Finistère : les marins se mobilisent pour protester contre l'expulsion d'un pêcheur sénégalais

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Au Guilvinec, dans le sud du Finistère, la grogne monte contre l’expulsion de Pap N’diaye, un marin sénégalais arrivé dans le petit port de pêche en 2017. Et pour cause, le 16 février, il a reçu de la part de préfecture une obligation de quitter le territoire français (OQTF) alors qu’il est parfaitement intégré et que tout le monde sur place est satisfait de son travail.

Crédit : Stéphane Soviller / France Télévisons

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Depuis que la demande de quitter le pays lui est parvenue, plus un jour ne se passe sans que Pap N’diaye ne doive pointer au commissariat de la ville côtière de 2600 âmes. Sur place, l’incompréhension domine mais heureusement la solidarité des gens de la mer et des locaux est en train de s’organiser pour soutenir le jeune homme dans sa lutte contre l’administration française.

Son patron, Kevin le Fourn, responsable du Manona, le palangrier sur lequel travaille Pap N’diaye depuis plusieurs années, a décidé de monter au créneau et de se faire entendre pour défendre son employé. En plus, pour ne rien arranger, ce dernier doit se rendre quotidiennement à la gendarmerie entre 10h et 12h ce qui l’oblige à adapter les horaires de pêche et entraîne une perte importante du chiffre d’affaires de la société. Au-delà de l’aspect humain, il s’agit donc d’une véritable complication sur le plan financier.

« C’est le seul métier que je connais depuis 22 ans. Je ne sais faire que ça, je n'ai pas d'autre métier. Pêcheur, c'est une passion. De toute façon, tu ne peux pas être marin sans passion. Je suis bien au Guilvinec. J’ai ma vie ici » tente de se justifier Pap N’diaye au micro de nos confrères de France Info. Ses collègues, qui sont unanimes pour dire qu’il est « un excellent marin » ont commencé à rassembler des attestations pour prouver sa très bonne insertion professionnelle.

De son côté, Kevin Le Fourn, explique qu’il a grandement besoin de ses services, de son expérience et de son professionnalisme et espère pouvoir le garder : « ce serait un coup dur pour moi s'il partait. J'ai des projets avec lui, on a de l'avenir ensemble. Il n'y a déjà plus grand monde dans la pêche, alors si en plus, on nous enlève les marins compétents. » Le pêcheur sénégalais explique également comment la situation actuelle impacte sa profession : « je calcule le coup pour que l'on finisse tôt. C’est une grave perte pour l'entreprise. On travaille avec les marées, la lune, les vents, il n'y a pas d'horaires en mer. »

Mais pourquoi ce changement de situation ? Tout a commencé alors qu’il se marie avec une Française. À partir de cet événement, il perd son titre de séjour salarié et son statut devient celui de « conjoint de Français ». Finalement, le couple vient à se séparer et contre toute attente, plutôt que de revenir à ce qu’il était avant son union civile, Pap N’diaye passe en situation irrégulière. Cette décision pour le moins étonnante est prise par la préfecture du Finistère qui s’appuie sur la séparation pour refuser sa demande de carte de résident.

Son avocat, Maître Jean-Marc le Crane, ne l’entend pas de cette oreille et compte bien assister au mieux son client. Il déclare : « il est entré légalement sur le territoire, avec un visa de travail. Le couple s'est reformé depuis, mais la préfecture ne retient que les éléments à charge et passe sous silence toute son activité salariée et le dossier n'est pas actualisé. » La ligne de défense engagée par l’avocat se base sur un accord franco-sénégalais qui prévoit la délivrance d’un titre de séjour salarié dans ce genre de situation. « C'est ce titre que nous voulons qu'il récupère car c'est prévu par des textes internationaux que la France a signés » explique-t-il.

Crédit : Muriel Le Morvan / France Télévisions

Une association lance une pétition pour aider le pêcheur Pap N’diaye à s’en sortir et rester au Guilvinec

Le cas de Pap N’diaye fait beaucoup réagir et l’association de marins Pleine Mer a décidé de lui tendre la main pour qu’il puisse remporter sa bataille juridique contre la préfecture et sa demande quitter le territoire. Son président, Charles Braine, a d’ores et déjà lancé une pétition en ligne intitulée « Non à l’expulsion de Pap N’diaye » accompagnée d’une cagnotte afin de récolter un maximum d’argent et ainsi permettre au jeune homme sénégalais de payer ses frais d’avocat. Il témoigne avec ironie : « la France tente d'expulser les travailleurs étrangers dans le domaine de la pêche mais elle va exploiter les zones de pêche comme le Sénégal qui, historiquement, est riche en poissons. Résultat: moins de travail pour les pêcheurs locaux qui doivent aller chercher du travail ailleurs et notamment chez nous. »

Affaire à suivre.

Source : France Info
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