Australie : une mère et sa fille passent 4 mois en prison car la douane confond leur thé avec... de la drogue

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Une mère et sa fille qui ont importé du thé malaisien en Australie ont passé quatre mois en détention après que la substance ait été identifiée à tort comme de la drogue.

Crédit : 7 News

Vun Pui Chong et sa fille, San Yan Melanie Lim, cherchaient à importer en Australie 25 kilogrammes de thé au gingembre brun, un remède bien connu en Malaisie pour les douleurs menstruelles. Le thé est arrivé dans cinq boîtes rectangulaires, chacune contenant 24 paquets de thé emballés individuellement, que les femmes avaient l'intention de vendre avec une majoration de prix qui leur aurait permis de réaliser un bénéfice d’environ 85 euros. On est donc bien loin des chiffres vertigineux des narcotrafiquants.

La douane confond du thé avec des substances illicites

Mais des agents de l'Australian Border Force ont intercepté le produit à l'aéroport de Sydney le 17 janvier et l'ont identifié comme étant de la phenmetrazine, une puissante drogue issue de la famille des amphétamines. Les forces de l'ordre de Bankstown a confisqué le contenu et l'a remplacé par une autre substance, qui a été livrée au domicile des femmes à Greenacre, avant d’être finalement saisie lors d'une descente le jour suivant.

C’est à ce moment que le cauchemar a commencé pour les deux femmes. En effet, elles ont immédiatement été inculpées en raison de lourds chefs d’accusation comme « fourniture de drogue à des fins commerciales », ce qui entraîne une peine d'emprisonnement à vie, et se sont vues refuser la liberté sous caution. Toutefois, le tribunal local de Downing a appris le mardi suivant que le test utilisé par les agents des douanes pour identifier la marchandise a simplement généré un spectre de substances similaires à celle détectée, et que les agents fédéraux australiens ne s'étaient pas appuyés sur ce dernier pour mener leur enquêtes.

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Un opérateur médico-légal de l'AFP a écrit à l'agent principal de l'agence judiciaire de Bankstown, Tara Conaghan, en février, pour l'informer qu'elle devait faire tester l'échantillon de manière indépendante pour être certaine qu'il contenait de la phenmétrazine. « En bref, nous ne pouvons pas déduire de ce résultat que l'échantillon contient ou ne contient pas de phénométrazine. Le test effectué n'avait identifié la phénométrazine que comme la quatrième substance la plus probable contenue dans la cargaison saisie, derrière le sucre, le saccharose et le sucre en poudre » a-t-il écrit.

Le problème, c’est que l'inspectrice Conaghan n'a pas transmis cette information aux avocats des deux accusées, et qu'elles sont donc restées derrière les barreaux. Puis, en avril, un autre journaliste de l'AFP a envoyé un courriel à Tara Conaghan pour l'informer que les résultats de laboratoire de deux saisies antérieures de produits similaires avaient déterminé qu'il n'y avait aucune substance prohibée détectée. En parallèle, l’agence de presse avait également réalisé ses propres analyses médico-légales et n'avait pu en extraire aucune substance interdite.

Crédit : 7 News

4 mois de détention pour une erreur

Selon plusieurs experts, l’erreur viendrait d’un problème de formation sur la façon d’interpréter les résultats des tests. Lors d’un contre-interrogatoire mené par l'avocat de Vun Pui Chong, Steve Boland, la détective Tara Conaghan a déclaré qu'après avoir appris de l'AFP que leur analyse des saisies précédentes n'avait pas détecté de substances interdites, elle a demandé que les tests médico-légaux des échantillons des deux femmes soient accélérés. À cette occasion, la policière a confié vouloir attendre « que les substances soient complètement testées. »

Les femmes n'ont pas été libérées sous caution avant le mois de mai, et ce n'est que le 10 août, après que les forces de l'ordre de Nouvelle-Galles du Sud ont reçu leur propre analyse médico-légale, que les accusations portées contre elles ont été complètement retirées. Sauf qu’entre-temps, les deux femmes, tout à fait honnêtes, ont passé 4 mois derrière les barreaux. Aujourd’hui, elles intentent un procès pour les coûts, que le directeur des poursuites publiques du Commonwealth a refusé de payer. « Le ministère public s'oppose à l'idée que ces femmes faussement accusées puissent obtenir un dollar » a déclaré Steve Boland.

Affaire à suivre, donc.

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