Huit mois de chantier, 100 % des travaux faits de leurs mains et un budget de 50 000 dollars, soit environ 43 000 euros. C'est ce qu'il a fallu à Aaron Lapp et à sa femme pour transformer un ancien bus scolaire américain de 2007 en maison familiale, avec cuisine équipée, douche, lave-linge et lits superposés pour leurs deux jeunes enfants. Après y avoir vécu à quatre, le couple l'a mis en vente pour 140 000 dollars, environ 120 000 euros, soit presque trois fois la somme annoncée pour sa construction.
La famille a fait visiter son bus dans une vidéo de la chaîne YouTube Mobile Dwellings, spécialisée dans les maisons sur roues. Le choix du bus s'explique d'abord par l'incertitude : le couple ne savait pas encore où il voulait s'installer durablement. Le calcul financier a fait le reste. Selon Aaron, une maison leur aurait coûté au minimum 200 000 à 300 000 dollars, soit environ 170 000 à 260 000 euros. Parents d'un petit garçon prénommé Noah et d'une fillette, les deux aventuriers voulaient aussi voyager tant que leurs enfants sont petits.
Ils ne sont pas les seuls à tenter l'aventure. Un Américain avait par exemple transformé un bus scolaire en maison de deux étages, tandis qu'une famille britannique vit avec ses quatre filles dans un ancien bus à impériale.
Des centaines d'heures de plans avant même d'acheter le bus
Le chantier a commencé le 1er mars 2025. Aaron, qui a grandi dans une ferme de l'Ohio auprès d'un père très bricoleur, ne partait pas de zéro : il a passé plus de dix ans dans l'ébénisterie et dessine aujourd'hui des plans assistés par ordinateur pour des ateliers de menuiserie. Avant même de voir le bus, il a consacré des centaines d'heures à concevoir tout l'aménagement sur logiciel. Une fois le véhicule acheté, la plupart des problèmes étaient donc déjà résolus dans sa tête.
Sa femme a, elle aussi, sorti papier et crayon pour imaginer plusieurs configurations. C'est elle qui tenait à une séparation entre les pièces et à un élément décoratif fort : une arche en noyer, qui sépare aujourd'hui la cuisine et le salon de la salle de bains et des chambres. Le couple insiste sur un point :
Ma femme et moi avons réalisé 100 % des travaux de ce bus.
Des propos d'Aaron Lapp, traduits de l'anglais. Leurs proches ont tout de même joué un rôle clé. Le père de sa femme avait possédé une entreprise d'isolation par mousse projetée, revendue à des cousins qui leur ont prêté le matériel quasiment à prix coûtant. Un oncle a fourni un poste à souder, un ami ses machines pour découper et plier la tôle, et le bus est resté environ six mois garé dans l'atelier du père d'Aaron pour toute la menuiserie.
52 portes et tiroirs qui se verrouillent d'un seul bouton
La trouvaille la plus ingénieuse ne se voit pas au premier coup d'œil. Dans un bus, chaque placard doit être bloqué avant de prendre la route, sous peine de voir la vaisselle voler dans les virages. Plutôt que d'installer des loquets magnétiques à manipuler un par un sur les 52 portes et façades de tiroirs, Aaron a conçu son propre système : un petit servomoteur par porte, relié à une commande unique. Un appui verrouille tout, un autre libère tout.
L'ensemble se pilote depuis un écran domotique installé à l'entrée, qui affiche l'état de la batterie et la production solaire. Il commande aussi le chauffage au sol, alimenté par une chaudière au diesel capable de récupérer la chaleur du moteur pendant les trajets.
La porte d'origine a été condamnée et une nouvelle entrée percée au milieu du véhicule, pour éviter de traîner de la terre d'un bout à l'autre. La cuisine réunit des équipements rares dans un camping-car : un lave-vaisselle, qu'Aaron a mis longtemps à faire accepter à sa femme, un évier de ferme, un tiroir assez profond pour loger un robot pâtissier et une imposante machine à expresso pour ces amateurs de café, qui torréfient eux-mêmes leurs grains. La cuisinière est le seul appareil au propane à bord.
Plus loin, on trouve une douche de 76 cm sur 91 cm, plus grande que dans la plupart des bus aménagés, des toilettes sèches à compost et un lave-linge séchant. Les enfants dorment dans des lits superposés au format junior, dont les garde-corps en noyer ont été sculptés à la main. Celui du bas, réservé à la fillette, possède même une petite porte. Au fond, le grand lit des parents se soulève sur une charnière pour accéder à la plomberie et aux batteries.
À l'extérieur, le toit a été rehaussé de 40 centimètres. Il accueille 3 200 watts de panneaux solaires et une antenne Starlink, tandis que deux réservoirs de 378 litres, l'un pour l'eau propre, l'autre pour les eaux grises, sont dissimulés sous la carrosserie. Aaron a également fabriqué lui-même les coffres de rangement extérieurs en métal.
Des premières semaines « à forte friction »
La famille a pris la route en octobre 2025. Les débuts n'ont pas été simples. Aaron décrit un mode de vie « à forte friction » : dans un espace aussi réduit, tout demande un temps d'adaptation, jusqu'à se rappeler dans quel tiroir sont rangées les cuillères. Quelques mois plus tard, le rythme est trouvé. Il suffit de fermer les stores pour se sentir à la maison, raconte le couple, au point d'oublier en sortant que le bus est garé face à une plage.
Aaron travaille à distance depuis le siège conducteur, clavier posé sur le volant. Au moment du tournage, le couple rêvait de pousser jusqu'en Nouvelle-Écosse, en Alaska ou dans l'Utah. Il comptait vivre dans le bus un an ou un an et demi, puis se fixer quelque part pour élever ses enfants, en gardant le véhicule pour le louer et partir en vacances.
Leur maison sur roues a déjà trouvé preneur
Le plan a changé. Sur son site personnel, Aaron a publié une annonce détaillée : 140 000 dollars pour ce bus de 11 mètres, immatriculé comme camping-car et équipé d'un moteur diesel Cummins. Le couple y affirme avoir vécu à bord à plein temps, par des températures allant d'environ -15 °C à 43 °C. L'acheteur récupère aussi le tableur complet du chantier, avec le budget et le carnet d'entretien, les plans du bus tel qu'il a été construit et un manuel qui détaille chaque installation.
Même si nous avons hâte d'attaquer le prochain chapitre, mettre notre maison en vente est un moment doux-amer.
Ces mots, traduits de l'anglais, figurent dans l'annonce. La page consacrée au projet indique désormais que le bus est vendu, sous réserve du paiement final et de sa récupération par l'acheteur. Le prix définitif n'a pas été communiqué : les 140 000 dollars correspondent au prix demandé, pas forcément à celui de la transaction.
