L'huile de palme est-elle dangereuse pour la santé ?

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C’est l’huile végétale la plus consommée dans le monde, pourtant l’huile de palme est souvent décriée. Est-elle dangereuse pour la santé ? Réponse.

L’huile de palme est l’huile végétale la plus consommée au monde, avec 74 millions de tonnes utilisées en 2020-2021, devant l’huile de soja (60 millions de tonnes), l’huile de colza (28 millions de tonnes) et l’huile de tournesol (19 millions tonnes). Elle est pourtant souvent décriée pour ses effets sur la santé et son impact sur l’environnement. Est-elle vraiment dangereuse ? Est-elle est responsable de la déforestation et de la disparition des orangs-outans ? Découvrez tout ce qu'il y a à savoir sur l'huile de palme, ses bienfaits, ses dangers pour la santé, son impact sur la déforestation (notamment en Malaisie et en Indonésie). 

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Quels sont les effets de la consommation de produits à l’huile de palme ? Présente-t-elle un danger pour la santé ? / Crédit : Unsplash

L’huile de palme, c’est quoi ?

L’huile de palme est une huile végétale extraite des palmiers à huile aussi appelés Elaeis Guineensis originaires d’Afrique. Les fruits orangés sont pressés pour obtenir l’huile de palmiste. Avant d’être raffinée, l'huile de palme est rouge, ce qui lui vaut d’être baptisée « red palm oil ». Une couleur qu’elle doit à sa concentration en caroténoïdes (aux multiples bienfaits, pour la peau notamment). À l’état brut, l'huile extraite des fruits de palmier compte carrément quinze fois plus de bêta-carotènes qu’une carotte. Lors du raffinage, les pigments sont éliminés mais l’huile de palme reste gorgée en caroténoïdes (entre 500 et 2000 milligrammes par kilos contre 100 milligrammes par kilos en moyenne pour les autres huiles végétales). Elle est également riche en vitamine E (alpha-tocophérols), en vitamine K, en et en stérols végétaux. C’est d’ailleurs la vitamine E qui permet à l’huile de ne pas rancir, ce qui en fait une huile végétale très pratique et très prisée par les industriels.

L’huile de palme est extraite de fruits de palmier à huile (ou Elaeis Guineensis) / Crédit : Unsplash

L’huile de palme riche en « mauvaises graisses »

L’huile de palme est pauvre en acides gras polyinsaturés, comme les omégas 3 et 6, aux nombreux bienfaits pour la santé. Elle n’en contient qu’entre 9 et 12%, contrairement à l’huile de colza par exemple qui en contient entre 26 et 32%. Mais l’huile de palme est aussi riche en acides gras saturés. Et c’est ça le problème. Elle en contient entre 45 et 55% contre 15% en moyenne pour les autres huiles végétales. À titre de comparaison, l’huile de colza en contient entre 2 et 8% tandis que l’huile d’olive entre 9 et 26%. Or les acides gras saturés, qualifiés de « mauvaises graisses », sont responsables à forte dose d’une augmentation du cholestérol et du taux de graisse dans le sang. C’est notamment pour cette raison que la consommation d’huile de palme doit être surveillée, tout comme celle de matières grasses comme le beurre (qui compte également beaucoup d'acides gras saturés).

L’huile de palme pauvre en bienfaits, riche en « mauvaises graisses » (les acides gras saturés) / Crédit : Unsplash

L'huile de palme présente-t-elle un danger pour la santé ?

« Ce sont les mêmes [acides gras saturés] qu’on retrouve dans la viande », explique le médecin nutritionniste Jacques Fricker, ajoutant : « Ingurgitée en quantité importante, l’huile de palme peut être néfaste pour la santé car elle entraîne des risques de maladies cardio-vasculaires, en augmentant le mauvais cholestérol. » Tout est une question d’équilibre et de modération en terme de consommation de « mauvaises graisses » qui peuvent augmenter le cholestérol et donc les risques cardiovasculaires. « L’impact de la consommation [d’huile de palme] sur les marqueurs de risque cardiovasculaire doit être nuancé : il dépend des comparateurs bien entendu, mais aussi des quantités consommées, du contexte nutritionnel (teneur en acide linoléique et en cholestérol de l’alimentation, apport lipidique total) », indique l’endocrinologue et nutritionniste Jean-Michel Lecerf. Le professeur de nutrition Bernard Guy-Grand résume : « Compte-tenu des niveaux de consommation, on ne peut pas dire qu’il y ait un problème de santé publique spécifique à l’huile de palme. »

L’huile de palme, un danger pour la santé ? À consommer avec modération pour éviter les risques cardiovasculaire / Crédit : Unsplash

Et il faut noter que l’huile de palme est moins dangereuse que d’autres huiles végétales. Elle a en effet été choisi pour remplacer les huiles hydrogénées, qui, à cause des acides gras trans, présentaient un grave danger pour la santé cardiovasculaire des consommateurs (danger plus important qu'avec les acides gras saturés). « Dans ce cas-là, il vaut mieux privilégier un produit avec de l’huile de palme », assure Jacques Fricker. Les nutritionnistes conseillent de consommer de l’huile de palme de façon modérée, sans pour autant la supprimer de l'alimentation car elle participe à l’équilibre nutritionnel.

Il est simplement important de varier, de diversifier la consommation d’huiles végétales pour avoir tous les apports nécessaires à une bonne santé. Entre l'huile d'olive, le beurre, l'huile de coco, l'huile de tournesol, et bien d'autres encore, il n'est pas compliqué de trouver une alternative à l'huile de palme. Mais le problème n'est pas l'huile de palme brute, rarement utilisée en cuisine en France, mais les produits transformés qui en contiennent. 

La consommation d’huile de palme en France

En France, 130000 tonnes d’huile de palme sont importées en moyenne chaque année. Elle est notamment utilisée pour les produits agro-alimentaires (80%), pour les cosmétiques (19%) et pour les biodisels (1%). Les Français consomment en moyenne deux kilos d’huile de palme par personne et par an, soit 2,7 grammes par jour, selon les chiffres de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses). Une consommation raisonnée : l’Anses estime que l’apport énergétique journalier total doit comprendre 12% d’apport des acides gras saturés, soit 27 grammes pour 2000 kilos calories. La consommation d’huile de palme journalière moyenne des Français ne représente donc qu’un dixième de l’apport journalier nécessaire en acides gras saturés, et ne présente donc pas un risque cardiovasculaire*.

*À noter : il s'agit de chiffres moyens, les personnes qui consomment beaucoup plus que la moyenne peuvent être concernés par l'effet néfaste de l'huile de palme).

2,7 grammes d’huile de palme par jour, c’est la consommation moyenne en France / Crédit : Unsplash

Dans quoi trouve-t-on de l’huile de palme ?

Solide à température constante et résistante à l’oxydation, l’huile de palme est prisée par l’industrie agro-alimentaire parce qu’elle favorise la conservation des aliments. Également parce qu’elle a un goût et un parfum neutre une fois raffinée, idéal pour les produits d'alimentaton. Son faible coût est aussi une raison de la popularité de l'huile de palme. On trouve de l’huile de palme, entre autres, dans certains biscuits salés et sucrés, dans des barres chocolatées, des pâtisseries, dans les margarines, dans les pâtes feuilletées ou les pâtes brisés, dans les crèmes chantilly, dans les céréales, dans de nombreux plats cuisinés…

Et évidemment dans les pâtes à tartiner. Depuis 2016, la présence d’huile de palme dans les produits alimentaires transformés doit être indiquée dans la composition sur les emballages (les mentions « matières grasses » ou « huiles végétales » ne suffisent plus). On trouve aussi de l’huile de palme dans certains cosmétiques comme les crèmes, les savons ou les gels douche.

Tartine de chocolat noisette / Crédit : Unsplash

Production d’huile de palme : son effet sur la déforestation en Asie du Sud-Est 

La demande d’huile de palme a fortement augmenté au début des années 2000, après avoir été choisie pour remplacer les huiles végétales hydrogénées riches en acide gras trans. Résultat : les plantations se sont multipliées pour répondre à la demande et les producteurs n'ont pas hésité à intensifié la production, au péril de l'environnement. C’est dans les pays d’Asie du Sud-Est, et notamment en Malaisie et en Indonésie, qu’on trouve le plus grand nombre de producteurs d’huile de palme. La culture de palmiers à huile s’étend sur 13 millions d’hectares environs entre l’Indonésie, la Malaisie, l’Inde et la Thaïlande. Plusieurs millions d’hectares de forêts naturelles ont été remplacés par des plantations de palmiers à huile.

Entre 1990 et 2005, la déforestation en Indonésie et en Malaisie (qui réalisent 87% des approvisionnements en huile) est estimée à 14%, puis 20% à partir de 2005. Les palmiers à huile ne sont cependant par les seules plantations à entraîner la déforestation. En Asie du Sud-Est, la production d’huile de palme n’est responsable de la destruction « que » de 16% des forêts.

La production d’huile de panne responsable d’une partie de la déforestation dans les pays d’Asie du Sud-Est comme la Malaisie et l’Indonésie / Crédit : Unsplash

Les orangs-outans menacés par la production d’huile de palme

Les conséquences de la déforestation dans les pays d’Asie du Sud-Est (comme dans le reste du monde) par les producteurs d'huiles de palmes notamment sont dramatiques pour l’environnement. En effet, les feux de forêts déclenchés par les industriels pour libérer les espaces nécessaires à la production d’huile de palme, entre autres, sont responsables de l’émission de CO2, néfaste pour le climat. Les chantiers et les plantations sont également en cause dans la destruction de l’habitat naturel des orangs-outans. Les primates sont obligés s’approcher des hommes pour trouver de la nourriture.

Privés de fruits et de feuille, ils mangent notamment les pousses de palmiers à huile, ce qui peut leur valoir d’être abattu ou chassé par les producteurs. De quoi mettre en danger l’espèce. D’autant plus que les femelles orangs-outans ne mettent bas qu’une fois tous les huit ans. Selon la WWF, l’espèce qui vivait auparavant sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est n’est désormais présente qu’à Bornéo et Sumatra. « Ils pourraient être amenés à disparaître en milieu naturel dans les prochaines décennies », peut-on lire sur le site de l’ONG.

L’orang-outan, espèce menacée par la déforestation / Crédit : Unsplash

Production durable d’huile de palme

Pour lutter contre la déforestation et la disparition des orangs-outans, entre autres, une certification développée par Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) est données aux producteurs d’huile de palme qui respectent plusieurs critères (comme la conservation de la biodiversité et le respect des communautés locales) pour une production durable. Les critères sont stricts, et les entreprises agro-alimentaires travaillent avec l’aide d’association comme Greenpeace ou WWF pour arriver à élaborer des cultures durables.

En 2013, l’entreprise Nestlé (Kit Kat, Chocapic, Mousseline…) s’est engagée à n’utiliser plus que de l’huile de palme certifiée dans ses produits. Unilever (Magnum, Knorr, Alsa…) en a fait de même. Mais c’est loin d’être le cas de toutes les entreprises d'agro-alimentaire

Une certification pour l’huile de palme produite de manière durable pour protéger les orang-outan et l’environnement / Crédit : Unsplash

Sources :

Vrai/faux sur l'huile de palme

Huile de palme : quel danger pour la santé ?

Quelles exigences à Nestlé pour l'huile de palme

Roundtable on sustainable palm oil

Indonésie : l'huile de palme condamne les orangs-outans à l'extinction

Consommation mondiale d’huiles végétales par type d’huile

Orang-outan, l’homme rouge de la forêt

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