Pour empêcher les migrants du Bangladesh d'entrer en Inde, ce pays envisage de déployer des serpents et des crocodiles à sa frontière. Une idée aussi radicale qu'insolite, qui soulève déjà de nombreuses questions.
L'Inde et le Bangladesh sont deux pays frontaliers séparés par plus de 4 000 kilomètres de frontière. Les pays sont naturellement délimités par des rivières, des marécages et des mangroves. Cependant, sur la frontière qui sépare l'État indien du Bengale occidental du territoire du Bangladesh, sur 2 216 kilomètres de frontière, seulement 1 647 ont des barrières. Le reste demeure donc largement perméable, faute de moyens suffisants pour surveiller l'ensemble du tracé.
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Ainsi, l'Inde est confrontée à l'immigration clandestine et victime de contrebande. Pour lutter contre cela, le pays envisage une idée pour le moins radicale, révélée par BFMTV : utiliser la nature elle-même comme bouclier.
Des crocodiles et des serpents
L'Inde est actuellement confrontée à une pénurie de personnel et à des infrastructures obsolètes. Pour cette raison, le pays a choisi une mesure naturelle pour garder ses frontières : déployer des serpents et des crocodiles. L'idée est simple : faire en sorte que les migrants ne veuillent pas s'aventurer dans ces eaux trop dangereuses. Les crocodiles sont en effet nombreux en Inde, et leur présence dans certains cours d'eau frontaliers est déjà une réalité. Les autorités envisagent simplement de l'intensifier de manière ciblée dans les zones non protégées.
"On nous a demandé d'étudier l'idée d'un déploiement de reptiles tels que serpents et crocodiles dans les intervalles non protégés par les rivières", a indiqué Manoj Barnwal, un officiel de la Force de sécurité aux frontières (BSF).
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Parmi les espèces qui pourraient être introduites à la frontière, on retrouve notamment le cobra indien, un serpent très courant dans le pays, dont le venin est puissant et potentiellement mortel. L'Inde est d'ailleurs l'un des pays au monde où les morsures de serpent font le plus de victimes chaque année, ce qui témoigne de la dangerosité réelle de ces animaux pour les populations locales.
Des serpents très dangereux
Cependant, ce choix soulève de nombreuses questions, notamment à propos de la sécurité des habitants vivant à proximité de la frontière. Car si les reptiles sont censés dissuader les migrants, ils ne feront évidemment pas la différence entre un clandestin et un villageois local.
"C'est une idée innovante, mais elle suscite de nombreux défis, notamment en matière de sécurité. Comment se procurer les reptiles ? Quel serait leur impact sur les habitants des villages installés le long de la frontière ? Nous avons demandé à nos unités de terrain de se pencher sur la faisabilité de cette approche et de nous en rendre compte au plus vite", a continué Manoj Barnwal.
Au-delà des risques pour les riverains, se posent également des questions d'ordre éthique et environnemental. Introduire artificiellement des espèces sauvages dans un écosystème précis, même pour des raisons sécuritaires, peut avoir des conséquences imprévisibles sur la faune et la flore locales. Les écologues pourraient rapidement s'opposer à un tel dispositif si celui-ci venait à être officiellement adopté.
Ce n'est pas la première fois qu'une telle initiative est envisagée dans le monde. Ce projet rappelle en effet le "Alligator Alcatraz" de Donald Trump, qui avait déployé des crocodiles et des serpents venimeux autour d'un centre de détention pour migrants, afin d'empêcher les évasions. Une stratégie similaire qui avait, elle aussi, suscité un tollé international. En Inde, la mesure n'en est pour l'instant qu'au stade de l'étude de faisabilité, mais elle illustre bien la pression croissante que subissent les autorités pour sécuriser des milliers de kilomètres de frontière avec des moyens limités.
En attendant une décision officielle, les attaques de crocodiles en Inde restent un danger bien réel pour les populations qui vivent au bord des cours d'eau, ce qui rend d'autant plus délicate l'idée d'en introduire davantage dans des zones habitées.
