Pourquoi les céréales Kellogg's ont été inventées ?

Pourquoi et dans quel but les céréales ont été inventées ? Plus précisément : Pourquoi les corn-flakes ont été inventés ? La réponse pourrait vous surprendre… Décryptage.

On connaît tous ces petits pétales sucrés que l’on trempe dans le lait et qui fait le bonheur de nos petits-déjeuners et le malheur de notre foie trop de sucre rapide, mais connaissons-nous son histoire ? Si la culture des céréales fait corps avec les premiers âges civilisationnels, l’invention de la corn flakes a des origines un peu moins glorieuses dirons-nous...

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Qui a inventé les Kelloggs ?

Bon, on va commencer très fort tout de suite cette fois-ci : saviez-vous que l’inventeur des corn fakes John Kellogg, fervent croyant, les a créées pour lutter contre la masturbation ? Ça vous en bouche un coin non ? John Harvey Kellogg, de son nom complet naît en 1852 dans l’État du Michigan aux États-Unis. Végétarien et inventeur de multiples objets et aliments tous très opposés les uns aux autres, John Kellog allait devenir l’un des médecins nutritionnistes les plus connus du début du XXe siècle.

Pour information, l’illustre médecin et chirurgien a été l’inventeur des céréales Kellogg’s donc. C’est ce qui fit sa renommée principale, mais également, aussi improbable qu’il soit, de la couverture électrique chauffante, du beurre de cacahuète, de la viande végétale, du bain à lumière électrique et du dynamomètre. Non tout cela n’est pas une blague, mais ça aurait bien pu.

Kellogg médecin

Kellogg gagne en notoriété lorsqu’il devient le médecin en chef du sanatorium de Battle Creek, dans le Michigan. Pour rappel, les sanatoriums étaient des sortes d’hôpitaux de convalescence où les personnes atteintes de maladies infectieuses comme la tuberculose étaient mises en quarantaine.

Le Sanatorium de Kellogg était l’un des plus célèbres des États-Unis : on comptait quelque 1600 patients au plus fort de son activité au tournant du XXe siècle. Pour l’anecdote le Dr Kellogg a soigné des patients célèbres comme le président républicain Howard Taft, l’aviatrice Amélia Earhart, le dramaturge George Bernard Shaw, l’ingénieur automobile Henry Ford, l’actrice Sarah Bernardt, la militante Sojourner Truth ou encore l’inventeur Thomas Edison. Pas mal comme CV ?

La sombre histoire des corn flakes / Crédit : Unsplash

Kellogg le fervent croyant

Par ailleurs, on sait que le docteur Kellogg était un homme très dévot, qui a consacré sa vie à trouver un équilibre harmonieux entre la science et sa foi, et à mettre en pratique cette synthèse dans sa propre pratique médicale. Pour le meilleur et pour le pire donc. Les céréales que vous mangez au petit-déjeuner cachent un secret que vous êtes sûrement loin d’imaginer. Comme nous le disions plus haut, les cornflakes, pétales de maïs, ont été créés par un médecin américain qui voulait lutter contre la masturbation.

La vision protestante puritaine devait sûrement avoir en horreur la pratique de l’onanisme car elle ne servait pas à la reproduction de l’humanité. Et comme le sexe, c’est pêché, sauf si c’est pour faire des gosses. Jusque la bon après tout pourquoi pas mais alors pourquoi faire des céréales ? Il y aurait sûrement eu mieux à faire à cette époque-là pour lutter contre ce « fléau ».

Kellogg contre la masturbation

Par ailleurs la rédaction vous conseille cet article qui vous apprend au contraire les bienfaits de la masturbation masculine. N’en abusez pas mais ne vous flagellez pas non plus. Revenons à nos moutons. Nous sommes en 1898, quand John Harvey Kellogg fabrique, avec son frère, les cornflakes. Ces grains de maïs sont cuits à la vapeur, puis ensuite aplatis entre deux rouleaux. Jusque la tout va bien. Mais c’est après que ça se gâte.

Lorsque le médecin va décider de les intégrer au régime de ses patients au sanatorium de Battle Creek dans le Michigan. Pour ce docteur, une alimentation saine permet de lutter contre de multiples phénomènes, dont la masturbation qu’il condamne. Celle-ci serait, pour lui, la cause de nombreuses maladies, comme les cancers de l’utérus et les maladies urinaires, mais aussi de l’impuissance et de l’épilepsie. Et de rendre sourd tant qu’on y est ?

Pétales de corn flakes / Crédit : Unsplash

L'histoire surprenante des Corn Flakes

Précisons sur ce sanatorium. Comme de nombreux établissements à l’époque, celui de Battle Creek est financé et régi par une église, l’église Adventiste du Septième Jour pour être exact, dont Kellogg était membre. Cette église aussi appelée par abréviation « l'Église adventiste » ou « EASJ » est une « dénomination » chrétienne née d'un mouvement de « réveil » disent-ils.

Le mot « adventiste » vient du latin adventus qui signifie « arrivée », « venue », « avènement », en référence au retour du Christ annoncé par la Bible. « Septième jour » désigne le sabbat (samedi), le septième jour de la semaine, considéré par les adventistes comme le jour biblique de repos et d'adoration. Avec plus de 18 millions de membres, c'est la douzième plus grande organisation religieuse dans le monde et la sixième du point de vue de l'implantation internationale.

La religion adventiste contre le sexe !

Les Adventistes du Septième Jour comme Kellogg sont partisans du végétarisme, de l’abstinence de consommation d’alcool et de tabac, et de l’exercice physique régulier en plein air. En plus de ces préceptes fondamentaux auxquels il adhérait, le Dr Kellogg était convaincu de deux choses. D’une part, il fallait consommer de grandes quantités de fruits oléagineux (noisettes, noix, amandes etc.) et de céréales pour rester en bonne santé.

D’autre part, il fallait proscrire toute consommation de viande ou de plats épicés de son alimentation, car cette nourriture stimulait fortement l’appétit sexuel. Quel rapport avec les corn flakes me direz-vous ? Et bien c’est ce que nous allons voir… Restez ici, ça risque d’être croustillant. John Kellogg invente les corn flakes pour les patients du Sanatorium. Le but de Kellogg est de créer la recette la plus fade et la plus insipide possible pour les patients, car ces céréales devaient avoir un effet anti-aphrodisiaque.

Des céréales thérapeutiques

On comprend mieux cette texture fadasse lorsqu’elles restent trop longtemps dans le lait. À la fin des années 1890, John Kellogg et son frère Will fondent la Sanitas Food Company, et commencent à commercialiser les corn flakes. Cette alternative au petit-déjeuner classique détonne dans le paysage culinaire américain de l’époque : en effet, les classes aisées mangeaient de la viande et des œufs au petit-déjeuner, les plus pauvres mangeaient le plus souvent du porridge.

Conflit entre frères 

Plus tard dans la vie de cette entreprise, et fort de son succès commercial, le frère Kellogg, Will propose une version améliorée de l’invention de son frère. Mais des dissensions ne tardent pas à apparaître au sein du clan. Will Kellogg, qui avait davantage la fibre commerciale que son frère, propose d’ajouter du sucre à la recette originale et de commercialiser le produit, à plus grande échelle cette fois. John Kellogg refuse, arguant que cette nouvelle recette serait totalement contraire à l’esprit du régime alimentaire du sanatorium.

Abel et Caïn encore et toujours… Ce qui est drôle c’est qu’à l’initial, John Kellogg et son frère ne partaient pas pour inventer ce qui deviendra par la suite les céréales les plus connues dans le monde ou presque, mais voulait à la base inventer ce que l’on appelle aujourd’hui les granolas ! Et oui, décidément cet article ressemble de plus en plus à un sketch kamoulox…

Bol de corn flakes avec du lait / Crédit : Unsplash

Les autres inventions de Kellogg

Après cette dispute, Will Kellogg fonde sa propre compagnie, où sont commercialisés des corn-flakes sucrés. Vous l’avez compris, cette compagnie deviendra l’empire Kellogg’s. Bien que John Kellogg soit resté célèbre pour les corn flakes, il arriva finalement également à mettre son estampe sur la recette des granolas, mélange de graines et d’oléagineux qui fut imaginée par un concurrent mais perfectionnée par Kellogg.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En fait lorsqu’on regarde les inventions de John Kellogg, toutes ces inventions allaient dans le sens d’une véritable croisade anti-sexe. On vous l’avait dit ! Un vrai puritain le type !

Kellogg contre le sexe ?

Kellogg déconseillait fortement les rapports sexuels qu’il condamnait. Il ne consomma lui-même jamais sa relation avec son épouse. Triste histoire quand même. Le couple faisait chambre à part et n’eut jamais d’enfants biologiques, même s’il en en adopta plusieurs. Cependant, plus encore que les relations sexuelles, c’est l’onanisme / la masturbation que le Dr Kellogg tenait en horreur.

Pour défendre ses idées, Kellogg publie divers ouvrages dont Plain Facts (Les faits bruts en français), publié pour la première fois dans les années 1870. Dans ce livre, Kellogg explique, à grand renfort de démonstrations pseudoscientifiques, que la masturbation est la cause principale des cancers des ovaires, des infections urinaires, de l’épilepsie et de la folie, chez les hommes comme chez les femmes. Au moins il n’y avait pas de jaloux.

Corn flakes : Un accident moral…

Pour combattre ce qu’il considérait comme le mal absolu chez l’humain, Kellogg préconisait des opérations ou des méthodes qui, de nos jours, conduiraient n’importe quel praticien à être radié de l’ordre des médecins. En effet, au-delà d’un régime alimentaire végétarien strict, Kellogg proposait sans entrer dans les détails diverses formes de mutilations génitales, visant à détourner les jeunes gens des plaisirs de la chair.

Et vive le Moyen Âge ! Ce qui est drôle c’est que de toutes ces histoires, le site officiel de Kelloggs n’en parle absolument pas. Le passé puritain et anti-sexe de son créateur John Harvey Kellogg a été évincé au profit d’une histoire plus contemporaine de l’entreprise. Comme la création en 1997 d’un centre de recherche sur la nutrition, le W.K. Kellogg Institute for Food and Nutrition Research - où des scientifiques, des nutritionnistes et des ingénieurs transforment des céréales brutes en céréales pour le petit-déjeuner.

Les corn flakes : bonnes pour la santé vraiment ?

On y parle également d’aliments pour le petit-déjeuner bons et sains. Ce qui reste à voir dans les faits. Et oui, car selon le docteur Pierre Nys, endocrinologue-nutritionniste, attaché des Hôpitaux de Paris : « De nombreuses céréales du petit-déjeuner vendues en supermarché présentent en effet un double problème nutritionnel : elles sont trop riches en sel et leur index glycémique (IG) est trop élevé » nous dit-il.

« Or l’excès de sel est un facteur de risque cardiovasculaire » nous explique le nutritionniste dans les colonnes du Figaro, « et l’excès d’aliments à IG élevé favorise l’apparition d’un syndrome métabolique conduisant à une augmentation de la pression artérielle, à de l’obésité, voire à l’apparition d’un diabète de type 2. » Pas fou fou tout ça.

Même si les corn flakes n’empêchent pas la masturbation (et tant mieux d’ailleurs), elles peuvent tout de même nous causer de sacrés problèmes en termes de dépendance au sucre. Entre les deux frères John et Will Kellogg, deux visions de la nutrition, l’une puritaine et anti plaisir charnel comme si le sexe était la ruine de l’humanité, l’autre, capitaliste et utilitaire. Moins austère mais bien plus cynique. Au moins le premier avait à cœur d’aider ses patients.

Dans les deux cas c’est le consommateur qui est perdant.