufs en chocolat Lindt. Le vendeur reconnaît immédiatement le voleur à l'étalage qui est un récidiviste.
Il explique alors avoir saisi le sac avant que le voleur le lui arrache des mains à son tour. Une brève lutte s'en est suivie, avant que le sac ne se déchire et que les articles ne tombent au sol.
Crédit photo : Waitrose
Walker Smith explique que l'un des lapins s'est brisé en morceaux et qu’il en a jeté un "par frustration" en direction des chariots de supermarché, insistant sur le fait qu'il n'avait pas visé le voleur à l'étalage lorsque ce dernier a pris la fuite.
Le vendeur a déclaré avoir présenté ses excuses à son supérieur pour son rôle dans l'incident, ayant reçu auparavant pour instruction de ne pas approcher les personnes soupçonnées de vol à l'étalage.
“J’ai vu ça se produire à chaque heure de chaque jour pendant les cinq dernières années. Il y a de tout, des toxicomanes aux adolescents qui volent des babioles ou qui sortent avec des bouteilles de vin. On n’a pas le droit de faire quoi que ce soit"
Un soutien populaire pour l'employé licencié
Visiblement, l'attitude du vendeur n'a pas été du goût de son employeur. Deux jours après l'incident, il a reçu sa convocation pour un licenciement.
Après la publication d'un premier article, l'enseigne a essuyé un tollé général sur les réseaux sociaux. Une collecte de fonds a été lancée au nom de l’ancien employé et a depuis permis de récolter plus de 4 000 livres (plus de 4 500 euros), l'organisateur affirmant qu'il avait "simplement essayé de faire ce qui était juste et noble".
L'affaire a pris de l'ampleur ce lundi 6 avril quand des hommes politiques et des commentateurs se sont joints au concert de voix qui demandent depuis ce week-end à Waitrose de reconsidérer sa décision.
Crédit photo : Waitrose
Un des leaders du parti conservateur et ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme, Chris Philp, a appelé Waitrose à réintégrer Smith, accusant le supermarché d'agir de manière "honteuse".
Dans une lettre adressée au directeur général de Waitrose, Tom Denyard, l'élu conservateur déclare que "la sécurité du personnel doit être la priorité absolue” :
“Licencier un employé de longue date dans ces circonstances envoie un message totalement erroné. Cela pénalise ceux qui agissent, tandis que les contrevenants restent impunis."
Iain Dale, animateur radio très connu en Angleterre, a déclaré dans son émission sur LBC être "personnellement concerné par cette affaire” en tant qu’ancien propriétaire d’une librairie sujette aux vols à l’étalage.
"Si un membre de mon personnel avait maîtrisé un voleur à l’étalage comme il l’a fait, j’aurais voulu lui accorder une augmentation de salaire, et non le licencier. Mais voilà le genre de situation absurde à laquelle on assiste aujourd'hui : des magasins qui interdisent à leurs employés d'intervenir auprès des voleurs à l'étalage… À quoi pense Waitrose ? Cet homme travaillait chez eux depuis 17 ans. Pour moi, c'est un héros, mais pour eux, il ne représente rien."

Crédit photo : iStock
La réponse de la chaîne de supermarchés
Sur X et d'autres plateformes, les appels au boycott de la chaîne de magasins se multiplient.
"Vous avez besoin de plus d'employés comme Walker Smith, pas moins. Je boycotte Waitrose jusqu'à ce que vous le réintégriez, que vous changiez de politique et que vous présentiez des excuses sincères."
Cet incident survient dans un contexte de recrudescence des vols à l'étalage, les infractions ayant augmenté de 5% au Royaume-Uni au cours de l'année se terminant en septembre 2025, selon les derniers chiffres du gouvernement.
Waitrose a fini par sortir de son silence estimant que l'employé licencié avait pris un risque physique trop grand et non conforme en s'attaquant au voleur à l'étalage.
"La sécurité de nos salariés et de nos clients est primordiale pour nous, et nous avons mis en place des politiques pour les protéger tous deux. Nous avons eu des incidents où nos collègues ont été hospitalisés lors d'interventions contre des voleurs à l'étalage. Heureusement, ils s'en sont toujours remis, mais ce ne sera pas toujours le cas. En tant qu’employeur responsable, nous ne voulons jamais nous retrouver dans la situation d’annoncer à des familles une tragédie parce que quelqu’un a tenté d’empêcher un vol. Rien de ce que nous vendons ne justifie de risquer des vies."
Waitrose assure que la "lutte contre le vol à l’étalage comporte un grave danger de mort" et la société refuse "de mettre la vie de quiconque en danger". Pas certain que ce communiqué suffise à atténuer l’indignation de l’opinion publique quant au licenciement de Walker Smith.
