Amour : qu'est-ce que le ghosting ?

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Vous n'avez plus de nouvelles de la personne que vous fréquentiez depuis quelques jours, quelques semaines voire quelques mois ? Vous vous êtes certainement fait ghoster. On vous dit tout sur le phénomène du ghosting.

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20%, c'est le nombre de personnes qui auraient été ghostées selon une étude américaine menée en 2018 publiée par le Journal of Social et Personal Relationship. Et 25% des personnes interrogées auraient déjà eu recourt au ghosting. Mais quel est exactement ce phénomène ? Qui sont les auteurs et qui sont les victimes du ghosting ? On vous explique tout sur cette pratique qui touche les couples, mais pas que.

Qu'est-ce que le ghosting ?

Le terme ghosting a été inventé dans les années 2000 à partir du mot anglais ghost qui signifie fantôme pour désigner cette méthode de rupture qui consiste à disparaître. Après avoir fréquenté quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois, le ghosteur arrête purement et simplement de donner signe de vie du jour au lendemain, pour éviter d'avoir à donner des explications, et ce malgré les messages et les sollicitations de la personne avec qui il était en couple ou avec qui il était ami. En effet, le phénomène du ghosting, souvent associé aux relations amoureuses, est aussi employé pour mettre fin à une relation amicale. La psychopraticienne Cécile Guéret, auteure de Aimer, c'est prendre le risque de la surprise, analyse la pratique ainsi : « C’est le fait de ne pas considérer l’autre dans sa différence, son altérité, son humanité nécessairement singulière ; mais comme un objet dont le seul but est notre contentement, notre satisfaction, la réponse à nos attentes, quitte à lui mettre une pression inouïe pour qu’il ne nous déçoive pas. »

Rompre en disparaissant du jour au lendemain : c'est le ghosting / Crédit : Unsplash

Le ghosting, un phénomène nouveau ?

La multiplication des moyens de communications avec les smartphones et les réseaux sociaux rend la pratique du ghosting d'autant plus cruelle qu'il n'a jamais été aussi simple de communiquer. Mais le phénomène est-il vraiment nouveau ? « Le ghosting est une manière de rompre rapidement et qui corresponds aux modes de rencontre et d'être en relation actuels », analyse la psychologue Vanina de Touchet, qui ajoute : « C'est un effet de mode de rupture express 2.0. » Pour autant, le ghosting existait bien avant les smartphones et les messageries instantanées. Selon Claire Marin, philosophe auteure de Ruptures, c'est simplement le nouveau nom d'une « vieille lâcheté ». Avant, on pouvait ghoster l'homme ou la femme qu'on fréquentait ou même les amis qu'on avait en arrêtant de répondre aux lettres de son partenaire. La différence, c'est qu'à l'époque, ils pouvaient penser que la missive s'était simplement perdue. Aujourd'hui, on sait exactement quand l'être aimé a reçu le dernier message envoyé et quand il l'a vu, explique Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication. Il n'y a plus d'ambiguïté sur le rejet (mais toujours sur les explications de la séparation).

Cependant, la pratique du ghosting s'est certainement démocratisée à l'ère des réseaux sociaux, des applications et de la capitalisation de l'amour. « Le ghosting est un phénomène qui témoigne d’un rapport consumériste, utilitariste à l’autre, dans une société où “tout est marché” », indique la psychopraticienne Cécile Guéret. Et d'ajouter : « Internet a radicalisé la notion d’un moi sélecteur selon les normes libérales et marchandes. Parce que les sites et les applis nous “vendent” l’instantanéité des contacts, la profusion des rencontres, l’interchangeabilité des partenaires possibles. » Résultat : « Se décider pour quelqu'un de ”suffisamment bien” devient de plus en plus difficile. »

Le ghosting : "C'est un effet de mode de rupture express 2.0" / Crédit : Unsplash

Les raisons du ghosting

Difficile de savoir ce qui pousse les personnes à ghoster. Les raisons du ghosting sont multiples. Voici cependant quelques pistes qui peuvent expliquer ce phénomène. La liste n'est (évidemment) pas exhaustive.

  • La nécessité de disparaître

Dans le cas de relations amoureuses toxiques, le ghosting peut être l'unique solution d'une personne. Solution qui relève de la survie dans le cas d'une relation avec un partenaire agressif par exemple. « Quand la relation (psychologiquement et/ou physiquement) nécessite un éloignement immédiat », indique Cécile Guéret. Pour rappel, les femmes victimes de brutalité (et les hommes, même s'ils sont moins nombreux) peuvent appeler le 3919, 24h sur 24 et 7 jours sur 7. L'appel et gratuit et anonyme et ne figure pas sur les factures de téléphone.

  • La peur de blesser

Le ghosting peut être envisagé par les ghosteurs comme une façon de ne pas blesser son ou sa partenaire. Car rompre avec une personne qu'on a fréquenté ou qu'on a aimé peut s'avérer difficile. Quand on ghoste, on n'a pas besoin d'assumer la fin du couple, de se confronter à l'autre et à ses sentiments, de s'expliquer sur la fin de la relation amoureuse et de se justifier. Même si c'est présupposer de la réaction (négative) de l'autre.

  • Le manque de courage

Disparaître peut aussi être le choix de la facilité, le moyen de s'épargner une conversation compliquée en face à face ou par message et de devoir se justifier et peut s'expliquer par la lâcheté et l'égoïsme de celui qui quitte. Ce qui dénote d'un « déni d'existence de l'autre, peu de considération pour l'autre qu'on ”jette comme une vieille chaussette” », indique Cécile Guéret.

  • L'angoisse de l'engagement

La peur de l'engagement peut être l'une des explications au ghosting. « Parfois, il peut y avoir une peur panique en début de relation amoureuse : angoisse d’engloutissement, peur de plonger dans un 'Nous' indifférencié, de la perte d’identité, anxieux de se montrer ou s’ouvrir à l’autre. L’engagement dans le lien à l’autre peut faire très peur, même si attendu, désiré, espéré », analyse Cécile Guéret.

Le ghosting, un comportement plutôt masculin

Selon un sondage réalisé par le magazine Elle, les victimes de ghosting sont plus souvent des femmes (24%) que des hommes (16%). Et par extension, les hommes sont plus souvent ceux qui ghostent que les femmes. Une tendance qui s'explique notamment par le patriarcat : aujourd'hui encore, la charge affective du couple en plus de la charge mentale repose le plus souvent sur la femme (dans le cadre de couples hétérosexuels s'entend). Ce sont plus souvent les femmes qui vont communiquer sur les sentiments que les partenaires ressentent, sur l'avancée de la relation amoureuse. « C'est un comportement qui est très masculin parce que les acteurs de l'utilitarisme [...] ces sont essentiellement des hommes », ajoute le sociologue Jean-Claude Kaufmann.

Ghoster, une pratique plutôt masculine / Crédit : Unsplash

Les conséquences pour les personnes ghostées

À l'ère des réseaux sociaux et de leurs messageries instantanées, la disparition et le silence de la personne aimée, que les partenaires aient été amants ou amis, est très brutale. Il est tout à fait normal de mal vivre la rupture par ghosting, qui peut entraîner une perte d'estime de soi et de confiance en soi, mais également une perte de confiance en les hommes ou en les femmes. La personne ignorée ressent souvent un sentiment de rejet, d'abandon, « voire de honte, c'est-à-dire l'impression de ne plus être digne de vivre parmi les humains, de valoir peu de chose, de ne même plus mériter d'appartenir à la communauté des hommes», explique Cécile Guéret. La psychopraticienne ajoute : «Ce qui est terrible dans le ghosting c’est que ce n’est pas une rupture mais une disparition, une absence de rupture ». C'est en effet l'absence de réponse qui est plus insupportable que la fin de la relation (d'autant plus avec les nouvelles technologies qui permettent de communiquer facilement). L'une des conséquences du ghosting est la remise en question pour savoir si elle a fait quelque chose de mal. Et pour cause, la personne ghostée n'a pas eu d'explications à la rupture. Il est cependant important de relativiser, le ghosting n'est pas une raison de remettre en cause tout ce qui a été vécu ainsi que tout ce qu'on est. Une autre conséquence du ghosting est la volonté d'obtenir des explications et le désir de vengeance.

Les personnes ghostées peuvent perdre confiance en elles / Crédit : Unspalsh

Le ghostbusting, la revanche des personnes ghostées

Le terme ghostbusting tient son nom du film culte Ghostbuster (SOS Fantômes en VF). Il désigne la chasse au fantôme, à la femme ou à l'homme qui l'ignore, entamée par la personne ghostée. Selon une étude menée par le site de rencontres canadiens Plenty of Fish, 78% des utilisateurs et utilisatrices auraient déjà été victime deghosting, et 38% d'entre eux auraient essayé d'obtenir une explication, devant ainsighostbusters. Cela se traduit par l'envoi d'un sms mais peut aller jusqu'à des appels incessants, de multiples messages sur toutes les plateformes de communication, ou même du stalking (encore un terme de la nov langue qui vient de l'anglais stalk signifiant traquer et désignant l'espionnage de l'autre sur les réseaux sociaux, notamment avec des faux comptes). Le ghostbusting peut effectivement devenir du harcèlement. Une pratique contre-productive : si une personne n'a pas eu le courage de quitter son partenaire, très peu de chance qu'elle ait l'envie de répondre si elle se sent harcelée, elle se contentera de bloquer l'accès à ses comptes sur Instagram, Facebook, Twitter ou autres réseaux. « Vouloir à tout prix reprendre contact peut être destructeur », ajoute Cécile Guéret car cela ne fera qu'augmenter la frustration de ne pas avoir de réponse. Il est temps de passer à autre chose. Et même si c'est plus facile à dire qu'à faire, quelques conseils sont à retrouver ici.

Le ghsotbusting ou la revanche des personnes ghostées / Crédit : Unsplash

Sources :
J'ai été ghostée : comment réagir quand l'autre disparait ?
Amour 2.0 : le ghosting ou l'art de disparaître
Que faire face au ghosting ?

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