Candaulisme : les choses à savoir sur cette pratique sexuelle

Parmi les nombreuses pratiques sexuelles existantes, peut-être connaissez-vous le candaulisme, ce plaisir à observer sa compagne ou son compagnon s’adonner à des rapports sexuels avec un autre partenaire.

Qu’est-ce que le candaulisme et comment le pratiquer ? Voilà le type de questions sexo recherchées par beaucoup de personnes sur Internet. Pour ceux qui ont déjà entendu le terme avant de lire cet article, vous devez certainement connaître ses autres synonymes que sont le “cuckolding” (“cocufiage” en français) ou le “cuckold” (“cocu” en français).

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Ces deux termes anglo-saxons sont dérivés du mot “cuckoo” (“coucou” en français), un oiseau qui a la fâcheuse tendance de pondre ses œufs... dans le nid d’un autre oiseau. Si vous vous posez un tas de questions sur la signification, la pratique et les limites de ce fantasme, ne cherchez plus, c’est ici que vous trouverez toutes les informations à connaître sur le candaulisme.

Les origines du candaulisme

D'après le site internet Passeport Santé, le candaulisme est un penchant sexuel, à tendance plutôt masculine, qui s'exprime par l'excitation d'un membre du couple à voir son partenaire faire l'amour avec une tierce personne, homme ou femme. Il peut aussi s’agir du désir éprouvé par le simple regard d’un inconnu sur votre moitié. Si vous entendez ce mot pour la toute première, sachez que cette pratique n’est pourtant pas récente.

Si l’on en croit les différents écrits historiques, l'origine du candaulisme remonte au VIIIème siècle avant Jésus Christ. D’après un poème de l’historien grec Hérodote, c’est le roi Candaule qui aurait lancé la tendance. Émerveillé par son épouse Nyssia qu’il considère comme la plus belle des femmes, le roi Candaule ne cesse de vanter ses charmes auprès de l’officier de sa garde rapprochée, Gygès. Un jour, il décide de l’inviter à venir la contempler pour en juger par lui-même. Gygès refuse mais face à l’assistance du souverain, il finit par céder et accepte d'observer la reine lors de son coucher. Caché derrière la porte de la chambre, il la scrute se préparer pour dormir et se mettre au lit. Au moment de partir, la reine l’aperçoit mais fait comme si de rien n’était. Cependant, elle est convaincue que son mari a cherché à l’humilier et décide de se venger. Le lendemain, elle convoque Gygès et le met face à un choix de taille : être exécuté ou assassiner Candaule, ce qui implique s’emparer du trône et se marier avec elle. Face à un tel dilemme, Gygès refuse mais la reine insiste. Il décide alors de tuer Candaule pendant son sommeil et devient le nouveau souverain du royaume.

Dans un article pour Slate, Maryse Jaspard, chercheuse associée à l’Ined et auteure du livre “Sociologie des comportements sexuels”, explique que l’on retrouve cette pratique dans différents formats culturels, en particulier dans la littérature et dans les oeuvres d'art. C'est notamment le cas dans les estampes japonaises représentant un homme, caché derrière un paravent, qui observe un couple en plein ébats. Ou encore le fameux tableau d’Eugène Delacroix réalisé en 1865 intitulé “Louis Ier d’Orléans dévoilant une maîtresse”, dans lequel Louis Ier d’Orléans dévoile l’anatomie de sa maîtresse Mariette d'Enghien à son mari, le chambellan Albert Le Flamenc. D'après l'explication du tableau, le duc aurait montré la nudité de la jeune femme par amusement, pour que son chambellan juge de sa beauté. Mais ce dernier n'aurait pas reconnu sa femme qui le fait cocu en le trompant avec le duc.

L'un des tableaux d'Eugène Delacroix représente le candaulisme - © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

Un penchant sexo davantage répandue chez les hommes

Si cette pratique sexuelle est assez ancienne, elle connaît une vague de regain dans notre société depuis quelques années et se répand beaucoup dans les milieux libertins. Dans un article du journal britannique The Independent, publié en novembre 2016, on apprend que le nombre de recherches Google sur ce penchant sexo a explosé au cours de la dernière décennie. Entre 2004 et 2016, le volume de recherches mondiales sur Internet a été multiplié par 20. Une hausse importante mais qui ne signifie pas forcément que toutes les personnes qui ont voulu avoir plus de détails sur la signification de ce fantasme se soient lancées dans l'aventure. C’est en tout cas ce qu’avance Slate dans son article, faisant écho à celui de The Independent. Cependant, aucun chiffre n’existe et on ne peut donc pas recenser le nombre de couples pratiquant ce type de sexualité. Dans tous les cas, et au vu des nombreux témoignages, le candaulisme est plus pratiqué par les hommes que par les femmes. Signe qu’il s’agit là d’un fantasme typiquement masculin.

En 2010, David J. Ley, docteur en psychologie, expliquait sur le site Psychology Today avoir rencontré des hommes “qui, en raison de problèmes physiques, n’étaient plus en capacité d’être aussi vigoureux qu’auparavant au lit [...] et qui ressentaient la diminution de satisfaction sexuelle de leur femme encore plus profondément qu’elle-même et l’encourageaient à coucher avec d’autres hommes”. Il ajoute que certains des hommes rencontrés ont confié que leurs épouses avaient une plus grande capacité sexuelle qu’eux. Ils sont “simplement excités et heureux d’être capables de la voir satisfaite sexuellement, à un niveau qu’un seul conjoint ne pourrait atteindre”. Une analyse partagée par le psychanalyste Alain Héril, auteur de "Je fantasme donc je suis". Dans Psychologies, il estime que cette montée en puissance coïncide avec les difficultés éprouvées par un plus grand nombre d'hommes. "Sans aller jusqu’à affirmer que le lien entre les deux est direct, je ne peux que constater qu’il s’agit de deux tendances concomitantes. Comme si le fait de déléguer à un autre homme le fait d’être puissant à leur place était une façon de pallier leur propre difficulté à éprouver du désir", explique-t-il.

Candaulisme : Comment passer à l'acte ?

Cependant, si on regarde les témoignages des adeptes du candaulisme, on trouve quand même certaines femmes. Et ces dernières n'ont pas forcément de problèmes avec leur sexualité. C'est le cas de Léa qui explique dans Slate comment son compagnon Tristan et elle ont décidé de sauter le pas. La raison principale de ce choix de vie ? Sauver leur couple qui devenait de plus en plus fragile. "Il y a cinq ou dix ans,il était impossible pour moi d'imaginer la personne que j'aime dans les bras d'une autre femme. C'était juste inenvisageable. Je ne sais pas d'où ça me vient, je ne sais pas d'où ça m'est sorti, mais c'est aujourd'hui un truc qui m'excite à mort". Elle ajoute qu'elle avait tendance à fantasmer sur son homme couchant avec une de ses collègues. "Ça m'est arrivé je ne sais combien de fois de me masturber en l'imaginant avec une collègue, par exemple en train de la prendre sur son bureau.

C'est totalement nouveau. Cela fait un an et demi, depuis l'expérience avec cette fille. En fait, je trouve ça absolument magnifique et merveilleux de regarder l'homme que j'aime faire l'amour. Parce que je ne peux pas toujours le voir moi, en fonction de nos positions. Mais je connais sa façon de faire, je sais comment il utilise ses mains, sa bouche, et son corps, etc." Pour Léa, son fantasme absolu est "d'être dans une pièce sur un grand fauteuil, de donner plusieurs nanas (à son homme), de le voir faire l'amour à toutes, perdu dans cette forêt de seins". Elle l'assure, elle veut recommencer l'expérience "sans forcément participer: j'ai juste envie de le voir." Depuis qu'ils se sont lancés dans l'aventure, tous deux forment un couple de candaulistes épanouis.

Des sites et des applis sexo spécialisés

Au vu de la définition et de l’explication historique, certains d’entre vous doivent se dire que le candaulisme s’apparente de très près à une forme d’exhibitionnisme, de voyeurisme ou encore d’échangisme. Mais ce n’est pas du tout le cas et nous allons vous expliquer pourquoi, en rappelant les définitions de chaque terme. L’exhibitionnisme consiste à s'exposer soi-même devant des personnes inconnues. Le voyeurisme est le fait d’observer des inconnus à leur insu et dans leur intimité. Enfin, l’échangisme consiste à changer de conjoints avec un autre couple, pour faire l’amour au même moment et souvent dans la même pièce. Il ne s’agit pas non plus d’un plan à trois car seulement deux personnes se livrent à une partie de jambes en l'air, la troisième étant simple observatrice. Un candauliste quant à lui, se réjouit de l’épanouissement de sa ou son partenaire, que ce soit un épanouissement sexuel ou sentimental et il va ressentir une certaine excitation devant les ébats de sa moitié.

En France, comme partout dans le monde, il existe des plateformes Internet spécialisées dans le candaulisme. Sur ces sites, on y retrouve des témoignages d’internautes qui n’hésitent pas à partager leurs expériences avec le reste de la communauté. Certains donnent des conseils, d'autres posent des questions et d'autres publient des annonces pour les couples recherchant une troisième personne. Et les amateurs de ce type de sexualité peuvent également télécharger des applications sur leurs smartphones. Un peu comme les sites de rencontres que sont "Adopte Un Mec" ou encore "Tinder", l’application “Le Troisième” propose des profils d’utilisateurs pour ceux qui veulent devenir le partenaire sexo d’un couple.

Des sites dédiés aux amateurs recensent de nombreux témoignages - © Pexels 

Certaines limites à ne pas franchir pour réaliser votre fantasme

Pour les personnes qui souhaiteraient se lancer dans le candaulisme, il faut savoir qu’il existe certaines limites à ne pas dépasser. En particulier la toute première, et de loin la plus importante, qui est l’accord commun au sein du couple. Comme dans chaque type de relation sexuelle, le consentement est la base de tout. Les deux parties doivent être d’accord, que ce soit la personne qui regarde comme celle qui a le rapport. Pour rappel, l'un des piliers du candaulisme est d'avoir du plaisir à regarder sa moitié prendre du plaisir avec un ou une autre. Si votre conjoint n’est pas d’accord pour se lancer dans cette pratique sexuelle, vous ne devez en aucun cas le ou la forcer, ni lui faire du chantage, ni lui mettre la pression. Il ou elle peut avoir des fantasmes différents des vôtres et il faut respecter son choix. Si les deux parties sont consentantes, le candaulisme peut vous permettre de varier les sources de désir et de plaisir sexuel.

Cependant, comme pour chaque chose qui sort des habitudes sexuelles, elle peut être risquée pour le couple. Parmi les dangers potentiels on trouve : une jalousie naissante de la part de celui ou celle qui observe, une forme d'addiction pour les deux amants, les débuts d’une infidélité ou encore l’absence d’orgasmes dans les autres jeux sexuels du couple. Il faut donc avoir bien conscience de tous ces risques pour ne pas regretter votre choix.

Un penchant contraire à la morale

Vous l’aurez compris, le candaulisme est un moyen de découvrir de nouvelles pratiques sexuelles et de surtout découvrir son propre plaisir. Toujours selon les propos de Maryse Jaspard dans Slate, “le travail a pris une importance considérable et forcément, au quotidien, la vie sexuelle passe au second plan”. Elle ajoute qu’”il y a presque une injonction à ce que les couples qui tombent dans une certaine monotonie sexuelle et qui ont des rapports espacés” s’essayent à ce genre de pratiques.

On peut dire que ceux qui pratiquent le candaulisme ont un goût pour l’interdit qui est contraire à la morale habituelle. En effet, il n'y a plus le concept d'exclusivité sexuelle. Pour que votre couple ne batte pas de l'aile, n’oubliez pas que la communication reste essentielle. Elle permet d’être plus à l’aise dans cette pratique qui peut être une découverte pour certains d’entre vous. N’oubliez pas non plus que la santé sexuelle de votre partenaire est primordiale et, comme nous l’avons indiqué plus haut, il ne faut pas l’obliger à faire des choses qu’il ou elle ne voudrait pas faire. De plus, il est recommandé de poursuivre une vie sexuelle à deux en dehors du candaulisme. Enfin, il est important de souligner que si vous ne voulez pas essayer, ne vous inquiétez pas, vous êtes en droit de refuser. Libre à chacun de pratiquer la sexualité qui lui correspond et qui lui convient le mieux.