Ronny, un quadragénaire sans domicile fixe, avait pris la mendicité pour routine devant un magasin de la chaîne Action, près de Toulouse. La directrice du magasin a décidé de l'embaucher.
Il faisait la manche devant la boutique depuis des mois. Ronny, 41 ans, vient d'être embauché en CDI au magasin Action de Launaguet, au nord de Toulouse. Le sans-abri a confié au média La Dépêche être allé déposer son CV à l'accueil. La directrice du magasin a décidé de lui donner sa chance, avec l'accord de sa hiérarchie.
Ce type de recrutement atypique reste rare dans le secteur du retail. Selon les associations d'aide aux sans-abris, les entreprises de distribution hésitent souvent à embaucher des personnes en situation précaire, par peur de surcharger leurs équipes RH ou de devoir gérer des complications administratives. Mais cette directrice a choisi de voir au-delà des préjugés, considérant que la volonté et la motivation pouvaient suffire à compenser le manque de « normalité » administratif. Un pari courageux dans un secteur où la rentabilité prime généralement.
Chaque jour, Ronny est chargé de "ranger les rayons", "nettoyer le magasin" et parfois même de tenir une caisse. Le soir, il rentre dormir dans une tente située dans le réduit désaffecté d'une maison abandonnée. Une situation que déplore sa nouvelle patronne, qui se bat désormais pour aider Ronny à trouver un logement :
"Je n'arrive pas à comprendre pourquoi l'on n'aide pas des gens comme lui, qui sont volontaires. On ne peut pas laisser comme cela des gens à la rue. C'est inconcevable de voir cela dans nos sociétés."
La vie quotidienne de Ronny demeure extrêmement précaire. Chaque matin, il doit parcourir à pied une demi-heure pour rejoindre son poste. Sans douche au domicile, il n'a accès à l'eau que par ses propres moyens — un défi quotidien pour maintenir l'hygiène requise dans un environnement commercial. Pourtant, selon sa patronne, il n'a jamais manqué un jour. Cette détermination malgré les obstacles expliquerait pourquoi toute l'équipe du magasin s'est rapidement mobilisée pour le soutenir.
Un élan de solidarité pour lui trouver un logement
En attendant, le sans-abri se débrouille comme il peut et met un point d'honneur à être toujours "à l'heure" et "assidu au travail".
La directrice du magasin de hard-discount, qui assure être en contact avec les élus locaux, se félicite de l'arrivée de son nouvel employé.
"Il est assidu. Toute l'équipe avait trouvé sa situation bien triste et estime que c'est une bonne chose d'intégrer une personne dans une telle situation pour lui donner cette chance de l'améliorer".
Cette intégration progressive de Ronny reflète une tendance émergente dans certaines entreprises : reconnaître que l'embauche de personnes vulnérables n'est pas qu'un acte de charité, mais aussi une opportunité de diversité et d'inclusion. Des études montrent que les salariés en situation précaire, une fois stabilisés, développent une loyauté envers leur employeur et une gratitude qui se traduit par une assiduité remarquable. Pour Action, ce premier succès pourrait ouvrir la voie à une politique plus large d'insertion professionnelle.
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Au-delà de l'emploi, Ronny a conservé ses trois seules richesses immatérielles : la dignité, la persévérance et l'amitié de ses compagnons animaux. Ces derniers, loin d'être un luxe, jouent un rôle crucial dans sa stabilité émotionnelle et psychologique. De nombreuses personnes sans domicile fixe s'accrochent à leurs animaux comme à un dernier repère affectif, un lien avec l'humanité. La directrice du magasin, consciente de cette réalité, ne les a jamais présentés comme un obstacle à son embauche.
L'endroit qui lui sert d'abri pour la nuit, situé à une demi-heure de marche de son lieu de travail, se résume à une tente une place dans le réduit désaffecté d'une maison abandonnée, une table et des chaises prêtées par un habitant. Deux chiens et deux chats lui tiennent compagnie. Ronny peut cependant prendre une douche chez un autre habitant, car il n'a que l'eau qu'il transporte dans son abri précaire.
