« Y'a pas eu assez de morts ? » : des journalistes agressés et menacés par des proches des gérants du bar incendié, à Crans-Montana

Une semaine après la tragédie du Constellation à Crans-Montana (Suisse), les tensions sont très vives sur place, à l’image de ces altercations entre des journalistes et des proches du couple qui géraient le bar incendié.

40 morts et 116 blessés !

Tel est le dramatique bilan de l’incendie survenue le soir du 31 décembre au bar “Constellation”, à Crans-Montana, en Suisse. Depuis une semaine, ce drame fait la Une des médias alors que la responsabilité des gérants du bar est au cœur de l’enquête judiciaire.

Jacques et Jessica Moretti, un couple originaire de Corse, sont désormais « prévenus d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence ».

Au terme de l’instruction ouverte, le ministère public du Valais décidera de classer l’affaire ou d’émettre un acte d’accusation. En attendant, les intéressés n’ont fait l’objet d’aucune mesure de détention provisoire ni d’assignation à résidence.

Jessica et Jacques MorettiCrédit photo : D.R.

Au-delà de la justice, le couple Moretti suscite également la curiosité des médias, et certains journalistes mènent leur propre enquête, quitte à se mettre en danger. En effet, pour se protéger des journalistes, le couple peut compter sur un entourage qui n’hésite pas à recourir à des méthodes d'intimidation pour éloigner les reporters.

Depuis quelques jours, plusieurs journalistes rapportent ainsi avoir été agressés par des proches du couple, lors de leurs reportages sur la commune de Crans-Montana, ou encore à Lens, ville suisse voisine où se trouve un autre restaurant tenu par Jacques et Jessica Moretti.

Les incidents ont commencé le week-end dernier avec l’agression d’un journaliste du média suisse Blick comme le montre une vidéo diffusée sur X.

Ce reporter a été menacé et insulté par un groupe d’individus présentés comme des proches du couple Moretti, qui n’était pas présent. Dans une vidéo diffusée par Blick, un homme invective le journaliste et lui reproche de mener l’enquête.

« Je m’en fous. Il n’y a personne qui filme, d’accord ? Arrête de parler. Vous n’avez pas honte ? »

Invectives, agression physique et menace de mort

Mardi, des journalistes italiens de la Rai Uno ont, à leur tour, été pris à partie devant le Vieux Chalet, le restaurant de Lens appartenant aussi au couple Moretti. Alors qu’ils préparaient leur duplex, le journaliste Domenico Marocchi et son équipe ont en effet été insultés, menacés et bousculés par un groupe d’hommes. La scène a été filmée.

« On filmait le panneau à l’extérieur avec le menu et la mention “fermeture exceptionnelle”. Il était 17 h 30, il faisait nuit et les rideaux du restaurant étaient fermés. Une voiture est arrivée en trombe (…). Trois types sont sortis et se sont montrés tout de suite très agressifs. L’un d’eux a commencé à me bousculer. »

Il affirme avoir reconnu, parmi eux, le même homme qui s’en est pris précédemment au journaliste de Blick. L’individu leur demande explicitement de se “casser” :

« Il m’a frappé à la poitrine, je me suis rattrapé à la voiture. Ensuite, il m’a dit : “Tu crois pas qu’il y a assez de morts comme ça ?” (...) C’était une menace de mort. Quand je suis retourné dans la voiture, l’un d’eux a essayé de casser notre rétroviseur. »

Après les faits, Domenico Marocchi a déposé plainte. Selon les médias italiens, une équipe de l’émission Ore 14, diffusée sur la Rai, a également été agressée. La journaliste Francesca Crimi se trouvait devant le Constellation « lorsqu’une personne proche des propriétaires du bar a actionné une pompe qu’elle tenait à la main contre la journaliste, la trempant entièrement d’eau glacée ».

L’ambassadeur d’Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, a demandé à la police cantonale du Valais de « renforcer la surveillance pour garantir l’intégrité physique des médias italiens ».

Des bouquets de fleurs en hommage aux victimes de l'incendieCrédit photo : AFP

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a pour sa part déclaré que « le contexte de cette tragédie doit nous conduire à respecter la douleur de tous, mais il ne peut en aucun cas justifier des actes de violence ou d’intimidation contre la presse ».

Au sein du couple Moretti, Jacques n’est pas inconnu de la justice française. Le Corse a notamment été incarcéré en Savoie en 2005 puis condamné en 2008 à une peine de prison. Selon le Dauphiné Libéré, il était alors accusé d’avoir recruté des jeunes femmes en France pour les faire travailler dans un salon de massage de Genève. Sa condamnation avait été assortie d’une interdiction de gérer une entreprise en France. Il a aussi été mis en cause par le passé dans sept autres affaires, notamment pour escroquerie, sans toutefois déboucher sur des condamnations.


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